mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2105999 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SYMCHOWICZ-WEISSBERG ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2020, et 29 décembre 2021, la société d'exploitation de l'ARENA, représentée par Me Symchowicz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les trois titres de perception émis à son encontre par le préfet de police de Paris les 22 octobre 2020, 5 et 6 novembre 2020 pour des montants de 5 080,14 euros, 16 413,94 euros et 17 404,11 euros correspondant aux dépenses supportées par les forces de police lors de quatre concerts qu'elle a accueillis en 2019 et 2020, ainsi que les décisions implicites rejetant les recours préalables qu'elle a formés contre ces titres ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes de 5 080,14 euros, 16 413,94 euros et 17 404,11 euros mises à sa charge par les titres litigieux ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les titres de perception sont insuffisamment motivés ;
- ces titres sont entachées d'une erreur de droit dès lors, d'une part, qu'ils sont dépourvus de fondement juridique en l'absence de conventions conclues, en application de l'article 4 du décret du 5 mars 1997, entre l'organisateur et le représentant de l'État en vue de la mise à disposition d'un service d'ordre et, d'autre part, qu'il n'est pas démontré que les prestations facturées excéderaient le cadre normal des obligations incombant à la puissance publique en méconnaissance de l'article L. 211-11 du code de la sécurité intérieure.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2021, la direction générale des finances publiques conclut à sa mise hors de cause.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens présentés par la société requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité intérieure ;
- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le décret n° 97-199 du 5 mars 1997 relatif au remboursement de certaines dépenses supportées par les forces de police et de gendarmerie
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,
- et les observations de de Me Heuzé, substituant Me Symchowicz, représentant la société d'exploitation de l'ARENA.
Considérant ce qui suit :
1. La société d'exploitation de l'ARENA, qui gère la salle de spectacle Paris La Défense Arena, a accueilli des concerts de Patrick Bruel les 6 et 7 décembre 2019, de Big Flo et Oli les 26 octobre 2019 et de DJ Snake le 26 octobre 2019. Pour chacun de ces évènements, elle a été invitée à conclure avec les services de l'État une convention de mise à disposition de moyens en personnels, matériels et animaux nécessaires au bon déroulement de ces manifestations, conventions que la société a toutefois refusé de signer. Après avoir adressé à la société d'exploitation de l'ARENA les factures correspondant aux prestations réalisées lors de ces concerts, le préfet de police de Paris a émis trois titres exécutoires les 22 octobre 2020, 5 et 6 novembre 2020 d'un montant de 5 080,14 euros pour les concerts de Patrick Bruel, de 16 413,94 euros pour le concert de Big Flo et Oli et 17 404,11 euros pour le concert de DJ Snake. La réclamation formée le 24 décembre 2020, en application de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012, contre ces titres de perception ayant été rejetée, la société d'exploitation de l'ARENA demande au tribunal d'annuler ces titres.
2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En application de ces dispositions, les collectivités publiques ne peuvent mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre de perception lui-même, soit par une référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elles se sont fondées pour déterminer le montant de la créance.
Sur la légalité des titres exécutoires des 5 et 6 novembre 2020 :
3. Il résulte de l'instruction que si les deux titres exécutoires des 5 et 6 novembre 2020 émis à l'encontre de la société d'exploitation de l'ARENA comportent les bases de la liquidation des créances, à savoir les prestations facturées, les dates de ces prestations et les montants facturés, ils n'indiquent pas les modalités de calcul de ces montants. Par ailleurs, si l'autorité préfectorale soutient en défense que de telles indications auraient néanmoins été portées à la connaissance de la société requérante par le biais de conventions et/ou de devis qui lui auraient été adressés préalablement à l'émission du titre litigieux, ces documents, dont il n'établit au demeurant pas la notification, ne font état que de sommes prévisionnelles et n'indiquent pas davantage les modalités de calcul des sommes dues. De la même manière, si le préfet de police fait valoir que des factures détaillées, correspondant aux prestations réalisées par les services d'ordre lors de chaque évènement, auraient été communiquées à la société d'exploitation de l'ARENA, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que ces factures, qui ne sont pas mentionnées dans les titres de perception en litige, auraient été notifiées à la société préalablement ou concomitamment à l'émission de ces titres. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir qu'elle n'est pas en mesure de comprendre les éléments de calcul des sommes qui lui sont réclamées par les titres exécutoires en litige des 5 et 6 novembre 2020 et donc les bases de liquidation de ces titres.
