mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2108727 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | RIVAULT |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire enregistrés, sous le n° 2108727, le 6 juillet 2021 et le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Rivault, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- il n'a pas perçu les dividendes distribués par la société BRB au titre des années 2015 à 2017 étant précisé que le compte courant d'associés sur lequel les dividendes ont été versés n'est pas individualisé et que la société compte deux associés ;
- il n'a pas appréhendé les sommes réputées distribuées et correspondant à des achats non justifiés, dès lors qu'il n'a pas accès au compte bancaire de la société BRB dont il est au demeurant salarié, et qu'il n'était pas maître de l'affaire ; au demeurant ces sommes ne sont pas justifiées dans leur existence par l'administration sur qui incombe la charge de la preuve en application de l'instruction référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 n° 360, 22-8-2017 ;
- deux pénalités de 10% ont été appliquées au titre de l'année 2015, une en vertu de l'article 1728-1 du code général des impôts pour défaut de déclaration, et une autre pour insuffisance de déclaration en vertu de l'article 1758 A-I du code général des impôts ; il a donc été sanctionné deux fois pour le même motif ;
- l'application des pénalités de 40% pour manquement délibéré n'est pas fondée en l'absence de la preuve de l'appréhension des sommes et compte-tenu de son absence de rôle décisionnel dans la gestion de la société dont il n'est que salarié.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 12 février 2024, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au non-lieu partiel à hauteur du dégrèvement de 1 250 euros accordé et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire enregistrés, sous le n° 2108754, le 6 juillet 2021 et le 23 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Rivault, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017, ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- il n'a pas perçu les dividendes distribués par la société BRB au titre des années 2015 à 2017 étant précisé que le compte courant d'associés sur lequel les dividendes ont été versés n'est pas individualisé et que la société compte deux associés ;
- il n'a pas appréhendé les sommes réputées distribuées et correspondant à des achats non justifiés, dès lors qu'il n'a pas accès au compte bancaire de la société BRB dont il est au demeurant salarié, et qu'il n'était pas maître de l'affaire ; au demeurant ces sommes ne sont pas justifiées dans leur existence par l'administration sur qui incombe la charge de la preuve en application de l'instruction référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 n° 360, 22-8-2017 ;
- des pénalités de 10% ont été appliquées deux fois au titre de l'année 2015, pour le même motif ;
- l'application des pénalités de 40% pour manquement délibéré n'est pas fondée en l'absence de la preuve de l'appréhension des sommes et compte-tenu de son absence de rôle décisionnel dans la gestion de la société dont il n'est que salarié.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 12 février 2024, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la société BRB, dont M. A est associé à hauteur de 60 % et d'un contrôle sur pièces des déclarations de l'intéressé, le service, aux termes d'une proposition de rectification du 11 décembre 2018, a notamment réintégré dans son revenu imposable des années 2015 à 2017, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des revenus regardés comme distribués par ladite société. Les suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux établis par voie de conséquence ainsi que les pénalités correspondantes ont été mis en recouvrement le 31 décembre 2020. A la suite de l'admission partielle de ses réclamations, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires, en droits et en pénalités, restant en litige.
Sur la jonction :
2. Les deux demandes de M. A présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur l'étendue du litige :
3. Par décision du 21 décembre 2021 postérieure à l'introduction de la requête, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France a prononcé le dégrèvement, à concurrence d'une somme de 1 250 euros, de la majoration de 10 % prévue par les dispositions du I de l'article 1758 A du code général des impôts qui avait été mise à la charge de M. A au titre des années 2015 et 2016. Les conclusions du requérant à fin de décharge de ces pénalités sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la distribution de dividendes :
4. En vertu du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital sont considérés comme revenus distribués.
5. Au cours de la vérification de comptabilité dont la société BRB a fait l'objet, la vérificatrice a constaté que cette société avait, conformément aux procès-verbaux des assemblées générales ordinaires des 31 juillet 2015, 5 septembre 2016 et 20 juin 2017, procédé à une distribution de dividendes pour les exercices 2015, 2016 et 2017. Ces distributions se sont traduites par une inscription des montants de 45 771 euros, intervenue le 31 juillet 2015, de 58 627 euros, intervenue le 5 septembre 2016 et de 56 414 euros, intervenue le 20 juin 2017, au crédit du compte courant d'associés ouvert au nom des deux associés dans la comptabilité de cette société. Le contrôle sur pièces a par ailleurs permis à l'administration de constater que M. A n'avait pas déposé de déclaration d'impôt sur les revenus au titre de l'année 2015 et n'avait pas porté les dividendes perçus sur sa déclaration de revenus au titre des années 2016 et 2017. Le service a, en outre, estimé que la société BRB n'avait pas acquitté le prélèvement forfaitaire non libératoire, ni les prélèvements sociaux, applicables à cette distribution de dividendes.
