lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105684 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ESSONO NGUEMA |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête n° 2105684 et des mémoires enregistrés les 28 avril, 26 juin, 8 juillet, 11 et 17 décembre 2022, 21 et 24 juillet, 26 novembre et 6 décembre 2024 non communiqués M. D A, représenté par Me Essono N Guema demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2014 par laquelle le sous-préfet de Sarcelles a accordé le concours de la force publique ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 700 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subi des suites de l'illégalité de la décision du 2 juin 2014 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui accorder un logement HLM identique au sien, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- sa requête est recevable en l'absence de la mention des voies et délais de recours, s'agissant de la décision du 2 juin 2014, par laquelle le sous-préfet de Sarcelles a accordé le concours de la force publique ;
- la décision du 2 juin 2014 est illégale, dès lors que l'arrêt du 1er avril 2014 n'a jamais ordonné son expulsion ;
- le préfet a été irrégulièrement saisi en méconnaissance des articles L. 412-5 et R. 412-2 du code des procédure civiles d'exécution ;
- le préfet avait précédemment accordé le concours de la force publique ;
- le décompte de sa dette est erronée et le bailleur a refusé de percevoir une partie de la dette locative ;
- elle est entachée d'un défaut d'enquête sociale ;
- elle méconnait l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et son droit à un procès équitable ;
- cette illégalité est fautive ;
- il a subi des préjudices en ayant perdu son logement, il ne peut plus travailler et a subi des dommages familiaux et n'a pas pu bénéficier d'un logement à loyer modéré, qui seront réparés par une somme de 700 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 mai et le 24 juin 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et demande en outre à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé et à titre subsidiaire que la dette, à la supposée établie est prescrite.
Les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office et tiré de la tardiveté de la requête.
Des observations ont été produites par M. A le 27 novembre 2024 et communiquées le 27 novembre 2024.
II- Par une requête n° 2108326, enregistrée le 26 juin 2021 et des mémoires, enregistrés le 16 septembre 2021, le 30 mars 2023, non communiqué, les 1er mars, non communiqué 19 et 24 juillet, non communiqués 2024, le 26 novembre et le 6 décembre 2024 non communiqué, M. D A, représenté par Me Essono N Guema demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er avril 2014 par laquelle le sous-préfet de Sarcelles a accordé le concours de la force publique ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 504 500 euros en réparation des préjudices qu'il a subi des suites de l'illégalité de la décision du 1er avril 2014 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui accorder un logement HLM identique au sein, à compter du délai d'une semaine suivant la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été expulsé de son logement dont il était propriétaire à Ermont par une décision du 1er avril 2014.
- la décision d'expulsion du 1er avril 2014 est entachée d'un défaut d'une décision du préfet du Val-d'Oise accordant le concours de la force publique ;
- elle ne comporte aucune indication des voies et délais de recours ;
- elle est entachée d'un défaut d'enquête sociale ;
- il est fondé à solliciter la somme de 504 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que le recours de M. A est abusif et ses demandes indemnitaires ne sont pas fondées.
Les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office et tiré de la tardiveté de la requête.
Des observations ont été produites par M. A le 26 novembre 2024 et communiquées le 27 novembre 2024.
Les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office et tiré de la tardiveté des conclusions en annulation de la décision du 2 juin 2014, dès lors que ces conclusions excèdent le délai raisonnable durant lequel elles pouvaient être présentées.
Des observations ont été produites par M. A le 27 novembre 2024 et communiquées le 28 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code des procédures civiles d'exécution ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Edert,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,
-et les observations de Mme C, représentant le préfet du Val-d'Oise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A fait valoir qu'il a été expulsé illégalement le 1er avril 2014 d'un logement dont il était propriétaire à Ermont et qu'il a transporté ses meubles dans un logement situé 62 boulevard Montaigne à Sarcelles. Par une requête n° 2108326, il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 504 500 euros en réparation des préjudices qu'il a subi des suites de cette expulsion illégale.
2. M. A a pris à bail un logement sis 62 boulevard Montaigne à Sarcelles auprès du bailleur OSICA. Par un jugement du 24 novembre 2011, le tribunal d'instance de Gonesse a prononcé son expulsion de ce logement, décision confirmée par la Cour d'appel de Versailles par un arrêt du 1er avril 2014. L'intéressé n'ayant pas déféré ce jugement, le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique par une décision du 17 avril 2012, puis par une décision du 2 juin 2014 en vue de procéder à son expulsion à compter du 16 juin 2014. Par une requête n° 2105684 M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 700 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subi des suites de l'illégalité de cette décision.
Sur la jonction :
3. Les requêtes susvisées présentées par M. A présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions en annulation :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
6. Si M. A fait valoir qu'il n'a jamais eu connaissance de la décision du préfet du Val-d'Oise accordant le concours de la force publique le 1er avril 2014 et indique que la décision du 2 juin 2014 ne comportait pas la mention des voies et délais de recours, il est constant qu'il a eu connaissance au plus tard de ces décisions à la date de ses expulsions, soit le 1er avril 2014 selon ses dires et le 25 juin 2014. Par suite, les recours dont il a saisi le tribunal le 26 juin 2021, plus d'un an après la date à laquelle il a eu connaissance des décisions contestées, excédent le délai raisonnable durant lequel ils pouvaient être exercés, alors que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance particulière. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation sont tardives et doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
7. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité mais découlent directement et exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée, indépendamment des faits commis par la puissance publique, et à laquelle l'administration aurait pu légalement mettre fin à tout moment.
8. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A était redevable d'une dette locative auprès d'un bailleur social OSICA et qu'il a fait l'objet d'un jugement du tribunal d'instance de Gonesse ayant prononcé son expulsion de ce logement, décision confirmée par la Cour d'appel de Versailles par un arrêt du 1er avril 2014. Il ne résulte pas de l'instruction que l'exécution de l'expulsion aurait été susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, le requérant n'apportant pas la preuve que son fils né en 2011 résidait avec lui, et ne se prévaut d'aucune circonstance postérieure au jugement d'expulsion qui aurait empêché l'exécution du jugement du 24 novembre 2011. Par suite, à supposer même que la décision accordant le concours de la force publique ait été entachée d'illégalité, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée, compte tenu de la situation irrégulière dans laquelle M. A s'est lui-même placé en s'abstenant de régler son loyer.
9. D'autre part, il résulte également de l'instruction que M. A a fait l'objet le17 décembre 2013 d'une ordonnance de référé rendue par le président du tribunal de grande instance de Pontoise, ordonnant l'expulsion des occupants du logement dont il était propriétaire à Ermont et pour laquelle il a reçu une indemnité d'expulsion. En outre, M. A disposait depuis 2004 d'un bail d'habitation auprès du bailleur social OSICA, logement qu'il occupait jusqu'au 25 juin 2014. Par suite, il n'établit pas le lien de causalité entre les préjudices qu'il invoque et à les supposer établi, et la prétendue faute de l'Etat.
10. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de M. A doivent être rejetées, et par voie de conséquence ses conclusions en injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de déchéance quadriennale opposée par le préfet du Val-d'Oise.
D E C I D E
Article 1er : Les requêtes n° 2108326 et N° 2105684 de M. A sont rejetées.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024
La présidente-rapporteure,
signé
S. EdertL'assesseure la plus ancienne
signé
E. Chaufaux
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2105684 - N° 2108326
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026