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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104838

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104838

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104838
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantDAUSSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 avril 2021, Mme A, représentée par Me Dausse, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 15000 euros en réparation de son préjudice moral et financier ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la carence de l'État à lui fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 20 décembre 2018 la reconnaissant prioritaire et devant être logée d'urgence et le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 7 juillet 2020, lui enjoignant, sous astreinte, de procéder à son relogement avant le 1er septembre 2020, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- le préjudice résultant de cette situation est établi dès lors qu'avant de se voir proposer une offre de relogement, fin 2020, elle a été maintenue pendant plus de 7 années, à compter du 23 octobre 2013 date de sa première demande de logement social, dans une situation d'extrême précarité au regard du logement.

La procédure a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.

Mme A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise du 17 janvier 2022.

Vu :

- l'ordonnance n°1912902 du 7 juillet 2020 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de la requérante ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022 qui s'est tenue en présence de Mme Ambroise, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. Mme A a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2018 au motif qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral et qu'elle était dépourvue de logement et hébergée chez un particulier. A cet égard, la requérante soutient, d'une part, n'avoir été destinataire d'aucune offre de relogement dans le délai imparti par la décision de la commission de médiation, soit avant le 19 juin 2019 et d'autre part, que l'ordonnance du 7 juillet 2020 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement n'a pas été exécutée jusqu'au 9 décembre 2020. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

En ce qui concerne le préjudice :

4. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement de Mme A court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 19 décembre 2018, soit à compter du 19 juin 2019, et s'achève au jour du logement effectif de l'intéressée. Il résulte de l'instruction que Mme A a été relogée le 9 décembre 2020 dans un logement de type T 1 sis 27, rue d'Issy à Boulogne-Billancourt, dont elle critique la situation en rez-de-chaussée, sans apporter aucun élément circonstancié pour établir qu'il ne correspondrait pas à ses besoins et ses capacités. Par suite, la responsabilité de l'État a pris fin à cette date.

5. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

6. Il résulte de l'instruction que jusqu'à son relogement, Mme A a vécu quelques temps dans la rue avant d'être hébergée par ses parents pendant sept années, en compagnie de ses frères, dans des conditions difficiles de promiscuité et d'absence d'intimité. Compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressée dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 1000 euros (mille euros) tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 19 juin 2019 au 9 décembre 2020.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à mille euros (mille euros) tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à Mme A en réparation des préjudices résultant pour elle de la carence de l'État à le reloger.

Sur les frais liés au litige :

8. En premier lieu, d'une part, Mme A, pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être réputées présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocat de la requérante n'a pas demandé que lui soit versée par l'Etat la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les dépens :

9. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que ceux-ci soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 1000 euros (mille euros) tous intérêts compris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La magistrate désignée

signé

C. CLa greffière

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2104838

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