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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108414

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108414

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108414
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation8ème Chambre
Avocat requérantWAN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Capergy, représentée par Me Oliel, demande au tribunal :

1°) la décharge de la retenue à la source à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de condamner l'État au versement des intérêts moratoires ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société Capergy Invest Holding Sal, société de droit libanais, est certes exonérée d'impôt sur les sociétés au Liban, mais qu'elle reste cependant soumise à une imposition forfaitaire conformément au droit libanais concernant les sociétés holdings ;

- elle est donc résidente libanaise au sens de l'article 4 de la convention franco-libanaise établie pour éviter les doubles impositions ;

- en application de l'article 26 de cette convention, elle ne saurait ainsi faire l'objet de la retenue à la source prévue à l'article 182 B du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention signée le 24 juillet 1962 entre la France et le Liban tendant à éviter les doubles impositions et à établir des règles d'assistance administrative réciproque en matière d'impôts sur le revenu et d'impôts sur les successions ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Capergy, a été assujettie à une retenue à la source sur le fondement de l'article 182 B du code général des impôts au titre de l'exercice clos en 2016, à raison des sommes qu'elle a versées, en paiement de prestations de service, à la société libanaise Capergy Invest Holding Sal dans le cadre d'un projet d'implantation dans le Maine. Elle en demande la décharge, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution du 4 octobre 1958, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 182 B du code général des impôts : " I- Donnent lieu à l'application d'une retenue à la source lorsqu'ils sont payés par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, qui n'ont pas dans ce pays d'installation professionnelle permanente () c. Les sommes payées en rémunération des prestations de toute nature fournies ou utilisées en France ". Il résulte de ces dispositions que sont soumises à retenue à la source les sommes payées par une société qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés qui n'y disposent pas d'une installation professionnelle permanente en rémunération de prestations qui sont soit matériellement fournies en France, soit, bien que matériellement fournies à l'étranger, effectivement utilisées par le débiteur pour les besoins de son activité en France, la retenue à la source s'appliquant lorsque ces personnes morales relèvent de l'impôt sur les sociétés, sans qu'il y ait lieu de rechercher si elles y ont été effectivement soumises.

4. Il est constant que les cotisations litigieuses de retenue à la source ont été établies à raison de sommes payées par la SAS Capergy, qui exerce son activité en France, à la société Capergy Invest Holding Sal, qui n'y dispose d'aucune installation professionnelle permanente, en rémunération de prestations de services effectivement utilisées en France. Dès lors, les sommes versées à la société Capergy Invest Holding Sal par la requérante sont passibles de la retenue à la source prévue à l'article 182 B du code général des impôts.

En ce qui concerne l'application de la convention fiscale franco-libanaise :

5. Aux termes du 1 de l'article 2 de la convention fiscale entre la France et le Liban mentionnée ci-dessus : "'Au sens de la présente Convention, on entend par "résident d'un Etat contractant" toute personne qui, en vertu de la législation dudit Etat, est assujettie à l'impôt dans cet Etat, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère analogue.'". Aux termes de l'article 8 de la même convention, définissant le champ d'application des stipulations relatives aux doubles impositions en matière d'impôts sur les revenus : " 1. Le présent chapitre est applicable aux impôts sur le revenu perçus pour le compte de chacun des Etats contractants, de ses subdivisions politiques et de ses collectivités locales, quel que soit le système de perception. Ses dispositions ont pour objet d'éviter les doubles impositions qui pourraient résulter, pour les résidents de chacun des Etats contractants, de la perception simultanée ou successive dans l'un et l'autre Etats des impôts visés à l'alinéa qui précède. 2. Les impôts actuels auxquels s'applique le présent chapitre dans chacun des Etats contractants sont : () B. En ce qui concerne le Liban : 1° l'impôt foncier bâti'; 2° l'impôt sur le revenu agricole'; 3° l'impôt sur les bénéfices des professions industrielles, commerciales et non commerciales'; 4° l'impôt sur les traitements, salaires et pensions'; 5° l'impôt sur le revenu des capitaux mobiliers. 3. La Convention s'appliquera aussi aux impôts futurs de nature identique ou analogue qui s'ajouteraient aux impôts actuels ou qui les remplaceraient. ()'". Aux termes du 1 de l'article 10 de la même convention : "'Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce une activité industrielle ou commerciale dans l'autre Etat par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. ()'". A termes du 1 de l'article 26 de la même convention : "'Les revenus qui, d'après la présente Convention, sont soumis à l'imposition exclusive de l'un des deux Etats ne peuvent être imposés dans l'autre Etat, même par voie de retenue à la source. ()'".

6. Les stipulations de l'article 2 de la convention fiscale entre la France et le Liban citées ci-dessus doivent être interprétées conformément au sens ordinaire à attribuer à leurs termes, dans leur contexte et à la lumière de leur objet et de leur but. Il résulte des termes mêmes de ces stipulations, conformément à leur objet, qui est d'éviter les doubles impositions, que les personnes qui ne sont pas soumises à l'impôt en cause par la loi de l'Etat concerné à raison de leur statut ou de leur activité ne peuvent être regardées comme assujetties au sens de ces stipulations. Si les stipulations des articles 10 et 26 de la même convention font obstacle à l'imposition de revenus soumis à l'imposition exclusive d'un Etat contractant par l'autre Etat contractant, même par voie de retenue à la source, elles ne trouvent application que pour autant que les revenus en cause sont soumis à l'impôt par le premier Etat.

7. Il résulte de l'instruction que les sociétés libanaises offshore, dont fait partie la société Capergy Invest Holding Sal, sont des sociétés anonymes inscrites au registre du commerce libanais, et qu'en vertu du décret-loi 46 du 24 juin 1983 relatif aux sociétés offshore, elles sont exemptées d'un grand nombre d'impôts, particulièrement l'impôt sur les bénéfices de droit commun, mais acquittent en contrepartie une imposition forfaitaire annuelle de moins de deux millions de livres libanaises, équivalent à un millier d'euros. D'une part, la taxation forfaitaire annuelle acquittée par les sociétés offshores libanaises ne figure pas dans la liste des cinq impôts du B de l'article 8 de la convention franco-libanaise. D'autre part, cette taxation spéciale forfaitaire, qui doit être acquittée par les sociétés offshores au titre de chaque année d'exercice, bénéficiaire ou pas, n'est pas assise sur les bénéfices, mais représente un pourcentage de son capital et de ses réserves. Partant, elle n'est ni identique, ni analogue à l'impôt mentionné au 3° du 2 de cet article 8, à savoir l'impôt sur les bénéfices des professions industrielles, commerciales et non commerciales. Ainsi, la société Capergy Invest Holding Sal, doit être regardée comme étant structurellement exonérée des impôts visés par la convention franco-libanaise, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'elle paye un impôt forfaitaire annuel. Dès lors, à défaut d'être soumise à une des impositions auxquelles la convention fiscale s'applique, la société Capergy Invest Holding Sal ne peut pas être regardée comme résidente du Liban au sens de l'article 2 de la convention précitée, et, par suite, la société requérante ne peut se prévaloir de ses articles 10 et 26 tendant à éliminer les doubles impositions.

8. Il résulte de ce qui précède que la SAS Capergy n'est pas fondée à demander la décharge de la retenue à la source à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2016, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, la somme que SAS Capergy demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, le présent litige n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions tendant à ce que l'État y soit condamné ne peuvent qu'être rejetée

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Capergy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Capergy et l'administrateur général des finances publiques, chargé de la direction de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le président-rapporteur,

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Z. Saïh

La greffière,

N. Magen

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2108414

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