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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105312

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105312

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, M. C B, représenté par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2021, par laquelle le préfet de police de Paris, en réponse à sa requête préalable, a maintenu sa dette à la somme de 654,42 euros, ensemble, en tant que besoin, le titre de perception du 7 octobre 2020 portant recouvrement d'une somme de 2 169,27 euros ;

2°) de le décharger de la créance litigieuse ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le titre de perception a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de forme en ce qu'il méconnait les exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnait les dispositions de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012, en ce qu'il n'indique pas les bases de la liquidation.

- il méconnaît les dispositions des articles 46 et 48 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986, en ce que la créance est mal fondée ;

- la décision portant rejet de son recours gracieux a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'établit nullement le bien-fondé de la créance ;

- le préfet de police de Paris a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en tardant à régulariser sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.

Le préfet de police de Paris fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés et que les conclusions indemnitaires présentées par le requérant sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n°86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté comme contractuel, en tant qu'adjoint de sécurité, par la préfecture de police de Paris dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de trois ans, conclu le 4 juin 2018. Par un courrier du 14 décembre 2019, M. B a présenté sa démission, dont le directeur territorial de la sécurité de proximité des Hauts-de-Seine a pris acte par courrier du 7 janvier 2020, à compter du 14 décembre 2019. Par un courrier du 15 juin 2020, le bureau zonal des rémunérations et des pensions a informé le requérant qu'il était redevable de la somme de 2 169,27 euros en raison de traitements et primes indûment perçus entre le 14 décembre 2019 et le 30 janvier 2020. Le 7 octobre 2020, la direction générale des finances publiques a émis un titre de perception pour recouvrer cette somme. Le requérant en a contesté le bien-fondé par un recours administratif préalable obligatoire du 17 décembre 2020 et a sollicité la décharge totale de la somme à payer. Par une décision de la cheffe du bureau zonal des rémunérations et des pensions du 15 février 2021, la somme à payer a été réduite à 654,42 euros. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation du titre de perception du 7 octobre 2020 en tant qu'il maintient à sa charge la somme de 654,42 euros, ensemble la décision du 15 février 2021 rejetant partiellement son recours gracieux, et la décharge de la créance demeurant en litige.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :

2. Si le préfet de police de Paris oppose en défense une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de l'État pour faute, il ne résulte pas de l'instruction que M. B, assisté d'un avocat, ait conclu à cette fin dans sa requête. Par suite, la fin de non-recevoir du préfet de police de Paris ne saurait être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

3. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

S'agissant du bien-fondé :

4. Aux termes de l'article 48 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 : " L'agent contractuel informe son administration de son intention de démissionner par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. L'agent est tenu, dans ce cas, de respecter un préavis dont la durée est identique à celle qui est mentionnée à l'article 46, alinéa 1er ci-dessus. ". Aux termes de l'article 46 du même décret : " L'agent recruté pour une durée indéterminée ainsi que l'agent qui, engagé par contrat à durée déterminée, est licencié avant le terme de son contrat, a droit à un préavis qui est de : / - huit jours pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui le recrute d'une ancienneté de services inférieure à six mois de services ; / - un mois pour celui qui justifie auprès de l'autorité qui le recrute d'une ancienneté de services comprise entre six mois et deux ans ; / - deux mois pour celui qui justifie auprès de l'autorité qui le recrute d'une ancienneté de services d'au moins deux ans. / () La date de présentation de la lettre recommandée avec demande d'avis de réception notifiant le licenciement fixe le point de départ du préavis. / Le préavis ne s'applique pas aux cas de licenciement prévus à l'article 9 et au titre X. ".

5. Il résulte des dispositions précitées des articles 46 et 48 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 que l'agent non titulaire qui présente sa démission est tenu de respecter un préavis minimal d'un mois s'il justifie d'une ancienneté de service comprise entre six mois et un an. Par suite, la fin de ses fonctions et des rémunérations qui s'y attachent ne peut intervenir avant le terme de ce préavis, qui s'impose à lui, même s'il n'en a pas fait mention dans sa lettre de démission et sans qu'il ait à en demander le bénéfice.

