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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107720

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107720

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107720
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2021, M. A B, représenté par Me Sanchez, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a fait l'objet d'un précédent contrôle au titre des années 2013 à 2015 à l'issue duquel il n'a fait l'objet d'aucun redressement, ce qui constitue une prise de position formelle opposable ;

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- les travaux engagés sont déductibles en application de l'article 31 du code général des impôts faute de changement d'affectation des locaux litigieux et d'augmentation de leur surface ;

- le montant des travaux, comme leur importance et leur impact sur la valeur vénale de l'immeuble, sont sans incidence sur la qualification des travaux entrepris et leur caractère déductible.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Oasis, dont M. B détient l'intégralité des parts, qui a pour activité la location et la gestion des biens immobiliers s'est vue notifier une proposition de rectification, en date du 20 décembre 2017, à l'issue d'une vérification de comptabilité. L'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible des revenus fonciers des années 2014 à 2016, les deux premières années étant déficitaires, de dépenses de travaux exposées dans un immeuble sis au 138 rue du 18 juin à Ermont. Après le rejet de sa réclamation préalable, M. B demande la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Lorsque la vérification de comptabilité ou l'examen de comptabilité, pour une période déterminée, au regard d'un impôt ou d'une taxe ou d'un groupe d'impôts ou de taxes, est achevé, l'administration ne peut procéder à une vérification de comptabilité ou à un examen de comptabilité de ces mêmes écritures au regard des mêmes impôts ou taxes et pour la même période () ".

3. En vertu du troisième alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, l'administration peut demander au contribuable : " () tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés ". Lorsque l'administration fait usage du droit que lui confèrent les dispositions précitées de contrôler sur pièces les déclarations du contribuable, en lui demandant, le cas échéant, des justifications complémentaires, sans toutefois procéder à un examen critique des documents comptables, cette procédure ne peut être assimilée à une vérification de comptabilité. En revanche, lorsque l'administration procède à la vérification de comptabilité d'une entreprise ou d'un membre d'une profession non commerciale lorsqu'en vue d'assurer l'établissement d'impôts ou de taxes totalement ou partiellement éludés par les intéressés, elle contrôle sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par cette entreprise ou ce contribuable en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives dont elle prend alors connaissance et dont le cas échéant elle peut remettre en cause l'exactitude.

4. Il ressort des dispositions de l'article 172 bis du code général des impôts, ainsi que des dispositions réglementaires des articles 46 B à 46 D de l'annexe III audit code prises pour leur application, qu'afin d'examiner les documents comptables et autres pièces justificatives que ces dernières dispositions imposent de tenir aux sociétés civiles immobilières qui donnent leurs immeubles en location ou en confèrent la jouissance à leurs associés, l'administration peut légalement procéder à un contrôle sur place de ces documents comptables, dans le respect des garanties bénéficiant à l'ensemble des contribuables vérifiés, sans toutefois pouvoir exiger de ces sociétés la production de documents ou de pièces autres que ceux qu'elle était tenue de conserver en vertu des dispositions de l'article 46 D de l'annexe III.

5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à la SCI Les Oasis, le 17 novembre 2016, une demande de renseignements qui l'invitait à produire la copie de tous ses contrats de location ainsi que la nature et le détail des dépenses de travaux mentionnées sur ses déclarations de revenus fonciers 2013 à 2015. Cette demande, qui n'a été suivi d'aucun redressement, n'a ainsi donnée lieu à aucun examen critique des documents comptable et contrôle sur place la sincérité des déclarations fiscales souscrites par cette SCI en les comparant avec les écritures comptables ou les pièces justificatives. Ainsi, l'ensemble des opérations conduites par l'administration se rattachait à la mise en œuvre des pouvoirs de contrôle qu'elle tient des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales et ne constituait pas l'exercice d'une vérification de comptabilité, laquelle ne peut au demeurant être engagée à l'égard de sociétés civiles immobilières s'agissant du contrôle de l'impôt sur le revenu. Ainsi, en lui notifiant les impositions en litige, à la suite d'une vérification de comptabilité, l'administration devant en réalité être regardé comme ayant entendu mettre en œuvre à son égard le contrôle sur place dont les sociétés civiles immobilières qui donnent leurs immeubles en location ou en confèrent la jouissance à leurs associés peuvent faire l'objet dans le cadre qui a été rappelé au point 4 ci-dessus, l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 51 du livre des procédures fiscales.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

7. L'administration fiscale a indiqué dans la proposition de rectification du 20 décembre 2017 l'impôt concerné, son fondement légal, les années d'impositions et la base d'imposition en litige. Elle a en particulier précisé les motifs pour lesquels elle entendait remettre en cause la déductibilité de charge de travaux exposées dans un immeuble sis au 138 rue du 18 juin à Ermont. Dès lors, cette proposition de rectification doit être regardée comme ayant mis M. B à même de présenter utilement ses observations. Par suite, la proposition de rectification 20 décembre 2017 est suffisamment motivée de telle sorte que l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : 1° Pour les propriétés urbaines : a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; () b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement, ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu à l'article 200 quater ou de celui prévu à l'article 200 quater A ; ()/ b bis. Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux professionnels et commerciaux destinés à faciliter l'accueil des handicapés ()" ".

