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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107822

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107822

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107822
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTOURROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2107822 :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 16 juin 2021 et 7 février 2022, M. A Abbé, représenté par Me Tourrou, avocat, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des pénalités et intérêts de retards correspondants, pour un montant total de 88 346 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Abbé soutient que :

- l'administration fiscale n'était pas fondée à mettre en œuvre à son encontre la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, dès lors que son comportement ne saurait révéler une opposition passive à contrôle fiscal ;

- la reconstitution de recettes est irrégulière, dès lors qu'en l'absence d'opposition à contrôle fiscal, il appartenait à l'administration de se déplacer au siège de son activité pour procéder à l'examen de sa comptabilité ;

- la vérification de comptabilité dont il a fait l'objet s'est étendue sur une durée supérieure à trois mois, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. Abbé ne sont pas fondés.

Le mémoire en défense de la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise, enregistré le 16 février 2022, n'a pas été communiqué.

II - Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2115507 :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 décembre 2021 et 21 juillet 2022, M. Abbé, représenté par Me Tourrou, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2015, ainsi que des pénalités correspondantes, pour un montant total de 129 348 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Abbé soutient que :

- sa requête est recevable, l'administration fiscale ne justifiant pas lui avoir notifié la décision rejetant sa réclamation préalable tendant au dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés ;

- l'administration fiscale n'était pas fondée à mettre en œuvre à son encontre la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, dès lors que son comportement ne saurait révéler une opposition passive à contrôle fiscal ;

- la reconstitution de recettes est irrégulière, dès lors qu'en l'absence d'opposition à contrôle fiscal, il appartenait à l'administration de se déplacer au siège de son activité pour procéder à l'examen de sa comptabilité ;

- la vérification de comptabilité dont il a fait l'objet s'est étendue sur une durée supérieure à trois mois, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.

Par des mémoires en défense enregistrés les 18 mai 2022 et 20 juillet 2023, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise et le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise concluent au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise et le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise font valoir que :

- la requête de M. Abbé est tardive ;

- les moyens invoqués par M. Abbé ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. Abbé, qui exerce une activité de consultant en campagne publicitaire, a fait l'objet d'une vérification de la comptabilité de cette activité pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, étendue au 31 août 2015 en matière de taxe sur la valeur ajoutée. Le 15 décembre 2015, l'administration fiscale a dressé un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal. À l'issue de cette procédure, le service a notifié à M. Abbé, par une proposition de rectification du 23 mai 2016, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2015, et le rehaussement de ses bénéfices non-commerciaux pour les années 2013 et 2014, ceux-ci ayant été évalués d'office. Par ailleurs, le service a notifié à M. Abbé, par une proposition de rectification du 23 mai 2016, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2013 et 2014, résultant de l'imposition du bénéfice non-commercial, évalué d'office, de l'activité de l'intéressé. Par deux réclamations, en date du 17 décembre 2019, rejetées par l'administration fiscale par deux décisions du 20 avril 2021, le requérant a demandé le dégrèvement de ces impositions. Par ces requêtes, M. Abbé demande la décharge de ces impositions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2107822 et 2115507 concernent le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

3. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers () ".

4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a adressé à M. Abbé, à la dernière adresse qu'il avait portée à la connaissance du service, un premier avis de vérification de comptabilité, en date du 1er octobre 2015, proposant le 6 novembre 2015 comme première date d'intervention. Ce courrier lui ayant été retourné portant la mention " pli avisé et non réclamé ", l'administration fiscale a, par des courriers des 10 novembre, 3 et 7 décembre 2015, ce dernier portant mise en garde d'opposition à contrôle fiscal, reporté cette première intervention au 3 décembre, puis au 7 décembre et enfin au 14 décembre 2015. Toutefois, ces courriers ont été retournés à l'administration portant la mention " pli avisé et non-réclamé ". Si, par un courrier non daté, M. Abbé a indiqué à l'administration qu'il était en instance de divorce et avait changé d'adresse, il n'est pas contesté qu'il n'a jamais communiqué sa nouvelle adresse à l'administration fiscale. Par ailleurs, il n'est pas contesté que, dans le cadre d'un entretien téléphonique avec le service s'étant déroulé le 25 novembre 2015, M. Abbé a demandé que les opérations de contrôle aient lieu dans les locaux de l'administration fiscale et qu'un premier rendez-vous y a été fixé au lundi 7 décembre 2015. Il n'est cependant pas contesté que le contribuable ne s'est pas présenté à ce rendez-vous, ni davantage à celui du 14 décembre 2015. Dans ces conditions, en dépit des nombreuses tentatives du vérificateur pour engager les opérations de contrôle et proposer des entretiens, M. Abbé doit être regardé comme ayant, par son inertie, fait obstacle aux opérations de contrôle fiscal. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a, suivant la procédure prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, évalué d'office les bases des impositions litigieuses.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en raison de l'opposition à contrôle fiscal de M. Abbé, l'administration fiscale a pu, sans se déplacer au siège de l'activité de l'intéressé, procéder à la reconstitution de ses recettes.

6. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts () ".

7. Il résulte de l'instruction que, en raison de l'opposition à contrôle de M. Abbé, aucune opération de vérification sur place de comptabilité n'a pu avoir lieu. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la vérification de comptabilité dont il aurait fait l'objet serait irrégulière en ce qu'elle aurait excédé le délai de trois mois prévu par l'article L. 52 du livre des procédures fiscales

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins de décharge présentées par M. Abbé doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. Abbé sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A Abbé et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2107822, 2115507

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