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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106314

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106314

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106314
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantYONAN-MERCADIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2107408 :

Par une requête, un mémoire et un mémoire récapitulatif enregistrés les 4 juin 2021, 7 février 2022 et 20 juillet 2023, M. D A, représenté par Me Yonan-Mercadier, avocate, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2017, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- il n'a ni été informé de son droit à obtenir communication des déclarations de revenus sur lesquels s'est fondée l'administration ni reçu communication des éléments recueillis auprès de tiers avant la mise en recouvrement des sommes en litige ;

- ses deux enfants, B et C, sont à sa charge et doivent dès lors être rattachés à son foyer fiscal ;

- la pension alimentaire versée à C doit être déduite de son revenu imposable.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Sur mesure d'instruction du Tribunal, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise a produit, le 18 janvier 2023, la proposition de rectification du 1er septembre 2020 adressée à M. A le 4 septembre 2020.

II. Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2106314 :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021, M. A, représenté par Me Yonan-Mercadier, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 425 euros correspondant à la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 résultant de la saisie administrative à tiers détenteur en date du 21 avril 2021 émise à son encontre par le comptable public du service des impôts de Colombes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'exigibilité de l'imposition est suspendue compte tenu de l'existence d'une demande de sursis de paiement adressée le 25 mars 2021 à l'administration fiscale portant sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre de l'année 2017 ;

- l'exigibilité de l'imposition est suspendue dès lors que l'administration n'établit pas avoir mis en recouvrement les cotisations supplémentaires au titre de l'année 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2023, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête est irrecevable.

III. Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2206479 :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2022, M. A, représenté par Me Yonan-Mercadier, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2019, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- l'administration n'a pas répondu à ses observations formulées sur le fondement de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir qu'elle a procédé à un dégrèvement, en cours d'instance, à hauteur d'une somme de 1 220 euros.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un contrôle sur pièces, M. A s'est vu notifier, par des propositions de rectification des 1er septembre 2020 et 24 mars 2021, selon la procédure contradictoire puis de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu portant respectivement sur les années 2017 et 2019, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes, à raison d'une pension alimentaire portée en déduction de ses revenus et du nombre de parts à prendre en considération pour la division de son revenu imposable. Par deux réclamations préalables en date des 25 mars 2021 et 3 décembre 2021, rejetées les 7 avril 2021 et 7 mars 2022, M. A a contesté les cotisations supplémentaires des impositions mises à sa charge et demandé qu'il soit sursis au paiement des impositions au titre de l'année 2017. Le 21 avril 2021, le comptable du service des impôts des particuliers de Colombes a émis à son encontre une saisie administrative à tiers détenteur pour un montant de 1 425 euros, adressée à son employeuse, en vue du paiement de cette cotisation et des pénalités afférentes. M. A a formé, le 6 mai 2021, une réclamation qui a été rejetée le jour même. Le requérant demande au Tribunal de prononcer la décharge, d'une part, des cotisations supplémentaires mises à sa charge et, d'autre part, de celle de l'obligation de payer la somme de 1 425 euros résultant de la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise admet, dans son mémoire en défense, accorder à M. A le dégrèvement de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2019, à hauteur de 1 220 euros. Les conclusions de la requête n° 22066479 tendant à la décharge de cette cotisation est, dans cette mesure, devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. Il résulte de l'instruction que la saisie administrative adressée à la société employeuse de M. A a fait l'objet d'une mainlevée totale le 7 mai 2021. La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine confirme, dans son mémoire en défense, que cette saisie a cessé de produire tout effet antérieurement à l'introduction de la requête. Dans ces conditions, l'administration fiscale est fondée à soutenir que les conclusions tendant à la mainlevée de la saisie administrative en litige sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins de décharge :

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en date du 1er septembre 2020 adressée à M. A précise les dispositions légales retenues comme fondement de l'imposition en litige, l'impôt concerné, l'année d'imposition, le montant des rectifications envisagées et les motifs sur lesquels le service s'est fondé pour rehausser les bases d'imposition. Elle précise, notamment, que Mme E et lui portaient conjointement leurs enfants sur leurs déclarations de revenus respectives, de sorte que l'intéressé ne peut se prévaloir du nombre de parts qu'il a déclarées pour calculer son revenu imposable. Dans ces conditions, la proposition de rectification critiquée a mis le contribuable en mesure de formuler ses observations de façon utile, auxquelles il a été répondu par la même motivation. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la proposition de rectification serait insuffisamment motivée.

6. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".

7. Il résulte de l'instruction que l'administration s'est fondée, pour opérer les rectifications en litige, sur la déclaration de revenus de Mme E, ancienne compagne de M. A. Toutefois, ces renseignements, dont le requérant ne soutient ni même n'allègue en avoir au demeurant demandé communication, ne sont pas au nombre de ceux visés par l'article L. 76 B. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

8. Aux termes de l'article 193 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 196 B, le revenu imposable est pour le calcul de l'impôt sur le revenu, divisé en un certain nombre de parts, fixé conformément à l'article 194, d'après la situation et les charges de famille du contribuable () ". Aux termes de l'article 193 ter du même code : " À défaut de dispositions spécifiques, les enfants ou les personnes à charge s'entendent de ceux dont le contribuable assume la charge d'entretien à titre exclusif ou principal, nonobstant le versement ou la perception d'une pension alimentaire pour l'entretien desdits enfants. " Aux termes de l'article 194 de ce code : " Le nombre de parts à prendre en considération pour la division du revenu imposable prévue à l'article 193 est déterminé conformément aux dispositions suivantes (). Lorsque les époux font l'objet d'une imposition séparée en application du 4 de l'article 6, chacun d'eux est considéré comme un célibataire ayant à sa charge les enfants dont il assume à titre principal l'entretien. Dans cette situation, ainsi qu'en cas de divorce, de rupture du pacte civil de solidarité ou de toute séparation de fait de parents non mariés, l'enfant est considéré, jusqu'à preuve du contraire, comme étant à la charge du parent chez lequel il réside à titre principal () ". Aux termes de l'article 196 de ce même code : " Sont considérés comme étant à la charge du contribuable, que celle-ci soit exclusive, principale ou réputée également partagée entre les parents, à la condition de n'avoir pas de revenus distincts de ceux qui servent de base à l'imposition de ce dernier : / 1° Ses enfants âgés de moins de 18 ans ou infirmes () ".

9. Il résulte de ces dispositions que, pour l'attribution des parts supplémentaires de quotient familial pour enfant à charge prévue à l'article 194 du code général des impôts, le versement ou la perception d'une pension alimentaire, qu'elle prenne la forme d'une somme d'argent ou d'une prestation en nature, ne doit pas, en vertu de l'article 193 ter du même code, être pris en compte pour apprécier la charge d'entretien qui est assumée par chaque parent. Il en va notamment ainsi lorsque l'un des parents entend écarter la présomption prévue par les dispositions du I de l'article 194 du code général des impôts aux termes desquelles les enfants sont, jusqu'à preuve du contraire, à la charge du parent chez lequel ils ont leur résidence principale.

10. Il est constant que, pour les années en litige, les enfants mineurs de M. A avaient leur résidence principale chez leur mère, qui était ainsi présumée en assumer la charge principale pour le calcul du quotient familial. En se bornant à produire un jugement du Tribunal judiciaire de Lisieux du 28 janvier 2021, postérieur à l'année d'imposition en litige, et une attestation sur l'honneur mentionnant le versement d'une pension alimentaire d'un montant de 150 euros pour son fils C, M. A n'établit pas qu'il supportait la charge principale d'entretien de ses deux enfants, ni, au demeurant, la réalité des versements qu'il soutient effectuer. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a modifié son quotient familial et refusé la déduction de la pension alimentaire déclarée.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des requêtes de M. A enregistrées sous les numéros 2106314 et 2107408 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, dès lors, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2206479 de M. A.

Article 2 : Les requêtes nos 2106314 et 2107408 de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et aux directeurs départementaux des finances publiques des Hauts-de-Seine et du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2106314, 2107408, 2206479

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