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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2106945

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2106945

mercredi 5 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2106945
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantBOUSQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés respectivement les 25 mai et 24 juin 2021 et le 25 avril 2022, Mme A D, représentée par Me Bousquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 20 avril 2021 par la directrice de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine en vue du recouvrement d'une somme de 8 565 euros relatif à un indu d'allocation de logement familiale au titre de la période du 1er mai 2017 au 30 avril 2019 ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer la somme de 8 565 euros ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D soutient que :

- le titre exécutoire est insuffisamment motivé ;

- le titre exécutoire est irrégulier, dès lors qu'il n'indique pas les bases de la liquidation ;

- la créance n'est pas fondée, dès lors qu'elle est prescrite ;

- elle a renseigné son changement de situation professionnelle dès 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, la caisse d'allocation familiales des Hauts-de-Seine conclut :

- au rejet de la requête ;

- à ce que soit ordonné l'exécution provisoire de la décision à intervenir en application de l'article 515 du code de procédure civile.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la chambre de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme D sollicite l'annulation de la contrainte émise le 20 avril 2021 par la directrice de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine en vue du recouvrement d'un indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 8 565 euros au titre de la période du 1er mai 2017 au 30 avril 2019.

Sur les conclusions de la requête de Mme D :

2. Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation, : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Aux termes de l'article R. 823-24 du même code : " Les dispositions des articles R. 133-9-2, () du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des indus. ". Ledit article dispose que : " L'action en recouvrement de prestations indues s'ouvre par l'envoi au débiteur par le directeur de l'organisme compétent d'une notification de payer le montant réclamé par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. Cette lettre précise le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition. Elle mentionne l'existence d'un délai de deux mois imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées et les modalités selon lesquelles les indus de prestations pourront être récupérés, le cas échéant, par retenues sur les prestations à venir. Elle indique les voies et délais de recours ainsi que les conditions dans lesquelles le débiteur peut, dans le délai mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1, présenter ses observations écrites ou orales. A l'expiration du délai de forclusion prévu à l'article R. 142-1 ou après notification de la décision de la commission instituée à ce même article, le directeur de l'organisme créancier compétent, en cas de refus du débiteur de payer, lui adresse par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception une mise en demeure de payer dans le délai d'un mois qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, les voies et délais de recours et le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées. ". Le I de l'article R. 133-9-1 du code de la sécurité sociale dispose : " La notification de payer prévue à l'article L. 133-4 est envoyée par le directeur de l'organisme d'assurance maladie au professionnel ou à l'établissement par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. / Cette lettre précise la cause, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement. Elle mentionne l'existence d'un délai de deux mois à partir de sa réception, imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées ainsi que les voies et délais de recours. Dans le même délai, l'intéressé peut présenter des observations écrites à l'organisme d'assurance maladie. / A défaut de paiement à l'expiration du délai de forclusion prévu à l'article R. 142-1 ou après notification de la décision de la commission instituée à ce même article, le directeur de l'organisme de sécurité sociale compétent lui adresse la mise en demeure prévue à l'article L. 133-4 par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception. / Cette mise en demeure comporte la cause, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter totalement ou partiellement les observations présentées ainsi que l'existence du nouveau délai d'un mois imparti, à compter de sa réception, pour s'acquitter des sommes réclamées. Elle mentionne, en outre, l'existence et le montant de la majoration de 10 % appliquée en l'absence de paiement dans ce délai, ainsi que les voies et délais de recours ". Aux termes de son article R. 133-3 : " Si la mise en demeure ou l'avertissement reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, les directeurs des organismes créanciers peuvent décerner, dans les domaines mentionnés aux articles L. 161-1-5 ou L. 244-9, une contrainte comportant les effets mentionnés à ces articles. La contrainte est notifiée au débiteur par tout moyen permettant de rapporter la preuve de sa date de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. La contrainte est signifiée au débiteur par acte d'huissier de justice ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la notification mentionne la référence de la contrainte et son montant, le délai dans lequel l'opposition doit être formée, l'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. / (). ".

3. En premier lieu, aux termes du 5° de son article 1er, les dispositions du décret n°2012-1246 visé ci-dessus ne s'appliquent aux personnes morales de droit privé qu'" après avis conforme du ministre chargé du budget et lorsque leurs statuts le prévoient ". L'article D. 253-1 du code de la sécurité sociale dispose pour sa part que les articles D. 253-2 et suivants, relatifs à la gestion financière et comptable, " s'appliquent aux organismes du régime général et aux organismes de sécurité sociale dont la gestion de trésorerie est confiée à l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale ". Au regard des dispositions de l'article D. 253-1 du code de la sécurité sociale, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, personne morale de droit privé dont la gestion de trésorerie est confiée à l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale, ne dispose pas de la faculté de prévoir dans ses statuts particuliers l'application des dispositions du décret n°2012-1246. Par suite, il résulte de l'instruction qu'en application du 5° de l'article 1er du décret n°2012-1246, elle n'est pas soumise à l'application des dispositions dudit décret. Le moyen tiré de ce que la contrainte en litige n'indiquerait pas ses bases de liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret n°2012-1246, ne peut ainsi qu'être rejeté comme inopérant.

