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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2108874

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108874

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108874
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantLALANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 juillet 2021, le 3 août 2023 et le 29 septembre 2023, Mme A D, représentée par Me Lalanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 18 juin 2021 par le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France, signifiée par acte d'huissier le 24 juin 2021, aux fins de recouvrement de la somme de 10 734,40 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique constitué sur la période du 1er décembre 2013 au 30 novembre 2017 ;

2°) de la décharger de l'obligation de rembourser cet indu et de prononcer la remise totale de sa dette ;

3°) de condamner Pôle emploi à verser à son conseil la somme 1 500 euros au titre des frais de l'instance.

Elle soutient que :

- le signataire de la contrainte ne justifie pas de sa compétence ;

- la contrainte litigieuse est illégale, compte tenu des vices de procédure entachant la mise en demeure du 22 novembre 2019 au regard de la preuve de son envoi par courrier recommandé, de l'indication des motifs de rejet de son recours, et de l'identité de son signataire ;

- le refus d'effacement de sa dette du 16 mars 2020 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de la précarité de sa situation financière ;

- Pôle emploi n'est pas fondé à lui notifier un trop perçu, dès lors qu'elle a toujours fait parvenir ses bulletins de salaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2022 et le 21 septembre 2023, le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que Mme D n'a pas exercé de recours administratif préalable obligatoire contre la notification de ce trop-perçu prévu à l'article R. 5426-19 du code du travail ;

- la requête est dépourvue de moyens ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bories a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D a été bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique. Par un courrier du 16 septembre 2019, elle a été informée par Pôle emploi qu'elle était redevable d'un trop-perçu d'un montant de 10 734,40 euros, en raison du cumul non déclaré de l'exercice d'une activité professionnelle et des allocations de chômage. Le 22 novembre 2019, Pôle emploi a mis en demeure la requérante de rembourser cette somme. Par la présente requête Mme D forme opposition à la contrainte émise à son encontre par Pôle emploi le 18 juin 2021 afin de recouvrer la somme de 10 734,40 euros.

Sur la contrainte émise le 18 juin 2021 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".

3. En l'espèce, Mme C B, directrice de la plate-forme contentieux et incidents de paiement, a reçu délégation aux fins de signer la contrainte contestée par la décision IdF n° 2020-17 DS PTF CTX du 27 mai 2020 portant délégation de signature du directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France, publiée au bulletin officiel de Pôle emploi et accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit donc être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 5426-20 du code du travail : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ".

5. Il résulte de ces dispositions que Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et restée sans effet après un mois, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement.

6. Il résulte de l'instruction que la mise en demeure de payer, datée du 22 novembre 2019 et versée aux débats par la requérante, a été régulièrement notifiée à la requérante, qui y a répondu le 6 décembre 2019. La mention du motif de l'indu d'allocation de solidarité spécifique, de la période de constitution de cet indu et le montant des sommes restant à la charge de la requérante figurent sur ce courrier. Cette mise en demeure, qui fait suite à une décision d'indu du 16 septembre 2019 qui a fixé les sommes réclamées, a pour objet de rappeler à l'allocataire la nature et le montant de ces sommes et de l'informer du délai qui lui est imparti pour procéder à leur remboursement et des conséquences qui s'attacheraient à un défaut de remboursement de sa part. Compte-tenu de la portée de cette mise en demeure et des mentions qu'elle comporte conformément à l'article R. 5426-20 du code du travail, le défaut de mention du nom de son signataire est sans incidence sur la régularité de la contrainte en litige. Par ailleurs, en l'absence de contestation formée par la requérante contre l'indu, le motif de refus d'un tel recours n'avait pas à être indiqué.

Sur le bien-fondé de l'indu :

7. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". Aux termes de l'article L. 5429-8-2 du même code : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l'institution prévue à l'article L. 5312-1, pour son propre compte, pour le compte de l'État, du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-22 du même code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. " Enfin, aux termes de l'article L. 5312-12-1 du même code : " Il est créé, au sein de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1, un médiateur national dont la mission est de recevoir et de traiter les réclamations individuelles relatives au fonctionnement de cette institution, sans préjudice des voies de recours existantes. Le médiateur national, placé auprès du directeur général, coordonne l'activité de médiateurs régionaux, placés auprès de chaque directeur régional, qui reçoivent et traitent les réclamations dans le ressort territorial de la direction régionale. Les réclamations doivent avoir été précédées de démarches auprès des services concernés () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur général de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 2.

9. En défense, Pôle emploi soutient que l'intéressée n'a pas, préalablement à la saisine du tribunal, saisi le directeur général de Pôle emploi d'un recours administratif préalable contre la décision lui notifiant l'indu de prestation conformément aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail. S'il résulte de l'instruction que la requérante a saisi le médiateur régional de Pôle emploi Ile-de-France et a formulé une demande de remise gracieuse de dette, cette saisine et cette demande ne se substituent pas au recours administratif qu'il lui incombait d'exercer. Par suite, en l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail, Mme D n'est pas fondée à contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge et dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte du 18 juin 2021 à laquelle elle forme opposition. Les moyens tirés de ce qu'elle avait informé Pôle emploi de sa situation et de ce que le montant des revenus de son foyer est trop faible ne peuvent donc qu'être écartés.

Sur la demande de remise gracieuse :

10. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 ". Pour l'application de ces dispositions, il y a lieu de rechercher si la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction de dette.

11. Si Mme D demande que le tribunal lui accorde une remise de dette, elle n'a pas saisi le juge de conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 mars 2020 par laquelle Pôle emploi a opposé un refus à la demande d'effacement de dette. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Pôle emploi, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme D demande au titre des frais liés à l'instance.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à Me Lalanne et au directeur général de Pôle emploi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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