9. Il résulte de ces dispositions que les dépenses doivent avoir été engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu et que ne sont pas déductibles du revenu global, en tant que déficits fonciers, les dépenses exposées par le propriétaire d'un immeuble ayant fait l'objet de travaux lorsqu'il s'agit, soit de travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement, soit de travaux qui, bien que ne présentant pas ces caractères, sont eux-mêmes indissociables de travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement. Doivent être regardés comme des travaux de reconstruction, au sens des dispositions précitées, les travaux comportant la création de nouveaux locaux d'habitation, ainsi que les travaux ayant pour effet d'apporter une modification importante au gros œuvre de locaux d'habitation existants ou les travaux d'aménagement interne qui, par leur importance, équivalent à une reconstruction, des travaux d'aménagement interne, quelle que soit leur importance, ne pouvant être regardés comme des travaux de reconstruction que s'ils affectent le gros œuvre ou s'il en résulte une augmentation du volume ou de la surface habitable. Doivent être regardés comme des travaux d'agrandissement, au sens des mêmes dispositions, les travaux ayant pour effet d'accroître le volume ou la surface habitable de locaux existants. Pour les locaux autres que ceux qui sont à usage d'habitation, seules sont déductibles des revenus fonciers les dépenses correspondant à des travaux d'entretien et de réparation. Ces travaux sont ceux qui ont pour objet de maintenir ou de remettre un immeuble en bon état et d'en permettre un usage normal sans en modifier la consistance, l'agencement ou l'équipement initial.

10. Les dépenses de réparation, d'entretien ou d'amélioration doivent notamment, pour être admises en déduction, avoir été effectuées par le propriétaire, réellement payées au cours de l'année d'imposition, et il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges en produisant des pièces justificatives, qui sont constituées de factures, de plans, de photographies et de tous autres éléments permettant d'établir avec précision la nature, le montant et la réalité de la charge supportée.

11. La SCI Les Oasis est propriétaire d'un immeuble sis au 138 rue du 18 juin à Ermont, à usage de bureaux et d'ateliers, qu'elle a acquis en 1999. La société y a comptabilisé au titre des trois années en litige des frais et charges déduites de ses revenus fonciers dont la déductibilité a été remise en cause par l'administration fiscale à hauteur de respectivement 79 168 euros, 134 291 euros et 91 237 euros. Pour justifier du caractère déductible de l'intégralité des travaux que la SCI Les Oasis a entrepris, M. B fait valoir qu'il s'agit de travaux portant sur un immeuble commercial, vétuste et vandalisé, qu'il convenait de remettre en état, sans en changer l'affectation en locaux d'habitation, ni y créer de la surface, mais uniquement en y apportant des réparations sans en modifier la consistance. Le requérant ajoute à cet effet que la SCI Les Oasis s'est bornée à déposer, le 4 novembre 2016, une demande de déclaration préalable de travaux afin d'y ouvrir des baies, de créer un escalier, de mettre en place un anneau de stationnement sur trottoir et de poser des châssis PVC. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment des factures émises par l'entreprise Kocak P et F établies au titre des années 2013 à 2017, que la SCI a fait procéder, au cours de ces années, à d'importants travaux de rénovation, réparation, démolition et reconstruction, portant sur la démolition et reconstruction de murs, à la réalisation de plancher en poutrelles et hourdis, à la démolition de l'ancienne toiture, à la réalisation de quatre accès pour quatre ateliers et celle de cinq bureaux avec lieux d'aisance et douche par montage de murs en parpaing, la facture du 10 juillet 2015 indiquant même le montage de murs pour réaliser une chambre et une salle de bain. Ainsi, la finalité de ces travaux était de réhabiliter un immeuble vétuste et en très mauvais état, ainsi qu'en convient le requérant, en procédant à sa restructuration complète pour le transformer en un immeuble moderne à usage de bureaux. Ces travaux, compte tenu de leur nature, de leur ampleur et de leur finalité, doivent être regardés comme formant, à l'exception de ceux admis en déduction par l'administration, un tout indissociable ne pouvant être regardé comme des travaux de réparation et d'entretien au sens des dispositions précitées de l'article 31 du code général des impôts, seuls déductibles dans un local autre que ceux destinés à l'habitation. Partant, c'est à bon droit que l'administration fiscale en a refusé la déductibilité sur le terrain de la loi fiscale.

12. En second lieu, la circonstance qu'à la suite de la demande de renseignement du 17 novembre 2016, la SCI Les Oasis n'ait fait l'objet d'aucun redressement, ne saurait être regardée comme constituant une prise de position formelle de l'administration sur la situation de fait de l'entreprise au regard d'un texte fiscal ou une interprétation de la loi fiscale, que le requérant pourrait lui opposer sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Eustache, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2107720

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