4. En tout état de cause, la contrainte adressée à Mme D précisait que l'indu d'allocation de logement familiale d'un montant de 8 565 euros était justifié au motif que cette somme lui avait été versée à tort du 1er mai 2017 au 30 avril 2019 suite au changement de sa situation professionnelle. Elle contient ainsi les précisions relatives à l'allocation en litige, tant sur la période afférente à l'indu réclamé que sur le montant de ce dernier et mentionne les délais et voies de recours permettant d'y faire opposition, conformément aux dispositions citées ci-dessus de l'article R. 133-3 du code de la sécurité sociale. Par conséquent, la circonstance que la contrainte en litige ne précise pas ces bases est sans incidence sur sa légalité. Dès lors, la contrainte contestée permet à son destinataire d'en contester les motifs et le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / La prescription est interrompue par l'une des causes prévues par le code civil ". Aux termes de l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration, l'action de l'organisme se prescrivant alors par cinq ans. / La prescription est interrompue tant que l'organisme débiteur des prestations familiales se trouve dans l'impossibilité de recouvrer l'indu concerné en raison de la mise en œuvre d'une procédure de recouvrement d'indus relevant des articles L. 553-2 () du code de la sécurité sociale, L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ou L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article L. 823-9 du code de la construction et de l'habitation : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ".

6. La prescription biennale instaurée par les dispositions de l'article L. 835-3 du code de la sécurité sociale, remplacé, à compter du 1er septembre 2019, par l'article L. 553-1 dudit code, s'applique uniquement à l'action en recouvrement des sommes versées indûment au bénéficiaire de l'allocation de logement. Le délai de prescription d'une dette d'allocation de logement sociale est interrompu par la notification de la mise en demeure et de la contrainte mentionnées au point 2. Il résulte également des articles 2241 et 2242 du code civil qu'un recours juridictionnel, quel que soit l'auteur du recours, interrompt le délai de prescription et que l'interruption du délai de prescription par cette demande en justice produit ses effets jusqu'à l'extinction de l'instance. Enfin, une reconnaissance de dette interrompt la prescription, dès lors qu'elle résulte d'un acte ou d'une démarche par lequel le redevable se réfère clairement à une créance définie par sa nature, son montant et l'identité du créancier. Il en va notamment ainsi de versements partiels effectués spontanément par le contribuable, d'une demande de remise gracieuse ou de la mise en place, d'un commun accord, d'un échéancier de paiement.

7. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de logement familiale en litige a été initialement notifié à Mme D le 6 mai 2019 et que cette dernière en a eu connaissance au plus tard le 22 juin 2019, ainsi que cela résulte de la demande de remise gracieuse de la requérante adressée à la caisse d'allocation familiales des Hauts-de-Seine faisant état de la réception dudit courrier. Une mise en demeure, en date du 2 mars 2020, a été adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dont la requérante a accusé réception le 11 mars 2020. Enfin, la contrainte en litige a été notifiée à Mme D le 12 mai 2021, ainsi qu'il est attesté par l'avis de réception également produit en défense par la caisse d'allocation familiales des Hauts-de-Seine. Il en résulte que, le délai de prescription de la dette en litige ayant été interrompu à plusieurs reprises avant l'expiration du délai de deux ans, l'action en recouvrement de l'indu d'allocation de logement familiale en litige n'était pas prescrite à la date du 12 mai 2021 à laquelle a été délivrée la contrainte contestée. Le moyen tiré de la prescription de ladite action doit ainsi être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement () sont régies par le présent livre. / Les aides personnelles au logement comprennent / () 2° Les allocations de logement : / a) L'allocation de logement familiale / () ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues soit au titre des aides personnelles au logement mentionnées à l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation, soit au titre des prestations mentionnées à l'article L. 168-8 ainsi qu'aux titres II et IV du livre VIII du présent code, soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. ".

9. Il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation logement familiale, prestation calculée en fonction de plusieurs paramètres dont la situation professionnelle de l'allocataire, trouve son origine dans l'omission de déclaration de la reprise d'activité salariée de Mme D depuis le mois de janvier 2017. Par suite, la requérante, qui ne conteste pas avoir effectivement perçu les sommes indues au titre de l'allocation logement familiale, n'est pas fondée à soutenir que la créance est infondée. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer la somme de 8 565 euros comme celles liées au frais du litige.

Sur les demandes reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 11 du code de justice administrative, les jugements des tribunaux administratifs sont exécutoires. Par suite, les conclusions tendant à l'exécution provisoire du présent jugement, irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. CLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2106945

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