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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107419

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107419

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107419
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2021, M. et Mme E, représentés par Me Partouche-Kohana, agissant tant en leur nom personnel qu'en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs C, A et B, demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur payer la somme totale de 100000 euros majorée des intérêts au taux légal courant à compter de la date de réception de leur demande préalable, en réparation des préjudices moral, psychologique et des troubles dans les conditions d'existence, résultant du manquement à une obligation de logement prononcée par la commission de médiation du Val-d'Oise.

Ils soutiennent que :

- la carence de l'État à leur fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 2 février 2018 les reconnaissant prioritaires et devant être logés d'urgence et le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 26 août 2019, lui enjoignant, sous astreinte, de procéder au relogement de M. E avant le 1er novembre 2019, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- le préjudice résultant de cette situation est établi dès lors qu'ils sont contraints de vivre à 5 dans un logement de type T2, dont la vétusté et le mauvais état d'entretien leur causent des troubles tant physiques que psychologiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise du 27 septembre 2021.

Vu :

- le jugement n°1810185 du 26 août 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de M. E avant le 1er novembre 2019 ;

- l'ordonnance n°1910664 du 8 juillet 2021 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant liquidé l'astreinte à hauteur de 2400 euros, l'obligation de relogement de l'Etat ayant été regardée comme satisfaite à la date du 30 novembre 2020 par l'attribution à M. E d'un logement de type T4 situé à Villiers-le-Bel ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, tenue en présence de Mme Sophie Lefebvre, greffière d'audience, les parties n'étant pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. M. E a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 2 février 2018 au motif qu'il était logé dans un logement sur-occupé avec à sa charge une personne handicapée, un enfant mineur ou qu'il était lui-même handicapé. Les requérants soutiennent d'une part, qu'ils n'ont été destinataires d'aucune offre de relogement et qu'aucun des préfets des départements de la région Île-de-France n'a procédé à l'attribution d'un logement correspondant à leurs besoins sur ses droits de réservation dans le délai imparti par la décision de la commission de médiation, et, d'autre part, que le jugement du 26 août 2019 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet du Val-d'Oise d'assurer leur relogement avant le 1er novembre 2019, n'a pas été exécuté. Cette double carence est constitutive de fautes de nature à engager la responsabilité de l'État.

4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, cette carence fautive de l'État n'engage la responsabilité de l'État qu'à l'égard de M. E, dès lors que c'est lui qui a été reconnu prioritaire par la commission de médiation. Les conclusions de la requête doivent, par suite, être rejetées en tant qu'elles sont présentées par Mme G E et par les époux E en tant que représentants de leurs enfants mineurs C, A et B. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de la situation familiale de M. E pour apprécier son préjudice.

En ce qui concerne le préjudice :

5. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement de M. E court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce en date du 2 février 2018, soit à compter du 2 août 2018, et s'achève au jour du logement effectif du requérant. Il résulte de l'instruction, notamment des termes de l'ordonnance n°1910664 du 8 juillet 2021 du présent tribunal, versée à la procédure par le requérant, et des écritures en défense du préfet du Val-d'Oise, que M. E a été relogé, à compter du 30 novembre 2020, dans un logement de type T4 situé à Villiers-le-Bel qui correspond à ses besoins et capacités. De sorte que la responsabilité de l'Etat est engagée envers M. E pour sa carence à lui proposer un logement adapté à ses besoins et capacités pour la période courant du 2 août 2018 au 30 novembre 2020.

6. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. À cet égard, sont réputés à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

7. Il résulte de l'instruction que la commission de médiation a reconnu la demande de M. E prioritaire et urgente au regard de l'état de sur-occupation du logement occupé. Si M. E soutient que le logement qu'il occupait présentait un mauvais état d'entretien, générateur d'humidité, de moisissures et constituait un lieu où proliféraient des insectes et animaux nuisibles, situation qui a causé à son épouse et à lui-même particulièrement des troubles physiologiques et psychiques, il n'en justifie par aucune pièce. Ainsi, seul l'état de sur-occupation du logement occupé, reconnu par la commission de médiation du département du Val-d'Oise, caractérise un préjudice résultant de la carence fautive de l'Etat. Il suit de là que, compte tenu des conditions de logement de M. E qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressé dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 2840 euros (deux mille huit cent quarante euros) tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 2 août 2018 au 30 novembre 2020.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 2840 euros (deux mille huit cent quarante euros) tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à M. E en réparation des préjudices résultant pour lui de la carence de l'État à le reloger.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. E la somme de 2840 euros (deux mille huit cent quarante euros) tous intérêts compris.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et Mme G E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

La magistrate désignée

signé

C. FLa greffière

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107419

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