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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2105680

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2105680

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2105680
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2021, M. D et Mme A B, représentés par Me Partouche-Kohana, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants, demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur payer la somme totale de 70000 euros en réparation des préjudices moral, psychologique et des troubles dans les conditions d'existence subis tant par eux-mêmes que par leurs enfants mineurs, C, né d'une précédente union de M. B, Adam, Sara, Yousra et Jawed, résultant du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation du Val-d'Oise.

Ils soutiennent que :

- la carence de l'État à leur fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 22 juin 2012 les reconnaissant prioritaires et devant être logés d'urgence et le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 23 septembre 2013, lui enjoignant, sous astreinte, de procéder au relogement de M. B avant le 7 novembre 2013, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- deux jugements du présent tribunal, en date des 18 octobre 2016 et 16 janvier 2018, ont déjà reconnu la faute de l'Etat et le préjudice subi par eux en le condamnant à leur verser respectivement les sommes de 9250 euros et 1000 euros ;

- le préjudice résultant de cette situation est établi dès lors qu'ils sont contraints de vivre à 6 dans un logement de type F2 d'une superficie de 45 m², caractérisant une sur-occupation manifeste, dépourvu de tout confort et dans un état très dégradé qui leur cause des problèmes de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le présent tribunal a jugé, par une ordonnance n°1309082 du 11 décembre 2018, que l'Etat s'est acquitté de son obligation de relogement et qu'il n'y avait pas lieu à liquidation de l'astreinte fixée par le jugement du 23 septembre 2013 ;

- les requérants ont signé un bail d'habitation le 26 octobre 2020 et ils ne justifient d'aucun préjudice.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 septembre 2021.

Vu :

- le jugement n°1303117 du 23 septembre 2013 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement des requérants ;

- l'ordonnance n°1309082 du 11 décembre 2018 constatant qu'il n'y a pas lieu à la liquidation de l'astreinte prononcée par le jugement précité ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 septembre 2022, tenue en présence de Mme Ambroise, greffière :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée,

- et les observations de Me Partouche Kohana, représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le comportement de M. B qui aurait fait obstacle à son relogement et délié l'Etat de son obligation n'est établi par aucune pièce ; il n'a jamais évoqué l'ordonnance du présent tribunal du 11 décembre 2018 ; de même le relogement du requérant allégué par le préfet au 2, rue de la Liberté à Argenteuil n'est pas établi dès lors que sa seule adresse connue est le 23 rue Lévêque à Argenteuil.

Le préfet du Val-d'Oise n'est ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, cette carence fautive de l'État n'engage sa responsabilité qu'à l'égard de M. B, dès lors que c'est lui qui a été reconnu prioritaire par la commission de médiation. Les conclusions de la requête doivent, par suite, être rejetées en tant qu'elles sont présentées par Mme A B en son nom personnel et par M. et Mme B en tant que représentants de leurs enfants mineurs nés d'une précédente union ou issus de leur couple. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de la situation familiale de M. B pour apprécier son préjudice.

4. M. B a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 22 juin 2012 au motif qu'il n'avait reçu aucune proposition de logement social adapté à sa demande. Le préfet du Val-d'Oise devait proposer un logement social à M. B dans le délai de 6 mois suivant la décision de la commission du 22 juin 2012, soit en l'espèce, à compter du 22 décembre 2012. Les requérants soutiennent, sans être contredits, d'une part, qu'ils n'ont été destinataires d'aucune offre de relogement et, d'autre part, que le jugement du 23 septembre 2013 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet du Val-d'Oise d'assurer leur relogement avant le 7 novembre 2013, n'a pas été exécuté, comme en témoignent les jugements du 18 octobre 2016 et du 16 janvier 2018 condamnant l'Etat à leur verser, respectivement, les sommes de 9250 euros et de 1000 euros, pour la période courant de décembre 2012 au 16 janvier 2018. L'absence de proposition de logement à compter du 22 décembre 2012, est constitutive d'une carence fautive, de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne le préjudice :

5. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 22 juin 2012, soit en l'espèce, à compter du 22 décembre 2012, et s'achève au jour du logement effectif du requérant.

6. Toutefois, le préfet peut se trouver délié de l'obligation qui pèse sur lui en vertu d'une décision de la commission de médiation et d'un jugement lui enjoignant d'exécuter cette décision si, par son comportement, l'intéressé a fait obstacle à cette exécution. Il résulte de l'instruction que le dossier de M. B, qui avait été soumis à la commission d'attribution des logements du 23 janvier 2018 en vue de l'attribution d'un logement de type T4 à Eaubonne, n'a pas été retenu en raison de la présentation de documents falsifiés. Par une ordonnance du 11 décembre 2018, dont il n'est pas allégué qu'elle ait fait l'objet d'un quelconque recours, le présent tribunal a jugé qu'il n'y avait pas lieu à liquidation de l'astreinte fixée par le jugement du 23 septembre 2013 au motif que M. B avait mis en échec son relogement par son propre comportement, en fournissant aux bailleurs sociaux des éléments frauduleux, et a considéré que l'Etat devait être regardé comme s'étant acquitté de son obligation de relogement envers M. D B, conformément à l'injonction prononcée par ce tribunal le 23 septembre 2013. Par suite, l'Etat doit être regardé comme délié de son obligation de relogement à la date du refus d'attribution d'un logement par la commission d'attribution des logements du 23 janvier 2018. Par ailleurs, M. B a été indemnisé des préjudices résultant de la carence de l'Etat à assurer son obligation de relogement pour la période courant du 22 décembre 2012 au 18 octobre 2016, par jugement du présent tribunal du 18 octobre 2016, puis pour la période courant du 18 octobre 2016 au 16 janvier 2018, par un jugement du 16 janvier 2018. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été intégralement indemnisé des préjudices résultant de la carence de l'Etat du 22 décembre 2012 jusqu'au 16 janvier 2018.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

La magistrate désignée

signé

C. CharleryLe greffier

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2105680

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