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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107332

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107332

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107332
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 juin 2021 et 2 septembre 2022, Mme C B, représentée par Me Seltene, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2021 par laquelle la communauté d'agglomération Roissy Pays de France a rejeté sa demande indemnitaire du 15 février 2021 ;

2°) de mettre en œuvre les poursuites disciplinaires nécessaires à l'encontre du ou des agents responsables des agissements de harcèlement moral qu'elle estime avoir subis ;

3°) de condamner la communauté d'agglomération Roissy Pays de France à lui verser la somme de 8 000 euros en réparation des préjudices résultant de ses fautes ;

4°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'administration est engagée compte tenu des agissements répétés de harcèlement moral dont elle a été victime de la part du directeur des ressources humaines de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, M. A, à l'origine d'une dégradation de ses conditions de travail et d'une atteinte à sa santé ;

- la responsabilité de l'administration est engagée du fait de la méconnaissance par la communauté d'agglomération Roissy Pays de France de ses obligations relatives à la santé et à la sécurité des agents, cette dernière n'ayant pas réagi aux agissements de M. A alors qu'elle en était informée ;

- il existe un lien de causalité entre ces fautes et ses préjudices ;

- ces fautes ont eu des conséquences sur sa santé et l'ont poussée à faire un bilan de compétences et à demander sa mutation ;

- ses préjudices pourront être réparés par la somme de 8 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que :

. Mme B produit des éléments qui établissent au plus une divergence de points de vue et une crispation de sa relation avec M. A ;

. la communauté d'agglomération a pris des mesures afin de remédier aux difficultés rencontrées par le pôle petite enfance, notamment en faisant appel à des sociétés d'intérim et en initiant le recrutement d'un directeur des affaires sociales au mois de mai 2020 ;

- à titre subsidiaire, elle ne justifie pas de la réalité des préjudices dont elle demande réparation ni du lien de causalité entre ces derniers et ses conditions de travail, comme en témoignent les circonstances qu'elle n'a pas demandé que les arrêts de travail qu'elle évoque soient reconnus comme étant imputables au service et qu'elle occupe à présent le poste de directrice du service petite enfance de la commune du Blanc-Mesnil, ce qui peut être regardé comme un promotion.

Par un courrier du 14 mars 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que les conclusions de Mme B tendant à ce qu'une injonction soit adressée à la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, qui ne sont pas accessoires à des conclusions à fin d'annulation mais tendent à titre principal au prononcé d'une injonction, sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°82-453 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme Fléjou pour exercer les fonctions prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fléjou,

- les conclusions de Mme David-Brochen, rapporteure publique,

- et les observations de Me Seltene, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 21 avril 1974, attachée territoriale, a occupé le poste de coordinatrice petite enfance au sein de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France du 1er janvier 2018 au 1er septembre 2020. Par un courrier du 15 février 2021, elle a demandé à la communauté d'agglomération Roissy Pays de France l'indemnisation des préjudices résultant selon elle de manquements relatifs à la protection de la santé et de la sécurité de agents. Sa demande a été rejetée par une décision du 12 avril 2021. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision, qu'il soit enjoint à la communauté d'agglomération Roissy Pays de France de mettre en œuvre des poursuites disciplinaires et la condamnation de cette communauté à lui verser la somme de 8 000 euros au titre des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur la nature du litige :

2. La décision du 12 avril 2021 par laquelle la communauté d'agglomération Roissy Pays de France a rejeté la demande indemnitaire du 15 février 2021 de Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande. Compte tenu de son objet, la requête revêt le caractère d'un recours de plein contentieux, alors même que la requérante réclame l'annulation de cette décision. Dès lors, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner la communauté d'agglomération Roissy Pays de France à l'indemniser.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Les conclusions de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint à communauté d'agglomération Roissy Pays de France de mettre en œuvre les poursuites disciplinaires nécessaires à l'encontre du ou des agents responsables des agissements de harcèlement moral qu'elle estime avoir subis, qui ne sont pas accessoires à des conclusions à fin d'annulation mais tendent à titre principal au prononcé d'une injonction, sont irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Mme B soutient que la communauté d'agglomération Roissy Pays de France a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité, d'une part compte tenu des agissements répétés de harcèlement moral dont elle a été victime de la part du directeur des ressources humaines de cette communauté d'agglomération, et d'autre part du fait de la méconnaissance par cette communauté de ses obligations relatives à la santé et à la sécurité des agents.

En ce qui concerne l'existence d'un harcèlement moral :

5. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () "

6. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En premier lieu, Mme B soutient qu'à compter de l'arrivée d'un nouveau directeur des ressources humaines, M. A, au cours de l'été 2019, les relations " fluides " qu'elle entretenait avec ce service se sont dégradées. Elle soutient en particulier qu'alors qu'elle travaillait en étroite collaboration avec sa prédécesseure, M. A n'a pas fait droit à ses demandes de rendez-vous, lui adressant des courriels dans lesquels il déclinait ses propositions d'information, lui indiquant connaître parfaitement le fonctionnement des services de la petite enfance. D, il résulte de leurs échanges, en particulier de ceux du 10 juillet 2019, que M. A s'est au contraire rendu disponible lors de sa prise de fonctions pour rencontrer la requérante, s'adaptant même à ses contraintes horaires et se déplaçant dans son bureau. Il résulte par ailleurs de l'instruction que, si les échanges entre M. A et Mme B étaient moins " fluides " qu'avec sa prédécesseure, M. A apportait toutefois des réponses détaillées aux demandes de la requérante, lui précisant régulièrement qu'il restait à sa disposition pour de plus amples informations.