4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre ces deux titres exécutoires, la société d'exploitation de l'ARENA est fondée à demander l'annulation des six titres de perception émis à son encontre par le préfet de police de Paris les 5 et 6 novembre 2020 pour des montants de 16 413,94 euros et 17 404,11 euros ainsi que les décisions implicites rejetant les recours préalables qu'elle a formés contre ces titres.
Sur la légalité du titre exécutoire du 22 octobre 2020 :
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le titre exécutoire du 22 octobre 2020 comporte les bases de la liquidation de la créance dès lors qu'il mentionne qu'il a été émis à la suite de la " mise en œuvre d'un service de circulation aux abords de la [salle de spectacle] Paris La Défense Arena () à l'occasion des concerts de Patrick Bruel les 6 et 7 décembre 2019 ". En outre, si ce titre ne précise pas les modalités de calcul du montant mis à la charge de la société d'exploitation l'Arena, il satisfait néanmoins à cette obligation en faisant référence à la facture de service payé du 9 décembre 2019 détaillant ces modalités et dont la société requérante reconnait avoir été destinataire préalablement à l'édiction du titre exécutoire litigieux. Par suite, la société d'exploitation l'Arena n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas en mesure de comprendre les éléments de calcul de la somme qui lui est réclamée par le titre exécutoire litigieux et donc les bases de liquidation de ce titre, en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 citées au point 2 ci-dessus.
6. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 211-11 du code de la sécurité intérieure : " Les organisateurs de manifestations sportives, récréatives ou culturelles à but lucratif peuvent être tenus d'y assurer un service d'ordre lorsque leur objet ou leur importance le justifie./ Les personnes physiques ou morales pour le compte desquelles sont mis en place par les forces de police ou de gendarmerie des services d'ordre qui ne peuvent être rattachés aux obligations normales incombant à la puissance publique en matière de maintien de l'ordre sont tenues de rembourser à l'Etat les dépenses supplémentaires qu'il a supportées dans leur intérêt () ". Ces dispositions sont relatives aux seuls services d'ordre qui, étant assurés dans l'intérêt de l'organisateur d'une manifestation, excèdent les besoins normaux de sécurité auxquels la collectivité est tenue de pourvoir dans l'intérêt général. Il résulte du premier alinéa de cet article que seuls les organisateurs de manifestations sportives, récréatives ou culturelles à but lucratif sont susceptibles de se voir imposer par l'autorité compétente de l'Etat la tenue d'un tel service d'ordre. En revanche, il résulte du second alinéa que toute personne physique ou morale pour le compte de laquelle un tel service d'ordre est assuré par les services de police ou de gendarmerie est tenue de rembourser à l'Etat les dépenses correspondantes. D'autre part, l'article 2 du décret du 5 mars 1997 relatif au remboursement de certaines dépenses supportées par les forces de police et de gendarmerie dispose que, préalablement à l'exécution de prestations de service d'ordre qui, bien qu'exécutées par les forces de police ou de gendarmerie, ne peuvent être rattachées aux obligations normales incombant à la puissance publique, " () une convention est signée dans les conditions prévues à l'article 4 avec le bénéficiaire des prestations effectuées par les forces de police et de gendarmerie () ". L'article 4 du même décret dispose que : " Les modalités d'exécution techniques et financières du concours apporté par les forces de police et de gendarmerie sont préalablement déterminées par une convention conclue entre le représentant de l'Etat et les bénéficiaires de ces prestations. () ". Si ces dispositions, prévoient que, lorsque l'organisateur d'une manifestation décide d'avoir recours aux forces de police ou de gendarmerie pour assurer un service d'ordre, les modalités d'exécution techniques et financières de ce concours sont déterminées par convention, elles ne font pas obstacle à ce qu'en l'absence d'une telle convention, des prestations de service d'ordre exécutées en raison des nécessités du maintien de l'ordre public par les forces de police et de gendarmerie qui sont directement imputables à l'événement et qui vont au-delà des besoins normaux de sécurité auxquels la collectivité est tenue de pourvoir soient, en application des dispositions législatives précitées, mises à la charge de l'organisateur de la manifestation.
