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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106526

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106526

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106526
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET SALLARD CATTONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 mai 2021 et le 28 janvier 2022, la société SEQUENS, représentée par Me Catoni, demande à la juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser, à titre de provision, sur le fondement de l'article R.541-1 du code de justice administrative, la somme de 8 284,27 euros en réparation du préjudice subi entre le 1er décembre 2020 et le 24 octobre 2021 augmentée des intérêts à taux légal à compter de la date d'exigibilité de chacune des échéances qui la composent et les intérêts des intérêts du fait du refus du préfet des Hauts-de-Seine d'accorder le concours de la force publique ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a donné à bail à Mme A un logement et un emplacement de stationnement situé 13/15 rue Daguerre à Rueil Malmaison (92220) ; par un jugement du 24 avril 2013, le tribunal d'instance de Puteaux a notamment fixé l'indemnité d'occupation due à une somme égale au loyer ;

- un procès- verbal de réquisition de la force publique a été dressé par voie d'huissier le 28 juin 2016 ;

- il n'a pas été donné suite à cette réquisition, malgré plusieurs itératives réquisitions signifiées les 6 mars, 3 juillet 2017, le 23 juillet 2018 et le 6 février 2019 ;

- par recours gracieux du 21 décembre 2020, elle a sollicité l'indemnisation de son préjudice d'un montant de 37 457,34 euros né du défaut de concours de la force publique du 29 août 2016 au 30 novembre 2020 ; elle a accepté une transaction pour la période du 29 août 2016 au 30 novembre 2020 pour une somme de 37 547,34 euros ;

- elle maintient sa demande pour la période du 1er décembre 2020 au 24 octobre 2021, date du décès de Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Edert, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Sur la demande de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable dans son principe :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 411-1 du code des procédures civiles d'exécution : " Sauf dispositions spéciales, l'expulsion ou l'évacuation d'un immeuble ou d'un lieu habité ne peut être poursuivie qu'en vertu d'une décision de justice ou d'un procès-verbal de conciliation exécutoire et après signification d'un commandement d'avoir à libérer les locaux ; ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Si l'expulsion porte sur un local affecté à l'habitation principale de la personne expulsée ou de tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu, sans préjudice des dispositions des articles L. 613-1 à L. 613-5 du code de la construction et de l'habitation, qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement () ". Aux termes de l'article L. 412-6 du même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 dudit code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et que, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.

5. Il résulte de l'instruction qu'à la demande de la société Sequens, le tribunal d'instance de Puteaux a, notamment, par une ordonnance en référé du 20 mars 2013, constaté que Mme A était redevable de la somme de 2 449,83 euros avec intérêts au taux légal à compter du 26 mars 2012, a fixé l'indemnité d'occupation due à une somme égale au loyer majoré des charges récupérables dument justifiées jusqu'à la libération des lieux et l'a condamnée à payer à la SA d'HLM Sofilogis l'indemnité d'occupation précitée jusqu'à la libération effective des lieux. Le jugement a aussi autorisé Mme A à s'acquitter de sa dette en mensualité de 150 euros et précisé qu'en cas de non respect de cet échéancier, elle serait notamment tenue de quitter le logement occupé dans le délai deux mois à compter de la signification du présent jugement, ledit jugement autorisant par ailleurs à faire procéder à son expulsion et celle de tous les occupants de son chef, avec au besoin l'assistance de la force publique. Ce jugement a été suivi d'un commandement de quitter les lieux, resté sans effet, signifié le 14 avril 2016. Le concours de la force publique a été demandé au préfet successivement le 28 juin 2016, le 23 juillet 2018 et le 6 février 2019 et n'a pas été accordé.

6. Compte-tenu du délai de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action et des dispositions précitées de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, la société requérante est fondée à réclamer une provision à hauteur de l'obligation de l'Etat qui ne serait pas sérieusement contestable au titre du préjudice constitué par la perte de loyers et de remboursement de charges locatives ayant résulté pour elle, le cas échéant, de l'inertie des services de la préfecture des Hauts-de-Seine au cours de la période du 29 aout 2016 au 24 octobre 2021, date du décès de Mme A.

En ce qui concerne le montant de la provision :

7. La société Sequens demande, compte tenu du protocole transactionnel signé entre le préfet des Hauts-de-Seine et la société requérante le 24 août 2021, une somme de 8 284,27 euros correspondant à la somme de 47 192,56 euros, loyers dus du 29 août 2016 au 24 octobre 2021 de laquelle est défalquée la somme de 1 360,98 euros correspondant au solde de la dette antérieure de Mme A et des loyers qu'elle a versé au cours de la période et le montant de la transaction, soit 37 547,34 euros.

8. D'une part, il résulte de l'article 2 de ce protocole, que " le présent accord vaut transaction au sens de l'article 2044 et suivants du code civil " et en conséquence, " règle entre les parties tout litige né ou à naître, définitivement et sans réserve, et emporte renonciation à tous droits et prétentions de ce chef " pour la période du 29 août 2016 au 30 novembre 2020.

9. D'autre part, la société Sequens justifie par la présentation de relevés de compte à compter du 1er décembre 2020 prorata de 24 jours pour le mois d'octobre la somme de 8 284, 27 euros demandée, chiffres non contestés par le préfet qui n'a pas produit de mémoire en défense. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner l'Etat au versement d'une provision dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à un montant de 8 284,27 euros.

Sur les intérêts :

10. La société Sequens a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 8 284,27 euros à compter du 21 décembre 2020, date de réception de sa demande indemnitaire par l'administration.

Sur les intérêts des intérêts :

11. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ".

12. En l'espèce, la société Sequens a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 8 284,27 euros à compter du 21 décembre 2020. Si à la date de sa demande, les intérêts étaient dus depuis moins d'une année, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Il y a ainsi lieu de capitaliser les intérêts au 21 décembre 2021, date à laquelle une année d'intérêts a été due, et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros correspondant aux frais que la société Sequens a exposé et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'Etat versera à la société Sequens une somme de 8 284,27 euros sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, augmentée des intérêts à compter du 21 décembre 2020 et les intérêts des intérêts à compter du 21 décembre 2021.

Article 2 : l'Etat versera à la société Sequens une somme de 1 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à la société Sequens et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 6 mai 2024.

La juge des référés,

signé

S. Edert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 216526

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