8. En deuxième lieu, Mme B soutient que M. A a remis en cause sa pratique professionnelle, notamment ses méthodes de management, comme en témoigne selon elle le ton " condescendant " et " hautain " employé par celui-ci dans certains écrits. Néanmoins, il résulte de l'instruction, en particulier des échanges de courriels versés par la requérante à l'instance, que les e-mails adressés à la requérante par M. A étaient rédigés dans un style adapté au contexte professionnel. Quant à leur contenu, interprété par la requérante comme remettant en cause ses compétences professionnelles, il révèle au contraire l'intention de M. A d'informer la requérante de bonnes pratiques en matière disciplinaire, comme en témoigne par exemple les échanges relatifs à un incident survenu avec un enfant et déclaré le 8 juillet 2019, dans lesquels M. A apporte de façon pédagogique des explications à la requérante sur la marche à suivre dans un tel cas ou celui du 2 août suivant dans lequel il apporte, en sa qualité de directeur des ressources humaines, des éléments de réponse à la requérante sur des problématiques de recrutement. A l'inverse des courriels de Mme B, dont certains laissent transparaître son agacement et ses doutes sur les connaissances professionnelles de M. A, par des tournures telles que " visiblement vous n'avez pas compris ", les écrits de ce dernier sont rédigés de façon respectueuse et ne laissent pas transparaître de remise en question des compétences professionnelles de la requérante.

9. En troisième lieu, Mme B soutient avoir été mise à l'écart, ce dont témoigne selon elle le fait que M. A a refusé qu'elle assiste aux entretiens qu'il a menés avec les agents du pôle petite enfance, dont elle était la supérieure hiérarchique. Elle soutient aussi que celui-ci sollicitait directement des personnels dont elle était responsable pour des questions concernant le service ou pour participer à des groupes de travail. D, il ne résulte pas de l'instruction que M. A, à qui rien n'interdisait de s'adresser, pour certaines demandes, directement aux agents du pôle petite enfance tout comme à des agents d'autres services de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, ait ainsi tenté d'" ostraciser " l'intéressée comme elle le soutient.

10. En quatrième lieu, Mme B soutient que le pôle petit enfance a été " stigmatisé " suite à l'arrivée du nouveau directeur des ressources humaines. Elle décrit notamment des difficultés de communication entre les directrices des structures d'accueil des enfants et la direction des ressources humaines à compter de l'arrivée de M. A, à l'origine de " violences institutionnelles " et de dysfonctionnements dans les recrutements de ces structures ainsi que d'un sentiment de dévalorisation de la part des agents, l'ayant amenée à solliciter l'intervention d'un psychologue. A cet égard, s'il résulte de l'instruction, en particulier d'un courriel du 28 octobre 2019 de la psychologue du service petite enfance adressé au directeur général adjoint en charge des services à la population, que les professionnelles de ce pôle se sont plaintes d'un manque de reconnaissance, d'une surcharge de travail et d'inégalités salariales, ces circonstances, pour regrettables qu'elles soient, ne témoignent pas d'agissements de harcèlement moral à l'encontre de Mme B.

11. En cinquième et dernier lieu, la requérante soutient que l'ensemble des faits précités est à l'origine d'un mal-être. Il résulte de l'instruction, notamment de la fiche de visite du médecin de prévention du 15 octobre 2019 ainsi que de captures d'écran sur lesquelles figurent des échanges de messages entre la requérante et une psychologue, que ces faits sont à l'origine d'une détresse certaine pour Mme B. Néanmoins, la circonstance que l'intéressée établit avoir enduré une souffrance liée à sa situation professionnelle n'est pas susceptible, par elle-même, de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'apporte aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral ni aucun exercice anormal du pouvoir hiérarchique, par suite la responsabilité de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France ne saurait être engagée à ce titre.

En ce qui concerne les obligations liées à la sécurité physique et mentale des agents :

13. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail. ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, rendu applicable dans les administrations par l'article 3 du décret du 28 mai 2012 : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (). "

14. Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

15. Mme B soutient que l'administration n'a pas pris les mesures adaptées aux agissements dont elle a été victime de la part de M. A, malgré ses demandes répétées en ce sens, comme en témoigne notamment le refus de lui accorder le bénéficie de la protection fonctionnelle, contrairement à M. A. D, s'il est constant qu'un climat tendu existait entre la direction des ressources humaines et l'intéressée, il résulte de l'instruction qu'un audit a été mené dès le mois d'avril 2020 afin de déterminer des pistes d'amélioration et de fluidifier le mode de fonctionnement préexistant caractérisé par un " manque de clarté sur les périmètres d'intervention des différents intervenants " et que le recrutement d'un directeur du service des affaires sociales a été initié afin d'épauler la requérante. En tout état de cause, et alors qu'il résulte de ce qui été dit précédemment que les faits de harcèlement moral invoqués par la requérante ne sont pas établis, de telles allégations ne sont pas de nature à démontrer que la communauté d'agglomération Roissy Pays de France aurait manqué à l'obligation de protection de la santé physique et mentale de ses agents qui lui incombe en vertu des dispositions combinées des articles 23 de la loi du 13 juillet 1983 et L. 4121-1 du code du travail.

16. Par suite, la responsabilité de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France ne saurait être engagée à ce titre.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

19. En premier lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B le versement à la communauté d'agglomération Roissy Pays de France d'une somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

20. En second lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Roissy Pays de France tendant au versement d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la communauté d'agglomération Roissy Pays de France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

V. Fléjou

La greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°210733

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