6. Toutefois, l'inscription de dividendes dans un compte collectif d'actionnaires ne peut être regardée comme entraînant la distribution effective des sommes concernées, dès lors qu'une telle écriture comptable n'a pas, par elle-même, pour effet d'autoriser les bénéficiaires des distributions à prélever la part des dividendes qui leur revient. L'administration ne soutient pas que les statuts de la société BRB prévoyaient les modalités de fonctionnement du compte courant collectif des associés de la société et ne se prévaut d'aucun autre document de portée équivalente. Par ailleurs, la circonstance que des prélèvements aient été effectués sur ce compte par un ou des associés, non identifiés par l'administration, au cours des années en litige ne suffit pas à établir si, et dans quelle mesure, les sommes figurant sur ce compte collectif étaient à la disposition de chacun des associés. Par suite, l'administration fiscale ne pouvait estimer que M. A avait disposé en 2015, 2016 et 2017 de 60 % de la somme figurant sur ce compte et la réintégrer dans son revenu imposable au titre de chacune de ces trois années. Dès lors, M. A est fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus mobiliers auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017 en raison de ces réintégrations.
En ce qui concerne les rémunérations occultes :
7. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c) les rémunérations et avantages occultes ".
8. Le requérant ayant refusé les rectifications qui lui ont été notifiées selon la procédure contradictoire, la charge de la preuve de l'existence de bénéfices distribués et le montant des sommes attribuées au contribuable incombe à l'administration.
9. En premier lieu, d'une part, si M. A conteste l'existence des dépenses réintégrées par le service dans le résultat de la société BRB au titre des exercices 2015 à 2017, il se borne à faire grief à l'administration de ne pas avoir produit la liste de ces dépenses restant en litige après les dégrèvements accordés. Or, l'administration produit en défense une liste détaillée et actualisée des dépenses restant en litige pour un total de 41 974, 28 euros. En l'absence de contestation, elle doit ainsi être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'existence et du montant des distributions en litige.
10. D'autre part, le requérant conteste avoir appréhendé les distributions en litige n'ayant pu en avoir les moyens compte-tenu de sa qualité de salarié de la société BRB. Toutefois, il est constant que M. A s'est désigné lui-même, en qualité d'associé majoritaire de la SARL BRB, par un courrier du 7 décembre 2018, comme bénéficiaire, à hauteur de 60 %, de la distribution des revenus imposés sur le fondement du c) de l'article 111 du code général des impôts. Dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que cette désignation, intervenue à titre personnel, en dehors de la procédure prévue par l'article 117 du code général des impôts, aurait été effectuée sous la contrainte et, d'autre part, que le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ses propres déclarations, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de l'appréhension par M. A des revenus en cause.
11. En second lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'instruction référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40, paragraphe n° 360 du 22 août 2017, qui ne comporte aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait ici application.
En ce qui concerne les pénalités :
12. En premier lieu, compte tenu du dégrèvement visé au point 3, M. A ne peut plus utilement soutenir que l'administration lui a appliqué à tort à deux reprises, pour le même motif, les majorations prévues par les dispositions de l'article 1728-1 du code général des impôts et du I de l'article 1758 A du même code au titre de l'année 2015.
13. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a) 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
18. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré, l'administration fiscale s'est fondée notamment, s'agissant des dividendes distribués, sur le défaut de déclaration de ces revenus par l'intéressé pour chacune des trois années concernées, et s'agissant des revenus occultes, sur la fréquence et l'importance des appréhensions constatées, dès lors que ces revenus sont très largement supérieurs aux revenus déclarés. Enfin, l'administration a retenu la circonstance que, le requérant étant l'associé majoritaire de la société en cause, il ne pouvait ignorer les manquements constatés. Par ailleurs, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que le requérant ne peut utilement soutenir que l'administration ne démontre pas la réalité des sommes appréhendées au cours des années 2015 à 2017, et leur montant. Ainsi, l'administration doit, eu égard à la persistance d'un comportement ayant pour but de tenter d'éluder l'impôt, être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du manquement délibéré du contribuable à ses obligations fiscales en application des dispositions précitées du a de l'article 1729 du code général des impôts.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est uniquement fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu correspondant à la réintégration des dividendes distribués par la société BRB au titre des années 2015 à 2017, et des pénalités correspondantes.
Sur les frais liés aux litiges :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge à concurrence du dégrèvement des pénalités prévues par le I de l'article 1758 A du code général des impôts prononcé par l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France au titre des années 2015 et 2016.
Article 2 : Les bases de l'impôt sur le revenu de M. A au titre des années 2015 à 2017 sont réduites à concurrence des sommes correspondant aux rectifications opérées, en vertu du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, en raison de la réintégration des dividendes distribués par la société BRB.
Article 3 : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 à 2017 et des pénalités correspondantes, en conséquence de la réduction des bases d'imposition définie à l'article 2.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée du contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
Mme Richard, première conseillère ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.
La rapporteure,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et N° 2108754
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026