mardi 12 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106058 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ALLIAGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 5 mai 2021 et 9 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Hagenbach, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge au titre de l'année 2017, à raison du montant en base de 136 287 euros, correspondant à la partie de l'indemnité transactionnelle de licenciement prévue dans le protocole du 31 mai 2017 et non admise en exonération d'impôt sur le revenu ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la totalité de la somme de 198 000 euros correspondait au versement d'une indemnité de licenciement exonérée d'impôt sur le revenu en vertu du a) du 3° de l'article 80 duodecies du code général des impôts.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 octobre 2021 et 28 mars 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par décision du 3 avril 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 4 mai 2023.
Un mémoire a été produit le 6 février 2024, postérieurement à la clôture, par l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Viain,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a fait l'objet d'un contrôle sur pièce de son dossier fiscal concernant au titre de l'année 2017. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 18 juillet 2019, le service a remis en cause la qualification d'indemnité de licenciement de la somme de 198 000 euros perçue par Madame B en 2017 en application d'un accord transactionnel conclu le 31 mai 2017 avec la société Armadillo. En conséquence il a rapporté ladite somme au revenu imposable de l'intéressée de l'année 2017 dans la catégorie des traitements et salaires. A la suite d'un recours hiérarchique, l'administration a admis qu'à hauteur de 61 713 euros la somme en cause correspondait à une indemnité de licenciement mais a maintenu la rectification pour le surplus, soit 136 287 euros en base. La requérante a contesté les impositions supplémentaires restant à sa charge par une réclamation du 2 décembre 2020, rejetée le 10 mars 2021. Par la requête susvisée, elle réitère ses prétentions devant le tribunal.
2. Aux termes de l'article 80 duodecies du code général des impôts : " 1. Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes. Ne constituent pas une rémunération imposable : [] 2° Les indemnités de licenciement ou de départ volontaire versées dans le cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail ; 3° La fraction des indemnités de licenciement versées en dehors du cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi au sens des articles L. 1233-32 et L. 1233-61 à L. 1233-64 du code du travail, qui n'excède pas : a) Soit deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l'indemnité si ce seuil est supérieur, dans la limite de six fois le plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale en vigueur à la date du versement des indemnités ; b) Soit le montant de l'indemnité de licenciement prévue par la convention collective de branche, par l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, par la loi ; []. ".
3. Il résulte de la réserve d'interprétation dont la décision n° 2013-340 QPC du
20 septembre 2013 du Conseil constitutionnel a assorti la déclaration de conformité à la Constitution du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts que ces dispositions, qui définissent les indemnités versées à l'occasion de la rupture du contrat de travail bénéficiant, en raison de leur nature, d'une exonération totale ou partielle d'impôt sur le revenu, ne sauraient, sans instituer une différence de traitement sans rapport avec l'objet de la loi, conduire à ce que le bénéfice de l'exonération varie selon que l'indemnité a été allouée en vertu d'un jugement, d'une sentence arbitrale ou d'une transaction. Il s'ensuit qu'en cas d'indemnité allouée en vertu d'une transaction, l'administration et, lorsqu'il est saisi, le juge de l'impôt doivent rechercher la qualification à donner aux sommes étant l'objet de la transaction.
4. En l'espèce, une indemnité litigieuse de 198 000 euros a été versée par la société Armadillo aux termes d'un protocole transactionnel du 31 mai 2017. Le service soutient que l'exonération d'imposition ne saurait concerner que la seule indemnité de licenciement accordée, et que, dès lors que l'article 1er du protocole mentionne que la somme en litige correspond également aux sommes dont la société est redevable au titre de de l'exécution du contrat de travail de Mme B, cette dernière n'établit pas que la transaction ferait exclusivement référence à une indemnité de licenciement, d'autant qu'elle aurait continué à percevoir un salaire de la société Armadillo au titre de l'année 2017. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment de la lettre de licenciement du 19 mai 2016, du bulletin de paie de juillet 2016 signé avec la mention " reçu pour solde de tout compte ", de l'instance du 1er juin 2017 devant le conseil de prudhommes, de la proposition de rectification du 18 juillet 2019, ainsi que de l'attestation de l'expert-comptable Philippe Dagorn du 2 avril 2021, que Mme B, licenciée en 2016, n'a perçu aucun salaire de son ancien employeur en 2017, la somme de 32 000 euros versée par la société Armadillo correspondant à une simple cession de droits sur un logiciel et que le seul litige qui l'opposait à cette société concernait son indemnité de licenciement. Par ailleurs, il ressort de l'économie générale du protocole transactionnel que la totalité de l'indemnité prévue correspondait uniquement à une indemnité de licenciement pour motifs économiques, ce protocole mentionnant que la société Armadillo reconnaissait avoir promis à l'intéressée une indemnité de licenciement fin 2016 qui devait être arrêtée au montant de 198 000 euros. Dans ces conditions, et alors que l'administration n'apporte aucun élément qui permettrait d'établir ou même de laisser sérieusement penser qu'une partie de l'indemnité en cause ne trouverait pas sa source dans la rupture du contrat de travail, la totalité de la somme de 198 000 euros doit être regardée comme une indemnité de licenciement au sens des dispositions précitées de l'article 80 duodecies du code général des impôts.
5. En application des dispositions du 3° du 1 de cet article, l'indemnité litigieuse est exonérée quant à sa fraction qui n'excède pas deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par Mme B au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail. Il résulte de l'instruction que Mme B a perçu en 2015 une rémunération s'élevant au moins à 102 522 euros bruts selon l'administration. Ainsi, la limite d'exonération s'établit à 205 044 euros et est ainsi supérieure à l'indemnité en litige. Par suite, c'est à tort que l'administration a refusé d'exonérer d'impôt sur le revenu l'indemnité de licenciement transactionnelle de Mme B dans sa totalité.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge au titre de l'année 2017, à raison du montant en base de 136 287 euros correspondant à la partie de l'indemnité transactionnelle prévue dans le protocole du 31 mai 2017 et non admise en exonération d'impôt sur le revenu.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Mme B est déchargée, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales mises à sa charge au titre de l'année 2017, à raison du rehaussement en base de 136 287 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction du contrôle fiscal Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
M. Viain, premier conseiller ;
Assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2106058
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026