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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106053

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106053

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 mai 2021, M. B A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 6 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 24 novembre 2020, 13 octobre 2019, 7 juillet 2020, 24 novembre 2019, 27 juillet 2018, 19 décembre 2017, 2 novembre 2017, 28 avril 2017, 21 juin 2016, 23 juillet 2016 et 26 avril 2016 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 3 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tenant à l'annulation des décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 28 avril 2017, 19 décembre 2017, 27 juillet 2018 et 24 novembre 2019 dès lors que les points en litige ont été restitués

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrat désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48SI " du 6 mars 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. A de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 24 novembre 2020, 13 octobre 2019, 7 juillet 2020, 24 novembre 2019, 27 juillet 2018, 19 décembre 2017, 2 novembre 2017, 28 avril 2017, 21 juin 2016, 23 juillet 2016, 26 avril 2016 et de la décision du 6 mars 2021 susmentionnée.

Sur la recevabilité :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 24 novembre 2019, 27 juillet 2018, 19 décembre 2017 et 28 avril 2017 ont été restitués en application de l'article L 223-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré de la notification des décisions successives de retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

Quant à l'infraction du 13 octobre 2019 (3 points) :

6. Lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation et le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. Si l'infraction en litige a donné lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête en exonération, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance qui établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, n'est toutefois pas de nature à établir que M. A aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code. Dans ces conditions, le ministre ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, que le requérant a effectivement reçu l'avis de contravention lié à l'infraction constatée le 13 octobre 2019 et qu'il aurait, dès lors, pris connaissance des informations que ces documents comportent sur les conséquences du paiement de l'amende forfaitaire sur le capital de points affecté à son permis.

7. La circonstance, alléguée par le ministre, selon laquelle M. A aurait bénéficié de la communication de ces informations à l'occasion de l'infraction commise le 27 juillet 2018 n'est pas suffisante pour établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé. Par suite, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Dès lors, le retrait de points correspondant à cette infraction doit être annulé.

Quant aux infractions des 26 avril 2016 (1 point), 21 juin 2016 (1 point), 23 juillet 2016 (4 points), 2 novembre 2017 (1 point), 7 juillet 2020 (1 point) et 24 novembre 2020 (1 point) :

8. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que les infractions susmentionnées ont été relevées sans interception du véhicule à l'aide d'un système de contrôle automatisé et qu'il a payé les amendes forfaitaires correspondantes. Ce paiement permet d'établir que l'intéressé a bien reçu l'avis de contravention, qui est établi selon les indications prévues par l'article A. 37-8 du code de procédure pénale et comporte les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n'apportant aucun élément tendant à démontrer que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations requises ont été délivrées au contrevenant. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté s'agissant de ces infractions.

S'agissant du moyen tiré de ce que la réalité de l'infraction ne serait pas établie :

10. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. Il résulte du relevé d'information intégral que M. A a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions commises les 21 juin 2016, 23 juillet 2016, 26 avril 2016, 2 novembre 2017, 7 juillet 2020 et 24 novembre 2020. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route le paiement de l'amende forfaitaire établit la réalité de l'infraction. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la réalité des infractions susvisées n'est pas établie.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 13 octobre 2019.

En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " en date du 6 mars 2021 tant qu'elle constate la perte de validité du permis de conduire :

13. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. A récapitule les décisions de retrait de points dont celle qui est annulée par le présent jugement. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. L'annulation de la décision de retrait de trois points mentionnée au point 7 n'a pas eu pour effet, en l'état de l'instruction, de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire de l'intéressé. Dès lors, les conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de la décision " 48SI " en date du 6 mars 2021 en tant qu'elle constate l'invalidation de son permis de conduire ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 13, que l'annulation de la décision de retrait de trois points mentionnée au point 7 n'a pas eu pour effet, en l'état de l'instruction, de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire de l'intéressé, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. A le bénéfice des trois points irrégulièrement retirés.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré trois points du permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction commise le 13 octobre 2019 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

La vice-présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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