jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108143 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | IDERKOU |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n°2101448 du 16 juin 2021, la présidente du tribunal administratif de Versailles a, sur le fondement de l'article R. 312-14 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme A C épouse
B, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 21 février 2021.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le numéro 2108143, et un mémoire complémentaire enregistré le 20 juin 2024, Mme C épouse B, représentée par Me Iderkou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 22 décembre 2020 par laquelle la rectrice de l'académie de Versailles a rejeté sa demande tendant :
- au paiement d'une somme correspondant à l'ensemble des rémunérations, primes et indemnités auxquelles elle estime avoir droit depuis le 5 février 2013, assortie des intérêts à compter du 16 septembre 2016,
- à sa réintégration dans son ancien emploi à compter du 5 février 2013,
- à son avancement dans le tableau des agents à compter du 5 février 2013 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 249 288,65 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi à raison de l'absence de versement de rémunérations, primes et indemnités depuis le 5 février 2013, sous astreinte de 250 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 50 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
- la décision implicite du 22 décembre 2020 est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 5 février 2013 portant rupture de son contrat pour insuffisance professionnelle.
Sur les conclusions indemnitaires :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison de l'illégalité de la décision du 5 février 2013 portant rupture de son contrat pour insuffisance professionnelle, laquelle a été annulée par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 18 avril 2016 ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison de l'absence d'exécution du jugement précité ;
- cette situation est à l'origine d'une perte de chance sérieuse d'être titularisée dans le corps des professeurs des écoles ;
- elle a subi un préjudice financier évalué à 249 288,65 euros correspondant à l'absence de versement des rémunérations, primes et indemnités qui lui sont dues à compter du 5 février 2013 ;
- elle a subi un préjudice moral évalué à 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la rectrice de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires dès lors que, si Mme C épouse B invoque l'illégalité fautive de la décision du 5 février 2013 portant rupture de son contrat pour insuffisance professionnelle et l'inexécution fautive du jugement du tribunal de céans du
18 avril 2016 annulant la décision précitée pour des motifs de légalité externe, le contentieux n'est pas lié sur ces points, faute pour elle d'avoir invoqué ces faits générateurs de responsabilité dans sa demande indemnitaire préalable où elle invoque l'illégalité fautive du refus de la réintégrer.
Par un mémoire, enregistré le 13 novembre 2024 et non communiqué, Mme C épouse B a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n°1304128 du 18 avril 2016 ;
- le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n°2009427 du
27 décembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Robert, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Charlery, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Iderkou, représentant Mme C épouse B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C épouse B était inscrite à l'université de Cergy-Pontoise en qualité d'étudiante en Master 2 " Enseigner en école maternelle et élémentaire " au titre de l'année universitaire 2012-2013. Dans le cadre de ce cursus universitaire comprenant une préparation au concours de recrutement des professeurs des écoles, elle a effectué, sous couvert d'une convention de stage tripartite du 15 octobre 2012, un stage de six heures d'enseignement par semaine au sein d'une classe de CM2 de l'école élémentaire Jean Mermoz de Taverny pour la période du
16 octobre 2012 au 28 mai 2013. Par une décision du 5 février 2013, la directrice académique du Vald'Oise a prononcé la rupture de son contrat pour insuffisance professionnelle. Par un jugement
n°1304128 du 18 avril 2016, le tribunal de céans a annulé la décision précitée pour deux vices de procédure tirés d'un défaut de motivation et d'une méconnaissance de l'article 65 de la loi du
22 avril 1905. Par un courrier du 14 novembre 2016, Mme C épouse B a saisi le tribunal d'une demande d'exécution de ce jugement, qui a été rejetée par un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n°2009427 du 27 décembre 2022. Parallèlement à cette demande juridictionnelle, Mme C épouse B a, par un courrier du 20 octobre 2020, sollicité le paiement de l 'ensemble des rémunérations, primes et indemnités auxquelles elle estime avoir droit depuis la rupture de son contrat le 5 février 2013, sa réintégration dans son ancien emploi à partir du
5 février 2013 et son avancement dans le tableau des agents à partir du 5 février 2013. Du silence gardé par l'administration sur cette demande est née une décision implicite de rejet le 22 décembre 2020. Par la présente requête, Mme C épouse B sollicite l'annulation de cette décision implicite de rejet, ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une somme d'un montant total de 299 288, 65 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision implicite de rejet née en l'absence de réponse à la demande indemnitaire préalable adressée par Mme C épouse B à la rectrice de l'académie de Versailles a pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante qui, en formulant les conclusions précédemment visées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a ainsi lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, il n'y a pas lieu pour le juge ni d'examiner de tels moyens, ni de statuer sur les conclusions d'annulation de telles décisions.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
3. Pour demander la réparation de ses préjudices, Mme C épouse B invoque une faute de l'Etat en raison, d'une part, de l'illégalité fautive de la décision du 5 février 2013 portant rupture de son contrat pour insuffisance professionnelle et, d'autre part, de l'absence d'exécution du jugement annulant cette décision.
S'agissant de l'illégalité fautive de la décision du 5 février 2013 :
4. Toute illégalité commise par l'administration constitue, en principe, une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
5. Il résulte de l'instruction que la décision du 5 février 2013 par laquelle la directrice académique du Val d'Oise a prononcé la rupture du contrat de Mme C épouse B pour insuffisance professionnelle a été annulée par le jugement du 18 avril 2016 précité en raison de deux vices de procédure tirés d'un défaut de motivation et d'une méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905. Faute d'avoir été contesté par voie contentieuse, ce jugement d'annulation a acquis un caractère définitif et est revêtu de l'autorité de la chose jugée, de même que les motifs qui en sont le soutien nécessaire.
