vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108343 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PIERRE NATALIS ET JULIEN PRAMIL-MARRONCLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 juin 2021 et 30 octobre 2023, M. et Mme A, représentés par Me Pramil-Marroncle demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) la décharge de l'obligation qui leur a été notifiée par les mises en demeures, tenant lieu de commandement, en date des 18 et 26 janvier 2021, de payer les sommes de 1381 euros correspondant à l'impôt sur la fortune immobilière de l'année 2020 majorée, et de 52 557 euros correspondant à l'impôt 2020 sur les revenus de l'année 2019, majoré, de l'obligation notifiée par les actes de poursuite exercés contre eux par le comptable du service des impôts des particuliers de Sceaux de payer la somme de 73 319 euros afférente à l'impôt sur les revenus des années 2014 et 2018 et à l'impôt sur la fortune immobilière de l'année 2019, de l'obligation notifiée par les actes de poursuite exercés contre eux par le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine de payer la somme de 72 583,92 euros correspondant à l'impôt sur les revenus de l'année 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que l'administration fiscale a commis une erreur dans le décompte des sommes à payer : leur dette fiscale s'élève à 15 530 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 novembre 2021 et 27 juin 2024, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine conclut au de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation des mises en demeures, saisies, avis à tiers détenteur et mesures d'exécution forcées sont irrecevables comme portées devant une juridiction incompétente ;
- les conclusions portant sur l'obligation de payer l'impôt de solidarité sur la fortune et l'impôt sur la fortune immobilière relèvent de la compétence du juge judiciaire ;
- les impositions des années 2011 à 2020 ayant été soldées, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer ces impositions.
Un mémoire présenté par M. et Mme A a été enregistré le 1er juillet 2024 postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B A ont fait l'objet d'une saisie des droits d'associé et valeurs mobilières détenus pour le compte de M. A, par la société SCI AC INVESTISSEMENT pour un montant de 73 319 euros correspondant à l'impôt sur les revenus des années 2014 et 2018 et à l'impôt sur la fortune immobilière de l'année 2019, signifiée par procès-verbal d'huissier des finances publiques du 26 mai 2020 à la demande du comptable du service des impôts des particuliers de Sceaux. M. et Mme B A ont contesté cette saisie par courrier du 27 août 2020. A la demande du pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine, les requérants ont fait l'objet d'un avis avant passage d'huissier des finances publiques, afférent à leurs biens mobiliers, diligenté le 11 août 2020 pour la somme de 72 583,92 euros correspondant à l'impôt sur les revenus de l'année 2015. Les requérants ont contesté cet acte par courrier du 28 août 2020. Une saisie administrative à tiers détenteur (SATD) bancaire a été diligentée le 17 juin 2020 par le même pôle et un bordereau de situation a été établi le 27 août 2020 par le service des impôts des particuliers de Sceaux. Les requérants ont contesté par courrier du 9 novembre 2020 le montant des sommes restant dues auprès de ces services comptables. Enfin deux mises en demeure de payer ont été notifiées les 18 et 26 janvier 2021 par le service des impôts des particuliers de Sceaux portant sur la somme de 1381 euros correspondant à l'impôt sur la fortune immobilière de l'année 2020, majorée, et la somme de 52 557 euros correspondant à l'impôt 2020 sur les revenus de l'année 2019, majoré. Les requérants ont contesté les mises en demeures de payer par courrier du 11 février 2021. Chaque opposition à poursuite a fait l'objet d'une décision de rejet en date du 29 avril 2021. M. et Mme B A doivent être regardés comme demandant au tribunal la décharge de l'obligation de payer résultant de ces actes de poursuite dans la limite de 15 530 euros.
Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / () 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations, (), dans les cas prévus au 2°, sont portés a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () ". Aux termes de l'article L. 199 du même livre : " En matière d'impôts directs et de taxes sur le chiffre d'affaires ou de taxes assimilées, les décisions rendues par l'administration sur les réclamations contentieuses et qui ne donnent pas entière satisfaction aux intéressés peuvent être portées devant le tribunal administratif. () En matière de droits d'enregistrement, d'impôt sur la fortune immobilière, de taxe de publicité foncière, de droits de timbre, de contributions indirectes et de taxes assimilées à ces droits, taxes ou contributions, le tribunal compétent est le tribunal judiciaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions que le contentieux du recouvrement de l'impôt sur la fortune immobilière qui a remplacé l'impôt de solidarité sur la fortune à compter du 1er janvier 2018 relève de la compétence du juge judiciaire. Il s'ensuit que les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer mise à la charge des requérants par les actes de poursuite qu'ils contestent relatif à cet impôt ne peuvent qu'être rejetées pour dirigées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
4. En second lieu, l'administration fiscale relève que les conclusions tendant à l'annulation des mises en demeure de payer, saisie, avis à tiers détenteur et les mesures d'exécution forcées prises à l'encontre des requérants ne relèvent pas de la compétence du juge administratif. Toutefois, pour les impositions demeurant en litige, les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal la décharge de l'obligation de payer résultant des actes de poursuite. Par suite, ces impôts relevant de la compétence du juge administratif en application de l'article L. 199 du livre des procédures fiscales et les moyens qui s'y attachent relevant également de la compétence de cette juridiction dès lors que la régularité en la forme de ces actes de poursuite n'est pas querellée, l'exception d'incompétence opposée en défense doit être écartée.
