mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2106381 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | BALIKCI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 11 mai 2021, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé, sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la SARL Pavagex au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, territorialement compétent.
Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 27 mars 2021 et 17 avril 2024, la SARL Pavagex, représentée par Me Balikci, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté son recours gracieux exercé contre la décision du 16 mars 2020 par laquelle le directeur général de l'OFII lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 90 500 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros, ensemble la décision du 16 mars 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 16 mars 2020 est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation et l'administration n'a pas tenu compte des circonstances particulières de l'espèce pour prendre cette décision ;
- elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- la somme qui lui est réclamée met en danger sa situation financière.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, représenté par son directeur général, conclut au rejet de la requête de la SARL Pavagex.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
La requête de la SARL Pavagex a été communiquée au ministre de l'intérieur et à la Direction départementale des finances publiques de l'Essonne qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 11 juillet 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabas, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Pavagex est une société exerçant dans le domaine des travaux publics. Le 18 octobre 2019, les services de gendarmerie ont procédé à un contrôle d'une camionnette appartenant à la société et ont constaté que plusieurs étrangers dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France se trouvaient à l'intérieur. Par un courrier reçu le 4 février 2020, l'employeur a été invité à présenter ses observations. Par une décision du 16 mars 2020 (notifiée le 18 mars suivant), l'OFII a mis à la charge de la SARL Pavagex la contribution spéciale à hauteur de 90 500 euros et la contribution forfaitaire à hauteur de 4 618 euros. Deux titres de perception ont été émis le 18 juin 2020 en vue du recouvrement de ces sommes. Le 6 juillet 2020, la SARL Pavagex a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, lequel a été implicitement rejeté par l'OFII le 28 janvier 2021. Par sa requête, la SARL Pavagex demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle le directeur général de l'OFII a implicitement rejeté son recours gracieux exercé à l'encontre de la décision du 16 mars 2020, ensemble l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la décision portant sanction du 16 mars 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
3. En l'espèce, la décision du 16 mars 2020 contestée de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 18 octobre 2019 au cours duquel ont été relevées des infractions aux articles L. 8251-1 du code du travail et L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision précise également la nature des sanctions infligées à la société SARL Pavagex pour l'emploi irrégulier de cinq travailleurs démunis de titres les autorisant à travailler, ainsi que le montant des sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire, à savoir les sommes de 90 500 euros et de 4 248 euros. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision portant sanction :
4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Et, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail ou, si l'employeur entre dans le champ d'application de ces articles, le montant des sanctions pénales prévues par le chapitre II du présent titre. L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. A cet effet, il peut avoir accès aux traitements automatisés des titres de séjour des étrangers dans les conditions définies par la loi n ° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. ".
5. Pour l'application de ces dispositions, il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. Par ailleurs, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal d'infraction dressé par les services de la gendarmerie départementale de l'Isle-Adam que, lors du contrôle effectué le 18 octobre 2019, la présence de cinq ressortissants turcs, tous dépourvus de titre de séjour les autorisant à travailler en France, a été constatée dans un véhicule appartenant à la SARL Pavagex et dans lequel était également présent le co-gérant de cette société. Le procès-verbal mentionne également que ces cinq personnes portaient une tenue s'apparentant à une tenue de travail à savoir des vêtements tachés de peinture et que le véhicule a été contrôlé à une heure matinale à savoir 8 heures 15. Si la SARL Pavagex fait valoir qu'elle " réfute avoir fait travailler des étrangers n'ayant pas le droit de travailler " et qu'elle a apporté des éléments permettant d'en justifier, elle ne produit aucun élément dans le cadre de la présente instance. Par ailleurs, il résulte également des mentions du procès-verbal, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que les déclarations faites lors de l'audition des intéressés n'étaient pas toutes concordantes puisque si le co-gérant a indiqué qu'il déposait les ressortissants à la gare afin qu'ils se rendent à un mariage, l'un d'eux a au contraire répondu, à la question des gendarmes : " que faisiez-vous à l'intérieur du véhicule ' " qu'il accompagnait seulement le co-gérant pour boire un café. Par ailleurs, la SARL Pavagex n'a fourni aucune explication permettant de justifier pourquoi ils se trouvaient en tenue de travail alors qu'elle avait indiquait qu'ils se rendaient à un mariage et alors même que la SARL Pavagex exerce, ainsi qu'il l'a été dit, dans le domaine du bâtiment et travaux publics et que l'un des occupants du véhicule a indiqué lors de son audition qu'il " travaille dans le bâtiment " et qu'il " sais faire de la peinture, du carrelage, du parquet ". En outre, il ressort également des termes du procès-verbal que l'un des salariés a reconnu avoir déjà travaillé pour la SARL Pavagex par le passé et ce même s'il est dépourvu de toute autorisation de travail. Il en résulte que ces éléments permettent de mettre en évidence l'existence d'une relation de travail découlant des constatations effectuées par la gendarmerie de l'Isle-Adam le 18 octobre 2019 et qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Enfin, la circonstance qu'aucune procédure pénale n'ait été engagée est sans incidence sur la matérialité des faits ainsi établie. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation dont la décision serait entachée et le moyen tiré de ce que l'OFII n'a pas tenu compte des circonstances particulières de l'espèce pour prendre la décision contestée doivent être écartés.
7. En deuxième lieu, la présomption d'innocence ne fait pas obstacle à ce que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration décide d'infliger les sanctions prévues par les articles susmentionnés du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'employeur d'un étranger démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans attendre l'issue d'éventuelles poursuites pénales, lorsqu'après avoir recueilli les observations de l'intéressé, il estime que l'emploi par la personne qu'il sanctionne d'un étranger non autorisé à travailler est établi. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît le principe de la présomption d'innocence ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, si la SARL Pavagex fait valoir que la somme qui lui est réclamée met en danger sa situation financière, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Par suite, ce moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Pavagex n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 mars 2020 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 90 500 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros ni par suite celle de la décision rejetant son recours gracieux. Il y a lieu, par suite, de rejeter ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celles formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Pavagex est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Pavagex, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Fabas, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
L. Fabas
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
H. Mofid
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2106381
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026