Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108057
mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108057 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SICAKYUZ |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 juin 2021 et 15 mars 2022, Mme B A demande au tribunal d'annuler les délibérations adoptées par le conseil municipal de la commune de Bonneuil-en-France le 3 juin 2021.
Elle soutient que :
- les délibérations sont intervenues au terme d'une procédure irrégulière, le conseil municipal n'ayant pas été convoqué dans le délai de trois jours francs ;
- les délibérations sont illégales en raison du refus du maire d'inscrire à l'ordre du jour sa démission de la liste majoritaire ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure, les conseillers municipaux n'ayant pas disposé d'une information suffisante sur l'acquisition de la parcelle n° AL71 et le remboursement du voyage à l'île Maurice aux participants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, la commune de Bonneuil-en-France, représentée par Me Indjeyan, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros à verser à la commune de Bonneuil-en-France au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 février 2023.
Le 2 avril 2024, les parties ont été invitées à produire leurs observations concernant l'effet rétroactif d'une annulation éventuelle des délibérations n°s 3 et 6 du conseil municipal de Bonneuil-en-France du 3 juin 2021 et s'il serait de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que ces actes ont produit et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'ils étaient en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de leurs effets.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, la commune de Bonneuil-en-France fait valoir que l'annulation rétroactive des délibérations en cause auraient des conséquences excessives sur l'avenir de la commune et sur les modalités de remboursement des voyageurs dont certains n'habitent plus la commune.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huon, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par des délibérations du 3 juin 2021, le conseil municipal de Bonneuil-en-France a notamment approuvé le remboursement des participants d'un voyage à l'île Maurice annulé dans le contexte de la crise sanitaire et approuvé l'acquisition par la commune de la parcelle AL 71. Mme A demande l'annulation, outre de ces délibérations, de l'ensemble des délibérations adoptées lors de cette séance.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-11 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de moins de 3 500 habitants, la convocation est adressée trois jours francs au moins avant celui de la réunion. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire, sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc () ".
3. Mme A fait valoir que les délibérations sont entachées d'illégalité dès lors que le conseil municipal n'a pas été convoqué dans le délai légal. Il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment du registre des délibérations du conseil municipal de Bonneuil-en-France, lequel fait au demeurant foi jusqu'à preuve contraire, que les convocations à la séance du 3 juin 2021 ont été adressées aux conseillers municipaux le 27 mai 2021 dans le délai prescrit. De surcroît, Mme A a joint à sa requête le courriel qu'elle a adressé le 30 mai 2021 au maire de la commune de Bonneuil-en-France pour mentionner l'oubli d'un point à l'ordre du jour de cette séance, ce qui atteste qu'elle avait, au plus tard à cette date, connaissance de l'ordre du jour. Elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que le délai prévu par l'article L. 2121-11 précité aurait été méconnu. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si, par courriels des 12 et 30 mai 2021, Mme A a demandé au maire de la commune de Bonneuil-en-France l'inscription à l'ordre du jour de la séance du 3 juin 2021 du conseil municipal sa démission de la liste majoritaire, la circonstance que le maire n'aurait pas donné suite à cette demande est sans incidence sur la légalité des délibérations adoptées lors de cette séance. En tout état de cause, il ressort du compte-rendu du conseil municipal que le point en question, qui n'avait pas à faire l'objet d'un vote, a donné lieu à une information de la part du maire. Aucune irrégularité ne saurait donc être invoquée de ce chef.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'articles L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".
6. Par courriel du 30 mai 2021, Mme A a demandé la communication des dossiers complets relatifs à l'achat par la commune de la parcelle n° AL71 et au remboursement aux participants d'un voyage à l'île Maurice annulé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mairie aurait accédé à sa demande, soit en lui adressant une copie de ces dossiers soit en l'avisant des conditions dans lesquelles elle pouvait les consulter sur place. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'à défaut de respect des dispositions précitées de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, les délibérations n°s 3 et 6 du 3 juin 2021, entachées d'un vice de procédure substantiel, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance qu'elles aient été adoptées à l'unanimité. Ces délibérations sont donc, pour ce motif, entachées d'illégalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation des délibérations n°s 3 et 6 adoptées par le conseil municipal de la commune de Bonneuil-en-France le 3 juin 2021.
Sur les conséquences de l'illégalité des délibérations n°s 3 et 6 :
8. L'annulation d'un acte administratif implique en principe que cet acte est réputé n'être jamais intervenu. Toutefois, s'il apparaît que cet effet rétroactif de l'annulation est de nature à emporter des conséquences manifestement excessives en raison tant des effets que cet acte a produits et des situations qui ont pu se constituer lorsqu'il était en vigueur que de l'intérêt général pouvant s'attacher à un maintien temporaire de ses effets, il appartient au juge administratif - après avoir recueilli sur ce point les observations des parties et examiné l'ensemble des moyens, d'ordre public ou invoqués devant lui, pouvant affecter la légalité de l'acte en cause - de prendre en considération, d'une part, les conséquences de la rétroactivité de l'annulation pour les divers intérêts publics ou privés en présence et, d'autre part, les inconvénients que présenterait, au regard du principe de légalité et du droit des justiciables à un recours effectif, une limitation dans le temps des effets de l'annulation. Il lui revient d'apprécier, en rapprochant ces éléments, s'ils peuvent justifier qu'il soit dérogé au principe de l'effet rétroactif des annulations contentieuses et, dans l'affirmative, de prévoir dans sa décision d'annulation que, sous réserve des actions contentieuses engagées à la date de celle-ci contre les actes pris sur le fondement de l'acte en cause, tout ou partie des effets de cet acte antérieurs à son annulation devront être regardés comme définitifs ou même, le cas échéant, que l'annulation ne prendra effet qu'à une date ultérieure qu'il détermine.
9. Alors que la commune de Bonneuil-en-France se borne à faire état de ses projets immobiliers et de difficultés quant au remboursement des frais de voyage, sans justifier de circonstances particulières de nature à conduire le juge à faire usage de son pouvoir de modulation dans le temps des effets de l'annulation prononcée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la disparition rétroactive des délibérations attaquées entraînerait des conséquences manifestement excessives, eu égard aux intérêts en présence et aux inconvénients que présenterait une limitation dans le temps des effets des annulations compte tenu en particulier de la nature de l'illégalité fondant celles-ci. Il n'y a pas lieu, par suite, d'assortir l'annulation de ces délibérations d'une telle limitation.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la commune de Bonneuil-en-France demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :Les délibérations n° 3 et 6 de la séance du conseil municipal de la commune de Bonneuil-en-France du 3 juin 2021 sont annulées.
Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 :Les conclusions présentées par la commune de Bonneuil-en-France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au maire de la commune de Bonneuil-en-France.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Huon, président,
- Mme Richard, première conseillère,
- Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
A. Richard
Le président,
signé
C. HuonLa greffière,
signé
A. Tainsa
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2108057
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