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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2107953

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2107953

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2107953
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantSPIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement les 16 juin 2021 et 2 novembre 2022, Mme A, représentée par Me Spira, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 5 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de lui accorder quatre points à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière réalisé les 15 et 16 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'enregistrer quatre points sur son permis dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le stage de sensibilisation qu'elle a suivi les 15 et 16 juillet 2020 aurait dû lui permettre une attribution de quatre points sur son permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'en l'absence d'échange de permis de conduire, le stage de sensibilisation ne peut pas être pris en compte.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 8 février 1999 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats appartenant à l'Union européenne et à l'Espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique du 7 novembre 2022, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision en date du 5 mai 2021, le ministre de l'intérieur a refusé de créditer de quatre points le capital du permis de conduire de Mme A à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière réalisé les 15 et 16 juillet 2020. Mme A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue () ". Aux termes de l'article L. 223-10 du code précité : " I.- Tout conducteur titulaire d'un permis de conduire délivré par une autorité étrangère circulant sur le territoire national se voit affecter un nombre de points. Ce nombre de points est réduit de plein droit si ce conducteur a commis sur le territoire national une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / II-. () / Le retrait de points est réalisé dans les conditions prévues à l'article L. 223-2 et aux deux premiers alinéas de l'article L. 223-3. Il est porté à la connaissance de l'intéressé dans les conditions prévues au dernier alinéa du même article L. 223-3 ()/ En cas de retrait de la totalité des points affectés au conducteur mentionné au I du présent article, l'intéressé se voit notifier par l'autorité administrative l'interdiction de circuler sur le territoire national pendant une durée d'un an. Au terme de cette durée, l'intéressé se voit affecter un nombre de points dans les conditions prévues au même I. () IV.- Le conducteur mentionné au I du présent article peut se voir affecter le nombre maximal de points ou réattribuer des points dans les conditions prévues aux premier à troisième et dernier alinéas de l'article L. 223-6. Il peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans les conditions prévues à la première phrase de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 223-6. () ".

3. Aux termes de l'article R. 222-2 du code de la route : " Toute personne ayant sa résidence normale en France, titulaire d'un permis de conduire national délivré par un Etat membre de l'Union européenne ou d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen, en cours de validité dans cet Etat, peut, sans qu'elle soit tenue de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3, l'échanger contre le permis de conduire français selon les modalités définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangère. / L'échange d'un tel permis de conduire contre le permis français est obligatoire lorsque son titulaire a commis, sur le territoire français, une infraction au présent code ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait du droit de conduire ou de retrait de points. Cet échange doit être effectué selon les modalités définies par l'arrêté prévu à l'alinéa précédent, aux fins d'appliquer les mesures précitées () ". Aux termes de l'article 4, point 4.2, de l'arrêté susvisé du 8 février 1999 : " L'échange d'un tel permis contre un permis de conduire français est obligatoirement effectué si le conducteur a commis, sur le territoire français, une infraction ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait, d'annulation du droit de conduire, ou une infraction devenue définitive au sens de l'article L. 223-1 et entraînant de plein droit le retrait de points () ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que si le titulaire d'un permis de conduire délivré par l'un des Etats membres de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen n'est, en principe, pas tenu de procéder à l'échange de ce permis pour conduire en France, cet échange devient en revanche obligatoire si, ayant sa résidence normale en France, il a commis sur le territoire national une infraction ayant entraîné une mesure de restriction, de suspension, de retrait ou d'annulation du droit de conduire ou de retrait de points. Lorsque le titulaire d'un tel permis n'a pas procédé à l'échange auquel il était tenu, l'administration est fondée à le regarder comme étant exclusivement titulaire d'un permis français et à appliquer sur ce permis les mesures qu'appelle l'infraction commise et, le cas échéant, les mesures ultérieurement applicables. Sont dépourvues d'incidence à cet égard les dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-2 du code de la route selon lesquelles le conducteur qui, en pareille hypothèse, n'effectue pas l'échange de son permis s'expose à une amende.

5. Il ressort des mentions du relevé d'informations intégral que Mme A s'est vue délivrer un permis de conduire par le Royaume-Uni le 20 décembre 2016. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait sollicité un échange de son titre contre un titre français. Toutefois, à supposer que Mme A ait sa résidence habituelle en France, les dispositions de l'article L. 223-10 du code de la route sont applicables et notamment en ce qu'ils prévoient la récupération de points à la suite d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Mme A est, dès lors, fondée à demander l'annulation de la décision du ministre en date du 5 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur procède au crédit de quatre points sur le permis de conduire de Mme A. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de procéder à ce crédit dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de Mme A présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 5 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de créditer quatre points au capital de points de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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