7. En l'espèce, il est constant que la société d'exploitation l'Arena a refusé de signer le projet de convention du 26 novembre 2019 qui lui a été adressé relatif à la mise en place d'un service d'ordre à l'occasion des concerts de Patrick Bruel les 6 et 7 décembre 2019. Néanmoins, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'absence de signature de cette convention ne saurait, contrairement à ce que soutient la société requérante, faire obstacle au remboursement des frais exposés par l'Etat dans le cadre de la mise en place de ce service d'ordre. En outre, la circonstance que la société d'exploitation l'Arena n'ait pas sollicité l'intervention de la puissance publique est sans incidence dès lors que cette intervention ne repose pas sur un fondement contractuel comme elle le fait valoir mais sur la nécessité de mettre en place des mesures de sécurité spécifiques pour assurer le bon déroulement des manifestations qu'elle a organisées. A cet égard, si la société soutient également que les missions de fluidification de la circulation aux abords des évènements ainsi que de constitution d'un périmètre d'accès protégé et d'interdiction de stationnement relèvent d'une mission générale de maintien de l'ordre, il résulte de l'instruction que l'organisation de concerts tels que ceux de Patrick Bruel génèrent un afflux de plusieurs milliers de visiteurs et de nombreux véhicules de nature à créer une augmentation importante du trafic aux abords du site les accueillant ainsi que des troubles de la circulation impliquant des prestations de service d'ordre exécutées par les forces de police et de gendarmerie en raison des nécessités du maintien de l'ordre public qui sont directement imputables à ces événements et qui vont au-delà des besoins normaux de sécurité auxquels la collectivité est tenue de pourvoir. Enfin, il n'est pas établi que les moyens mis en œuvre par le préfet de police de Paris seraient disproportionnés. Dans ces conditions, la société d'exploitation l'Arena n'est pas fondée à soutenir que le titre exécutoire du 22 octobre 2020 en litige mettant à sa charge les dépenses correspondant aux missions exercées dans son intérêt serait entaché d'erreurs de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 211-11 du code de la sécurité intérieure.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société d'exploitation l'Arena tendant à l'annulation du titre de perception émis à son encontre le 22 octobre 2020 ainsi que la décision implicite rejetant son recours préalable formé contre ce titre doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
9. D'une part, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Eu égard au motif d'annulation des titres exécutoires des 5 et 6 novembre 2020 exposé ci-dessus, et alors qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre du bien-fondé des titres de perception contestés n'est susceptible d'être accueilli, et qu'il est loisible, dans les limites de la prescription, à l'ordonnateur compétent d'émettre de nouveaux titres de perception, les conclusions aux fins de décharge présentées par la société requérante à l'encontre de ces deux titres doivent être rejetées.
10. D'autre part, le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le titre exécutoire du 20 octobre 2020. Par voie de conséquence, les conclusions de la société requérante tendant à la décharge de son obligation de payer la somme mise à sa charge par ce titre exécutoire doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les titres de perception émis les 5 et 6 novembre 2020 à l'encontre de la société d'exploitation de l'ARENA par le préfet de police de Paris, pour des montants de 16 413,94 euros et 17 404,11 euros, ainsi que les décisions implicites rejetant les recours préalables formés contre ces titres sont annulés.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société d'exploitation de l'ARENA est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exploitation de l'ARENA et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, M. A et M. B, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le rapporteur,
signé
J.-B. B
Le président,
signé
R. FéralLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026