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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2104947

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2104947

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2104947
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSYLVAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Sylvain, avocat, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- ils ne peuvent pas être imposés au titre de revenus de capitaux mobiliers issus de la SCI BATI ANIL, dont ils sont associés, dès lors que cette société, qui n'exerce aucune activité commerciale, n'est pas imposable à l'impôt sur les sociétés ;

- l'administration fiscale a méconnu l'article 29 du code général des impôts en imposant, au titre de leurs revenus fonciers, des loyers non perçus, indépendamment de leur volonté ;

- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-RFPI-BASE-10-10 n° 140 du 12 septembre 2012 ;

- ils ont fait l'objet d'une double imposition, dès lors que certaines sommes ont été imposées au titre des revenus de capitaux mobilier et des revenus fonciers.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite du contrôle sur place des documents comptable, pour la période 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, de la SCI Bati Anil, qui a pour activité déclarée l'achat, la vente et la construction de biens immobiliers, et dont M. et Mme B détiennent l'intégralité des parts sociales, ainsi que du contrôle sur pièces dont ces derniers ont fait l'objet, ceux-ci se sont vus notifier, par une proposition de rectification du 14 décembre 2018, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux au titre des années 2015 à 2017, résultant du rehaussement de leurs revenus de capitaux mobiliers et de leurs revenus fonciers. La réclamation, du 17 décembre 2019, présentée par les requérants en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires a fait l'objet d'une acceptation partielle par l'administration fiscale par une décision du 8 février 2021. M. et Mme B demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 à 2017, pour un montant total de 243 818 euros.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

3. D'autre part, aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " " () 2. Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt () si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ". Aux termes de l'article 34 du même code : Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". Aux termes de l'article 35 de ce code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / 1° Personnes qui, habituellement, achètent en leur nom, en vue de les revendre, des immeubles, des fonds de commerce, des actions ou parts de sociétés immobilières ou qui, habituellement, souscrivent, en vue de les revendre, des actions ou parts créées ou émises par les mêmes sociétés () ". Enfin aux termes de l'article 239 ter du code général des impôts : " I. - Les dispositions du 2 de de l'article 206 ne sont pas applicables aux sociétés civiles créées après l'entrée en vigueur de la loi n° 64-1278 du 23 décembre 1964 et qui ont pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une société civile exerçant l'une des activités visées à l'article 35 du code général des impôts est en principe assujettie à l'impôt sur les sociétés, sauf à ce que, sous les conditions prévues à l'article 239 ter de ce code, elle ait pour objet la construction d'immeubles en vue de la vente. Ce régime dérogatoire s'applique aux sociétés civiles qui, tout en remplissant les conditions exigées par ces dispositions, ne se livrent pas effectivement, en plus des opérations de construction-vente et réserve faite, le cas échéant, des opérations accessoires à cette activité, à d'autres opérations qui, si elles étaient effectuées isolément, auraient pour conséquence la soumission de ces sociétés à l'impôt sur les sociétés en application des dispositions combinées des articles 206 et 35 du code général des impôts.

4. Si la SCI Bati Anil a pour activité déclarée l'achat, la vente, et la construction de biens immobiliers, alors qu'au demeurant une telle activité fait partie de celles visées au 1° de l'article 35 du code général des impôts, il résulte de l'instruction que cette société, qui n'a procédé à l'achat que d'un terrain nu depuis sa constitution, exerce en réalité une activité d'agent d'affaires, dès lors qu'elle s'occupe de la mise en location d'immeubles appartenant à M. et Mme B, avec qui elle est liée par un mandat de gestion locative prévoyant une rémunération mensuelle de 1 000 euros, et de la perception des loyers correspondants. Ainsi, la société Bati Anil, qui a une activité commerciale au sens de l'article 34 du code général des impôts, était bien imposable au titre de l'impôt sur les sociétés, à raison de ses résultats, en application de l'article 206 du même code. Par suite, alors que Mme B, qui disposait de 50% du capital de la SCI Bati Anil et, à titre exclusif, de la signature sociale sur le compte de cette société, pouvait être regardée comme étant le maître de l'affaire, l'administration fiscale était fondée à regarder les résultats rectifiés de la société comme distribués et à les imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers de M. et Mme B, en application du 1° de l'article 109 du code général des impôts.

5. Aux termes de l'article 29 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions des articles 33 ter et 33 quater, le revenu brut des immeubles ou parties d'immeubles donnés en location, est constitué par le montant des recettes brutes perçues par le propriétaire, augmenté du montant des dépenses incombant normalement à ce dernier et mises par les conventions à la charge des locataires () ". Pour l'application de ces dispositions, un propriétaire n'ayant pas perçu les loyers qui lui sont dus doit être regardé, en l'absence de circonstance indépendante de sa volonté l'ayant contraint à y renoncer, comme ayant réalisé un acte de disposition constitutif d'une libéralité, dont le montant doit être compris dans ses revenus fonciers.

6. M. et Mme B, qui soutiennent avoir été dans l'impossibilité d'obtenir le paiement des loyers qui leur étaient dus à raison de l'impécuniosité de leurs locataires, n'en justifient pas. Dès lors, l'administration fiscale était fondée à regarder le non encaissement de ces loyers comme procédant d'un acte de disposition constitutif d'une libéralité, et à les réintégrer dans les revenus fonciers des requérants.

7. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a identifié au crédit des comptes bancaires de la SCI Bati Anil, d'une part, des sommes versées par les locataires de M. et Mme B, correspondant au paiement du loyer, qu'elle a directement imposées dans les revenus fonciers des requérants et, d'autre part, des sommes, versées notamment par des entreprises exerçant une activité dans le domaines du bâtiment, ne pouvant être rattachées à un quelconque locataire des contribuables, qu'elles a réintégrées dans les résultats de la société, et imposées au titre des revenus de capitaux mobiliers de M. et Mme B. Si les requérants font valoir que ces dernières sommes correspondent en réalité au paiement des loyers et qu'ils ont donc fait l'objet d'une double imposition, ils n'en justifient pas. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir qu'ils ont fait l'objet d'une double imposition.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. Aux termes de l'instruction référencée BOI-RFPI-BASE-10-10 n° 140, publiée le 14 février 2014 : " Le propriétaire n'a pas à comprendre dans ses recettes les loyers non encaissés ou restés impayés, lorsque le défaut de paiement résulte de la carence du locataire et que le bailleur a entrepris les démarches nécessaires pour obtenir le versement des sommes qui lui sont dues. ".

9. M. et Mme B ne justifiant pas avoir entrepris la moindre démarche en vue d'obtenir le paiement des loyers dus par leurs locataires, ils ne sont pas fondés à se prévaloir des énonciations de l'instruction administrative précitée.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme C et M. Villette, conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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