mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2107987 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAUNAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juin 2021, M. B A, représenté par Me Launay, avocat, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 624,64 euros correspondant aux cotisations de taxe foncière auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 résultant de la mise en demeure de payer émise à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'administration fiscale ne justifie pas avoir régulièrement notifié les avis d'impositions relatifs aux taxes foncières des années 2016 et 2017 justifiant de la créance fiscale qu'elle entend recouvrer ;
- l'administration fiscale ne peut se prévaloir des créances de taxes foncières, lesquelles sont désormais éteintes faute d'avoir été déclarées auprès du liquidateur judiciaire dans les deux mois suivant leur exigibilité en application des dispositions de l'article L. 622-24 du code de commerce ;
- les créances fiscales que détiendrait l'administration sont, en tout état de cause prescrites, en application des dispositions des articles L. 173 et L. 274 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'administration ne justifie pas avoir régulièrement adressé les avis de mise en recouvrement des impositions en litige.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2021, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 23 février 2023, Me Launay a informé le tribunal du décès de M. A le 14 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse,
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier en date du 1er décembre 2020, l'administration fiscale a adressé à M. A, en qualité d'associé de la société civile immobilière SANCYR, qui a été placée en liquidation judiciaire le 11 décembre 2015, une mise en demeure de payer la somme de 4 624,64 euros au titre des cotisations de taxes foncières auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. M. A a formé une opposition à poursuite, le 13 janvier 2021, rejetée par l'administration fiscale le 22 avril 2021. M. A demande au Tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 4 624,64 euros résultant de la mise en demeure de payer émise à son encontre le 1er décembre 2020.
Sur les conséquences juridictionnelles du décès de M. A :
2. Aux termes de l'article R. 634-1 du code de justice administrative : " Dans les affaires qui ne sont pas en état d'être jugées, la procédure est suspendue par la notification du décès de l'une des parties ou par le seul fait du décès, de la démission, de l'interdiction ou de la destitution de son avocat. Cette suspension dure jusqu'à la mise en demeure pour reprendre l'instance ou constituer avocat. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le Tribunal administratif a été informé le 23 février 2023 du décès de M. A survenu le 14 novembre 2021, postérieurement au dépôt par la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine de son mémoire en défense du 15 décembre 2021. Par suite, l'affaire était en tout état de cause en état d'être jugée à la date de la notification du décès de M. A au Tribunal, alors même qu'aucun ayant-droit de M. A n'avait été mis en demeure de reprendre l'instance en cette qualité.
Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer :
4. Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs (). / L'avis d'imposition mentionne le total par nature d'impôt des sommes à acquitter, les conditions d'exigibilité, la date de mise en recouvrement et la date limite de paiement () ". Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser l'avis d'imposition prévu par l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, ou l'a notifié avec retard, l'impôt n'est exigible qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.
5. À supposer même que l'administration fiscale n'aurait pas notifié les avis d'imposition relatifs aux taxes foncières des années 2016 et 2017 au liquidateur chargé de la procédure de liquidation judiciaire à laquelle a été soumise la société dont M. A était associé majoritaire, il n'est pas contesté qu'une mise en demeure de payer a été envoyée le 9 novembre 2018 et reçue par le mandataire liquidateur de la société le 16 novembre 2018. Dans ces conditions, ce dernier avait connaissance des impositions en litige avant la réception de la mise en demeure du 1er décembre 2020. En tout état de cause, si les dispositions de l'article L. 641-9 du code de commerce prévoient que le jugement qui ouvre ou prononce la liquidation judiciaire emporte de plein droit, à partir de sa date, dessaisissement pour le débiteur de l'administration et de la disposition de ses biens même de ceux qu'il a acquis à quelque titre que ce soit tant que la liquidation judiciaire n'est pas clôturée et que les droits et actions du débiteur concernant son patrimoine sont exercés pendant toute la durée de la liquidation judiciaire par le liquidateur, celles-ci sont sans incidence sur les droits de propriété du débiteur et n'ont pas pour effet de lui faire perdre la qualité de redevable légal de la taxe foncière sur les propriétés bâties due à raison d'immeubles dont il est propriétaire. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de notification des avis d'imposition doit être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 622-24 du code de commerce : " À partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d'ouverture, à l'exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d'Etat. Lorsque le créancier a été relevé de forclusion conformément à l'article L. 622-26, les délais ne courent qu'à compter de la notification de cette décision ; ils sont alors réduits de moitié () / Les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, autres que celles mentionnées au I de l'article L. 622-17 sont soumises aux dispositions du présent article. Les délais courent à compter de la date d'exigibilité de la créance. () ". Aux termes de l'article R. 622-24 du même code : " Le délai de déclaration fixé en application de l'article L. 622-26 est de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales () ".
7. Pour contester l'exigibilité des impositions en litige, M. A soutient que les créances fiscales n'ont pas été déclarées par l'administration dans le cadre de la procédure de liquidation judiciaire ouverte par le jugement du 11 décembre 2015 et sont par conséquent éteintes.
8. Toutefois, d'une part, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de la contestation portant sur l'obligation du comptable public de déclarer ses créances au mandataire judiciaire et les conséquences des conditions d'une telle déclaration sur l'exigibilité de la créance, qui relève de la compétence du juge de la procédure collective.
9. D'autre part, les créances de taxe foncière en litige, dont les faits générateurs sont intervenus les 1er janvier 2016 et 1er janvier 2017, sont nées après le jugement d'ouverture de la procédure de liquidation. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la forclusion découlant du non-respect du délai de deux mois imparti à l'administration pour déclarer ses créances, laquelle ne concerne que les celles nées antérieurement au jugement d'ouverture de la procédure collective. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les créances en litige n'étaient pas exigibles à la date d'émission de la mise en demeure de payer du 1er décembre 2020 doit être écarté comme inopérant.
10. Aux termes de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Pour les impôts directs perçus au profit des collectivités locales et les taxes perçues sur les mêmes bases au profit de divers organismes, à l'exception de la cotisation foncière des entreprises, de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de leurs taxes additionnelles, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de l'année suivant celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable aux impositions dues au titre des années 2016 et 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations ne peuvent porter que : / 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199. ".
11. Il résulte des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales que les contestations relatives au recouvrement des impôts ne sauraient porter sur un motif remettant en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. Or le moyen tiré par M. A de ce que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 173 du livre des procédures fiscales relatives au droit de reprise des impositions litigieuses se rattache à l'assiette des impositions et est, par suite, inopérant à l'appui de conclusions relevant du contentieux du recouvrement.
12. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction alors applicable : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable () ". Aux termes de l'article L. 257-0 A de ce livre, dans sa rédaction applicable au litige : " () 3. La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement () ".
13. Il est constant que les mises en recouvrement des taxes foncières en litige sont intervenues les 31 août 2016 et 31 août 2017. Dans ces conditions, l'action en recouvrement n'était prescrite, pour la première cotisation, qu'à compter du 31 août 2020 et, pour la seconde, qu'à compter du 31 août 2021. Il résulte toutefois de l'instruction qu'une première mise en demeure de payer a été notifiée le 16 novembre 2018 au liquidateur judiciaire, laquelle a eu pour effet d'interrompre le délai de prescription. Par suite, à la date de délivrance de la nouvelle mise en demeure de payer ces cotisations de taxe foncière, le 1er décembre 2020, la dette fiscale de M. A n'était pas prescrite.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer de M. A doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, par suite, être rejetées.
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 (mille-cinq-cent) euros à verser à l'État au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteuse,
signé
M. LOUAZEL
Le président,
signé
K. KELFANI
La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026