Sur l'exception de non-lieu :
5. L'administration fiscale soutient en défense que, dès lors que les impositions en litige ont été soldés le 31 décembre 2021, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requérants tendant à la décharge de l'obligation de payer ces impositions. Toutefois, dès lors que les actes de poursuites n'ont pas été abandonnés et ont produit des effets, il ne peut être constaté que la contestation a perdu son objet. L'exception de non- lieu opposée en défense doit être écartée.
Sur l'obligation de payer :
6. Aux termes de l'article 1353 du code civil : " Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver. / Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l'extinction de son obligation ". Il résulte de ces dispositions que celui qui se prétend libéré d'une obligation supporte toujours la charge de la preuve du paiement qui serait à l'origine de son extinction. La simple remise du chèque ne réalise pas le paiement de la créance existant entre celui qui l'effectue et celui qui reçoit le titre. Seul l'encaissement effectif libère le débiteur.
7. Il résulte de l'instruction que les avis d'impôt 2012, 2013, 2014, 2017, 2018 sur les revenus perçus en 2011, 2012, 2013, 2016 et 2017 ainsi que les prélèvements sociaux afférents, ont été réglés par les requérants avant l'émission des actes de poursuites en litige, ce que l'administration fiscale ne conteste pas.
8. En ce qui concerne l'impôt 2015 sur les revenus et prélèvements sociaux de 2014, l'avis n° 1592057967165 a été mis en recouvrement le 31 juillet 2015 pour un montant de 65 013 euros en principal, majoré de 10 % avec 15 euros de frais, représentant un total de 71 529 euros. Plusieurs saisies administratives à tiers détenteur ont permis de solder cet avis d'impôt sur les revenus n°1592057967165, pour un montant de 71 529 euros avant l'émission des actes de poursuite en litige. Par ailleurs, un avis d'impôt sur les revenus supplémentaire n°1892066525926, rôle n°18/92701, de 89 066 euros a été mis en recouvrement le 30 septembre 2018 à la suite d'une proposition de rectification du 29 novembre 2017, puis majoré de 10 %, représentant un total de 97 973 euros. Par une décision du 5 septembre 2019, un dégrèvement de 26 835 euros a été accordé aux requérants. Après dégrèvement et annulation de la majoration de 10 % afférente d'un montant de 2 684 euros, le montant restant dû sur le rôle n° 18/92701 est de 68 454 euros. Les requérants se sont acquittés de la somme de 5 292,04 euros et restent par suite redevables à la date de l'enregistrement de la requête de la somme de 63 161,96 euros au titre de l'impôt 2015 sur les revenus et prélèvements sociaux de 2014 auprès du service des impôts des particuliers de Sceaux.
9. En ce qui concerne l'impôt 2016 sur les revenus et prélèvements sociaux 2015, l'avis d'impôt sur les revenus n° 1692064474346 mis en recouvrement le 31 juillet 2016 pour un montant de 22 358 euros, majoré de 2 236 euros, représentant la somme totale de 24 594 euros a été soldé. Toutefois, seul le montant de 545,13 euros a été acquitté sur l'avis d'impôt sur les revenus supplémentaire n° 1992013876963 de 66 226 euros, majoré de 10 % avec 15 euros de frais, représentant un total de 72 864 €. Les requérants restent par suite redevables à la date d'enregistrement de la requête de la somme de 72 318,87 euros au titre de l'impôt 2016 sur les revenus et prélèvements sociaux de 2015 auprès du pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine.
10. En ce qui concerne l'impôt 2019 sur les revenus et prélèvements sociaux de l'année 2018, les requérants restent redevables à la date d'enregistrement de la requête de la somme de 1740 euros auprès du service des impôts des particuliers de Sceaux, la somme versée par les requérants entre le 15 mars et le 16 décembre 2019 ayant permis de payer l'impôt 2020 sur les revenus 2019.
11. En ce qui concerne l'impôt 2020 sur les revenus et prélèvements sociaux 2019, les requérants restent redevables de la somme 52 557 euros auprès du service des impôts des particuliers de Sceaux dès lors que la somme globale de 50 642,58 euros versée par les requérants a permis de payer une partie des impôts 2015, 2016 et 2018 sur les revenus 2014, 2015 et 2017.
12. Ainsi, eu égard à ce qui a été dit aux points 6 à 11 ci-dessus, il résulte de l'instruction, et en particulier des bordereaux de situation fiscale émis le 1er avril 2021 par le pôle de recouvrement spécialisé des Hauts-de-Seine et du 28 octobre 2021 émis par le service des impôts des particuliers de Sceaux, que les requérants sont redevables à ces dates auprès de ces deux services de respectivement 72 318,87 euros et de 121 964,96 euros. Dans ces conditions, à la date d'émission des actes de poursuites en litige, les requérants demeuraient redevables de sommes en litige qui étaient toujours exigibles.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M et Mme A tendant à la décharge de l'obligation de payer les impositions en litige ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et au directeur départemental des finances publiques des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-Heissler
Le président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2108343
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026