6. Il est constant que M. B a fait connaître à son supérieur hiérarchique sa volonté de démissionner par courrier du 14 décembre 2019. Ce courrier, signé manuellement par le chef de section, le chef de brigade, le chef adjoint et le chef des unités opérationnelles, ne comporte aucune information quant à sa date de notification. En l'absence de toute suite donnée par le requérant à la mesure d'instruction du 30 octobre 2024 aux fins de communiquer sous cinq jours toute pièce à même de justifier de la date de notification ou de dépôt de son rapport de demande de démission à l'administration, il y a lieu de considérer que l'intéressé a notifié sa démission le 14 décembre 2019.

7. M. B ayant été recruté pour la première fois en tant qu'adjoint de sécurité à la direction territoriale de la sécurité de proximité des Hauts-de-Seine par un contrat en date du 4 juin 2018, il devait respecter, en application des dispositions précitées, un préavis minimal d'un mois. Ce délai débute le premier jour suivant celui de la notification de la lettre de démission. Ainsi, la lettre de démission de l'intéressé ayant été notifiée à l'administration le 14 décembre 2019, le délai de préavis imposé à M. B a débuté le 15 décembre 2019 et s'est achevé le 15 janvier 2020, ses fonctions prenant fin au 16 janvier 2020. Dès lors, c'est à tort que le préfet de police de Paris a demandé le recouvrement des rémunérations et indemnités perçues au titre des 14 et 15 janvier 2020. Il y a donc lieu de réduire de 54,72 euros le montant dont le recouvrement est poursuivi par la décision attaquée, correspondant aux rémunérations et indemnités légalement perçues par le requérant au titre des journées des 14 et 15 janvier 2020.

8. Aux termes de l'article 37-1 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 : " Les créances résultant de paiements indus effectués par les personnes publiques en matière de rémunération de leurs agents peuvent être répétées dans un délai de deux années à compter du premier jour du mois suivant celui de la date de mise en paiement du versement erroné, y compris lorsque ces créances ont pour origine une décision créatrice de droits irrégulière devenue définitive. ".

9. M. B fait valoir que la perception indue de rémunérations et indemnités entre le 16 janvier 2020 et le 30 janvier 2020 résulte d'une carence fautive de l'administration, la préfecture de police de Paris n'ayant informé la direction des ressources humaines de sa démission que le 20 janvier 2020, et que cette régularisation tardive interdirait l'administration de procéder au recouvrement de la somme litigieuse. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité du titre de perception émis pour le recouvrement de ce trop-perçu, dès lors que l'action en répétition de la créance n'était pas prescrite au 7 octobre 2020. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la régularisation tardive de sa situation remet en cause le bien-fondé du titre de perception du 7 octobre 2020.

S'agissant de la régularité formelle du titre de perception :

10. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article 55 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 : " V. Amélioration des conditions de recouvrement des produits étrangers à l'impôt et au domaine / B. - Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ".

11. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'État doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

12. Il résulte de l'instruction que le titre de perception du 7 octobre 2020 comporte les nom, prénom et qualité du préfet de police de Paris. Le préfet de police de Paris produit en défense le bordereau de titres de recette du même jour, revêtu de la formule exécutoire, qui comporte la signature de Mme A D, adjointe au chef du Pôle généraliste du centre de services partagés Chorus du SGAMI Île-de-France. Mme D dispose d'une délégation de signature aux fins de signer les actes comptables émis dans le cadre du périmètre d'exécution budgétaire confié au bureau du budget de l'État, accordée par un arrêté n°2020-00714 du 31 août 2020. Toutefois, le titre de perception du 7 octobre 2020 ne comportant pas les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire, M. B est fondé à soutenir qu'il méconnait les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et à en demander l'annulation.

Sur les frais du litige :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le montant du titre exécutoire émis le 7 octobre 2020, tel que modifié par la décision du 15 février 2021, est réduit de 54,72 euros.

Article 2 : Le titre exécutoire émis le 7 octobre 2020 à l'encontre de M. B est annulé en ce qu'il porte sur la somme 599,70 euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-X. ProstLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105312

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