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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105199

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105199

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105199
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARI PINTAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 avril et 16 décembre 2021, 24 juin et 28 septembre 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 25 août 2022, M. B A, représenté par Me Couraud, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le protocole du 15 janvier 2015 conclu avec le groupe SAPEB Investissements est une convention de portage conclue aux conditions normales du marché ;

- la cession des parts de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy le 20 décembre 2016 n'est que l'exécution de son obligation contractuelle découlant du protocole du 15 janvier 2015 ;

- en tout état de cause, les conditions de l'acte anormal de gestion ne sont pas réunies.

Par des mémoires en défense enregistrés les 15 octobre 2021 et 30 août 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, conclut au rejet de la requête.

L'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France, fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Le mémoire présenté par M. A, enregistré le 31 octobre 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- les conclusions de M. Prost, rapporteur public ;

- et les observations de Me Couraud.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SAPEB Promotion, qui exerce une activité de promotion immobilière, a consenti, le 15 janvier 2015 à M. A, une promesse, valable pour deux ans, de cession de trente-huit parts sociales de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy, au prix total de 244 720 euros. Cette cession est intervenue le 20 décembre 2016 en application de cette promesse et au prix ainsi fixé. À l'issue du contrôle sur pièces dont a fait l'objet M. A, l'administration a estimé que la valeur vénale de ces parts était, à cette date, de 1 362 601 euros, de sorte que la cession consentie par la SARL SAPEB Promotion à M. A était constitutive, compte tenu d'un prix anormalement bas, d'une libéralité. En conséquence, M. A s'est vu notifier, par une proposition de rectification du 1er août 2018, selon la procédure de rectification contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2016, assorties de majorations et pénalités. Par une réclamation préalable en date du 26 avril 2019, rejetée le 12 février 2021, M. A a demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à sa charge. M. A demande au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

3. S'agissant de la cession d'un élément d'actif immobilisé, lorsque l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, soutient que la cession a été réalisée à un prix significativement inférieur à la valeur vénale qu'elle a retenue et que le contribuable n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette évaluation, elle doit être regardée comme apportant la preuve du caractère anormal de l'acte de cession si le contribuable ne justifie pas que l'appauvrissement qui en est résulté a été décidé dans l'intérêt de l'entreprise, soit que celle-ci se soit trouvée dans la nécessité de procéder à la cession à un tel prix, soit qu'elle en ait tiré une contrepartie.

En ce qui concerne la date d'appréciation de l'acte anormal de gestion :

4. Pour établir que la société SAPEB Promotion avait consenti à M. A une libéralité constitutive d'un acte anormal de gestion, l'administration fait valoir que le prix effectif des parts de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy était significativement inférieur à leur valeur vénale à la date de cession, le 20 décembre 2016. M. A soutient toutefois que la société SAPEB Promotion était contrainte de céder les titres en litige à ce prix en exécution d'un engagement de cession qu'elle avait contracté à son égard. Il résulte de l'instruction que la SARL SAPEB Promotion a conclu, le 15 janvier 2015, avec M. A, un protocole de vente stipulant que les parts sociales de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy, qu'elle avait achetées, lui seraient rétrocédées au prix d'acquisition, majoré d'un intérêt de 5% par année pour la durée d'immobilisation du capital investi. Une promesse synallagmatique de vente a été signée entre les intéressés le 20 octobre 2016 sur le fondement de ce protocole, dont les conditions suspensives ont été levées par l'intervention de l'acte de cession le 20 décembre 2016, aux termes duquel la société SAPEB Promotion a rétrocédé trente-huit parts sociales moyennant un montant de 244 720 euros. Dans ces conditions, la SARL SAPEB Promotion avait pris l'engagement irrévocable de céder des titres à M. A dans la promesse unilatérale de vente du 15 janvier 2015, de sorte que l'administration devait, pour constater l'écart entre la valeur vénale et le prix convenu entre les parties, et ainsi apprécier le caractère anormal de la décision de rétrocession des parts sociales en litige, se placer à la date à laquelle celle-ci a été consentie.

En ce qui concerne la valeur des titres cédés :

5. La valeur vénale des actions non admises à la négociation sur un marché réglementé doit être appréciée compte tenu de tous les éléments dont l'ensemble permet d'obtenir un chiffre aussi voisin que possible de celui qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la cession ou l'apport est intervenu. Cette valeur doit être établie, en priorité, par référence à la valeur qui ressort de transactions portant, à la même époque, sur des titres de la société, dès lors que cette valeur ne résulte pas d'un prix de convenance. Toutefois, en l'absence de transactions intervenues dans des conditions équivalentes et portant sur les titres de la même société ou, à défaut, de sociétés similaires, l'administration peut légalement se fonder sur l'une des méthodes destinées à déterminer la valeur de l'actif ou sur la combinaison de plusieurs de ces méthodes.

6. Pour estimer la valeur réelle des titres de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy, dont le seul actif immobilisé était un immeuble composé de locaux d'une surface de 5 800 m² à usage de garages et de locaux d'une surface de 500 m² à usage d'habitation, le service vérificateur a évalué la valeur de ce bien par comparaison avec des transactions portant sur des immeubles à usage professionnel et à usage d'habitation intervenues au quatrième trimestre 2014. L'administration fiscale a ainsi relevé que les prix de cession, pour la première catégorie d'immeubles, étaient en moyenne de 3 008,56 euros par mètre carré et de 5 879,48 euros pour la seconde, soit des valeurs nettement supérieures à celle retenue par la SARL SAPEB Promotion et M. A, à hauteur de 536 euros par mètre carré. Le requérant soutient toutefois que les locaux retenus par le service ne peuvent être utilement comparés au bien de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy compte tenu de sa destination principale, de ses caractéristiques intrinsèques, liés pour partie à sa grande vétusté, ainsi qu'à la zone urbanistique inconstructible au sein de laquelle il s'insérait à la date de la conclusion du protocole de vente, le 15 janvier 2015. Plus encore, il ressort du rapport d'expertise du 14 avril 2021, produit par M. A, que la valeur vénale du bien s'établissait, au 15 janvier 2015, par des méthodes de comparaison directe fondée sur les cessions antérieures proche de biens similaires situés dans un rayon pertinent, de capitalisation du loyer et de valorisation foncière, en moyenne, à 3,1 millions d'euros. Ce montant, conforme au prix retenu dans les différents actes de vente intervenus au cours de l'année 2016, n'est pas sérieusement remis en cause par l'administration. Par suite, la valeur de l'immeuble en litige et, partant, des parts sociales de la SCI du 129 boulevard Jean Jaurès à Clichy, rétrocédées à M. A le 20 décembre 2016, est aussi voisine que possible de celle qu'aurait entraîné le jeu normal de l'offre et de la demande à la date où la rétrocession a été consentie, le 15 janvier 2015. Dès lors, l'administration n'était pas fondée à considérer qu'il existait une discordance significative entre le prix effectif des parts sociales litigieuses cédées par la SARL SAPEB Promotion à M. A et leur valeur vénale. En conséquence, et pour cette seule raison, elle ne pouvait à bon droit qualifier cette vente d'acte anormal de gestion, et considérer que son prix constituait un revenu distribué à hauteur de 1 117 881 euros, issu de la différence entre la valeur vénale des parts cédées et le prix payé par M. A le 20 décembre 2016.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros à M. A en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2016 et des pénalités correspondantes.

Article 2 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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