mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106067 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | ABEBERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 6 mai 2021, le 17 octobre 2022 et le 21 octobre 2022, Mme A, représentée par Me Abeberry, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 7000 euros à parfaire en réparation des préjudices subis depuis le 10 mars 2018, résultant du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation des Hauts-de-Seine ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1250 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, ou à elle-même en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la carence de l'État à lui fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 25 mars 2015 la reconnaissant prioritaire et devant être logée d'urgence avec ses deux enfants et le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 15 mars 2016, lui enjoignant, sous astreinte, de procéder à son relogement avant le 1er juin 2016, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;
- deux jugements du présent tribunal, en date des 29 mai 2018 et 10 mars 2020, ont déjà reconnu la faute de l'Etat et le préjudice subi par elle en le condamnant respectivement à lui verser les sommes de 2500 euros et 4000 euros ;
- le préjudice résultant de cette situation perdure depuis près de neuf ans dès lors qu'elle est toujours logée, depuis le 4 juin 2012, dans un logement de transition relevant du dispositif Solibail.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable faute de demande préalable d'indemnisation ;
- cinq propositions de logement ont été faites et n'ont pas abouti, soit en raison d'un dossier incomplet, soit du fait d'une insuffisance de revenus.
Vu :
- le jugement n°1600637 du 15 mars 2016 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de la requérante ;
- le jugement n°1705272 du 29 mai 2018 condamnant l'Etat à indemniser la requérante à hauteur de 2500 euros au regard des préjudices résultant de la carence de l'Etat à assurer son logement depuis le 15 septembre 2016 ;
- le jugement n°1900019 du 10 mars 2020 condamnant l'Etat à indemniser la requérante à hauteur de 4000 euros au regard des préjudices résultant de la carence de l'Etat à assurer son logement du 29 mai 2018 au 10 mars 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;
- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière d'audience, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été reportée au mardi 25 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". Selon l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. () ".
2. Mme A a déposé le 10 février 2022, préalablement à l'introduction de sa requête en indemnisation, une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Dès lors, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : "La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".
4. Il résulte de l'instruction que Mme A a formé une réclamation préalable le 27 janvier 2021 par voie de lettre recommandée avec accusé de réception, reçue par la préfecture des Hauts-de-Seine le 28 janvier 2021. Cette demande a lié le contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Hauts-de-Seine tirée du défaut de réclamation préalable doit être rejetée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
5. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
6. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
7. Mme A a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 25 mars 2016 aux motifs qu'elle n'avait reçu aucune proposition de logement social adapté à sa demande et était logée dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. La requérante soutient d'une part, qu'elle n'a été destinataire d'aucune offre de relogement et, d'autre part, que le jugement du 15 mars 2016 du présent tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er juin 2016, n'a pas été exécuté, comme en témoignent les jugements du 29 mai 2018 et du 10 mars 2020 condamnant l'Etat à lui verser, respectivement, les sommes de 2500 euros, pour la période courant du 15 septembre 2016 au 29 mai 2018 et de 4000 euros, pour la période courant du 29 mai 2018 au 10 mars 2020. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'État.
En ce qui concerne le préjudice :
8. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 25 mars 2015, soit en l'espèce, à compter du 15 septembre 2016, et s'achève au jour du logement effectif de la requérante. Le préfet fait valoir que l'intéressée a elle-même mis en échec son relogement, dès lors que cinq propositions de logement lui ont été adressées, qui ont toutes été rejetées, soit pour dossier incomplet, soit pour insuffisance de revenus. Le préfet produit, pour établir ses allégations, une capture d'écran d'un tableau de suivi des demandeurs de logement reconnus prioritaires par la commission de médiation des Hauts-de-Seine qui fait apparaître que la commission d'attribution des logements a rejeté deux propositions de logement à Mme A en raison d'un dossier incomplet, le 18 février 2020, pour un logement sis 78, rue des Bons Raisins à Rueil-Malmaison, et le 6 avril 2022, pour un logement sis 2, rue du docteur D à Chelles, et qu'un refus a également été opposé, le 28 septembre 2021, pour un logement sis 18, place des Victoires à Asnières-sur-Seine, au regard d'une insuffisance de revenus. Toutefois, d'une part, le préfet n'indique pas la nature des documents manquants, ni si la requérante a été informée que l'incomplétude de son dossier risquait de lui faire perdre bénéfice de la décision de commission de médiation. D'autre part, la circonstance que les revenus de Mme A auraient été insuffisants pour lui permettre de prétendre au logement sis à Asnières-sur-Seine n'est pas imputable à sa propre carence. Au demeurant, il n'est même pas allégué par le préfet des Hauts-de-Seine que l'inaboutissement de ces propositions résulterait d'un refus sans motif impérieux opposé par Mme A. Dans ces conditions, l'Etat ne peut utilement invoquer ces refus de propositions pour s'exonérer de la responsabilité qu'il encourt et sa responsabilité est donc engagée pour la période courant du 15 septembre 2016 au jour du présent jugement.
9. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. À cet égard, sont réputés à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.
10. Il résulte de l'instruction que Mme A a été indemnisée des préjudices résultant de la carence de l'Etat à la reloger pour la période comprise entre le 15 septembre 2016 et le 10 mars 2020, par deux jugements du présent tribunal des 29 mai 2018 et 10 mars 2020. La situation qui a motivé la décision de la commission de médiation a, toutefois, persisté de la date du dernier jugement du présent tribunal du 10 mars 2020 condamnant l'Etat à la présente instance. Ainsi, compte tenu des conditions de logement de Mme A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer de 3 personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressée dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 3900 euros (trois mille neuf cent euros) tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 10 mars 2020 au jour du présent jugement.
11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 3900 euros (trois mille neuf cent euros) tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à Mme A en réparation des préjudices résultant pour elle de la carence de l'État à la reloger.
Sur les frais liés au litige :
12. Il ressort de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement que Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 080 euros à verser à Me Abeberry dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, que Me Abeberry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A la somme de 3900 euros (trois mille neuf cent euros) tous intérêts compris.
Article 2 : Sous réserve de l'admission de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 080 euros qui sera versée à Me Abeberry, conseil de Mme A, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Abeberry et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
La magistrate désignée
signé
C. CLa greffière
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2106067
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026