6. Pour autant, la requérante peut utilement invoquer, à l'appui de ses conclusions indemnitaires, des moyens autres que ceux ayant fondé l'annulation de la décision du 5 février 2013. Ainsi, Mme C épouse B soutient que la décision litigieuse était également entachée d'un vice de procédure tiré d'une absence de saisine de la commission administrative paritaire et d'une erreur d'appréciation.
7. En l'espèce, il est constant que Mme C épouse B effectuait un stage dans le cadre d'un cursus universitaire, sa convention de stage mentionnant d'ailleurs un statut d'" étudiante-stagiaire " et ses bulletins de paye celui d'" étudiant en master ". Par suite, elle n'avait pas la qualité de fonctionnaire stagiaire ou titulaire et le moyen tiré de l'absence de saisine de la commission administrative paritaire doit être écarté comme inopérant.
8. Par ailleurs, Mme C épouse B soutient que l'administration n'était pas fondée à rompre son contrat pour insuffisance professionnelle dès lors qu'elle n'était alors en stage que depuis quatre mois et qu'elle n'a bénéficié d'aucun soutien, alors même qu'elle était affectée dans une classe particulièrement difficile. Toutefois, la requérante, dont le stage consistait en six heures d'enseignement par semaine au sein d'une classe de CM2, ne produit aucune pièce établissant un comportement inapproprié de ses élèves et une absence de l'accompagnement prévu par
l'article 2.2 de sa convention de stage. A l'inverse, il résulte de l'instruction que la requérante a bénéficié d'un suivi pédagogique pendant sa période de stage, matérialisé notamment par trois visites-conseils, et que la décision du 5 février 2013 a été prise à la suite de rapports mentionnant des insuffisances professionnelles, ainsi que des relations de travail conflictuelles avec les élèves et les autres membres de la communauté éducative. Ces griefs apparaissent également dans le courrier du 31 janvier 2013 émanant d'un collectif de parents d'élèves de la classe de CM2 précitée. Dans ces conditions, en l'absence de pièces venant contredire les éléments retenus par la directrice académique du Val d'Oise pour prononcer la rupture du contrat de Mme C épouse B, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.
9. Il s'ensuit que Mme C épouse B est seulement fondée à engager la responsabilité de l'Etat à raison de l'illégalité de la décision du 5 février 2013 résultant des vices de procédure exposés au point 5.
S'agissant de l'absence d'exécution du jugement du 18 avril 2016 :
10. Compte tenu des pièces versées au dossier et des motifs du jugement du
27 décembre 2022 rejetant la demande d'exécution du jugement précité du 18 avril 2016, il résulte de l'instruction que la rectrice de l'académie de Versailles a, par un arrêté du 20 avril 2017, réintégré Mme C épouse B avec effet rétroactif dans les effectifs du rectorat pour la période de son contrat restant à courir, soit du 16 février 2013 au 28 mai 2013, avec reconstitution de ses droits sociaux, notamment droits à pension, et que les sommes mises à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative assorties des intérêts de retard lui ont été mandatées en juillet 2016. Dans ces conditions, Mme C épouse B n'est pas fondée à soutenir que le jugement du 18 avril 2016 n'aurait pas été exécuté par l'administration.
11. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de l'Etat est seulement susceptible d'être engagée au titre des vices de procédure fautifs entachant la décision du 5 février 2013 par laquelle la directrice académique du Val-d'Oise a prononcé la rupture du contrat de Mme C épouse
B pour insuffisance professionnelle.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice financier résultant de l'absence de versement de rémunérations, primes et indemnités, ainsi que de la perte de chance sérieuse d'être titularisée dans le corps des professeurs des écoles :
12. Mme C épouse B réclame la réparation d'un préjudice financier d'un montant de 249 288,65 euros correspondant à l'ensemble des rémunérations, primes et indemnités auxquelles elle aurait eu droit si son contrat n'avait pas été rompu par la décision illégale du
5 février 2013. Toutefois, il résulte de l'instruction que, compte tenu de la durée de préavis prévue par les clauses du contrat, sa rupture effective a eu lieu le 15 février 2013. En outre, ainsi qu'il a été exposé au point 10, la situation administrative et financière de Mme C épouse B a été régularisée par un arrêté du 20 avril 2017 portant réintégration avec effet rétroactif dans les effectifs du rectorat pour la période de son contrat restant à courir, soit du 16 février 2013 au 28 mai 2013. Enfin, contrairement à ce qu'indique la requérante, l'annulation contentieuse de la décision du
5 février 2013 n'emporte ni sa réintégration effective postérieurement au terme de son contrat à durée déterminée, ni sa titularisation dans le corps des professeurs des écoles. Par suite, Mme C épouse B n'étant pas fondée à demander le versement de rémunérations, primes et indemnités au-delà du 28 mai 2013, aucune indemnisation supplémentaire ne peut être allouée au titre du préjudice financier invoqué.
S'agissant du préjudice moral :
13. Mme C épouse B soutient qu'elle a subi un préjudice moral engendré par l'absence de réponse de l'administration à ses démarches visant à obtenir le versement des rémunérations, primes et indemnités qui lui seraient dues depuis le 5 février 2013. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé aux points 10 et 12, la requérante a obtenu le versement de l'ensemble des rémunérations, primes et indemnités qui lui étaient dues, l'intéressée n'apportant pas de précision suffisante permettant d'établir l'existence d'un préjudice moral résultant du délai de régularisation de sa situation par l'administration. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la réparation de ce préjudice.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme C épouse B doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et à la rectrice de l'académie de Versailles.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller,
M. Robert, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
D. Robert
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne à la ministre de l'Education nationale en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2108143
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026