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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109463

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109463

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109463
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLE FOYER DE COSTIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juillet 2021 et le 13 avril 2022, Mme A B, représentée par Me le Foyer de Costil, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Genainville à lui verser 50 000 euros en réparation de du préjudice moral qu'elle estime avoir subi résultant du comportement fautif du maire et 2 000 euros en indemnisation de la perte des bijoux de sa mère défunte, disparus ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Genainville la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le défaut de surveillance du cimetière, l'absence de contrôle des exhumations et la non tenue d'un registre permettant de retracer l'occupation des sépultures du cimetière de Genainville, constituent des fautes du maire de la commune de Genainville, qui ont permis l'exhumation irrégulière de l'urne cinéraire de sa défunte mère, lui causant un préjudice évalué à 52 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2022, la commune de Genainville, représentée par Me Seltensperger, conclut à titre principal au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, à la réduction à de plus justes proportions de l'indemnité à verser à la requérante en réparation de son préjudice.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 novembre 20020, lors de l'inhumation de la grand-mère de la requérante au sein du cimetière communal de la commune de Genainville, il a été constaté la pause d'une dalle bétonnée dans le caveau familial. Le constat d'huissier du 29 novembre 2021 a permis d'établir que l'urne cinéraire de la mère de la requérante inhumée depuis le 15 octobre 2009 et posée sur le cercueil du grand père de la requérante inhumé depuis le 29 septembre 1974, n'était plus présente dans le caveau ainsi que des bijoux qui appartenaient à cette dernière et qui avaient été déposés avec l'urne cinéraire. Par un courrier du 17 mars 2021, la requérante a adressé au maire de Genainville, une demande d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis et résultant de la disparition de l'urne cinéraire de sa défunte mère et des bijoux de cette dernière. En l'absence de réponse du maire, la requérante a saisi le tribunal d'une requête en indemnisation de ses préjudices.

Sur la responsabilité de la commune de Genainville

2. Aux termes de l'article L. 2213-8 du code général des collectivités territoriales " Le maire assure la police des funérailles et des cimetières. ". L'article L. 2213-9 du même code précise que " Sont soumis au pouvoir de police du maire le mode de transport des personnes décédées, le maintien de l'ordre et de la décence dans les cimetières, les inhumations et les exhumations, sans qu'il soit permis d'établir des distinctions ou des prescriptions particulières à raison des croyances ou du culte du défunt ou des circonstances qui ont accompagné sa mort. " L'article L. 2223-18-2 de ce code dispose que " A la demande de la personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles, les cendres sont en leur totalité: - soit conservées dans l'urne cinéraire, qui peut être inhumée dans une sépulture ou déposée dans une case de columbarium ou scellée sur un monument funéraire à l'intérieur d'un cimetière ou d'un site cinéraire visé à l'article L. 2223-40; () ". L'article R. 2213-39 du même code prévoit que " Le placement dans une sépulture, le scellement sur un monument funéraire, le dépôt dans une case de columbarium d'une urne et la dispersion des cendres, dans un cimetière ou un site cinéraire faisant l'objet de concessions, sont subordonnés à l'autorisation du maire de la commune où se déroule l'opération. " L'article R. 2223-23-3 dudit code précise que " L'autorisation de retirer une urne d'une concession d'un site cinéraire est accordée par le maire dans les conditions définies à l'article R. 2213-40. Dans les sites cinéraires ne faisant pas l'objet de concessions, le dépôt et le retrait d'une urne d'un emplacement sont subordonnés à une déclaration préalable auprès du maire de la commune d'implantation du site cinéraire ". Enfin, aux termes de l'article R. 2213-40 de ce code " Toute demande d'exhumation est faite par le plus proche parent de la personne défunte. Celui-ci justifie de son état civil, de son domicile et de la qualité en vertu de laquelle il formule sa demande. L'autorisation d'exhumer un corps est délivrée par le maire de la commune où doit avoir lieu l'exhumation. L'exhumation est faite en présence d'un parent ou d'un mandataire de la famille. Si le parent ou le mandataire dûment avisé n'est pas présent à l'heure indiquée, l'opération n'a pas lieu. "

3. En premier lieu, il est constant que l'urne cinéraire qui a disparu avait été placée dans le caveau familial de la requérante en 2009, comme l'autorise la réglementation. Le retrait de l'urne du caveau familial a été confirmé par le constat d'huissier du 29 novembre 2021. Il résulte de l'instruction que le marbrier auquel l'époux de la défunte s'est adressé afin de pouvoir reprendre l'urne a réalisé ce retrait, sans autorisation du maire, l'époux de la défunte attestant avoir " récupéré l'urne de [s]on épouse le 15 décembre 2014, en toute légalité ". La circonstance qu'une telle opération ait pu se produire, d'une part, sans l'accord de tous les plus proches parents de la personne défunte et, d'autre part, sans l'autorisation du maire de la commune qui était nécessaire en application des dispositions citées au point précédent, révèle une faute dans l'exercice des pouvoirs de police et de surveillance du cimetière dévolus au maire de nature à engager la responsabilité de la commune de Genainville alors que cette dernière n'apporte dans ses écritures aucune précision sur l'organisation de la surveillance du cimetière qu'elle a mis en place.

4. En deuxième lieu, la requérante ne saurait reprocher au maire de la commune de Genainville une quelconque faute pour l'absence de contrôle de l'exhumation auquel il est tenu en application des dispositions des articles R. 2223-23-3 et R. 2213-40 précités, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'époux de la défunte ne l'a saisi d'aucune demande d'autorisation d'exhumer et qu'il était ainsi dans l'impossibilité d'exercer un quelconque contrôle. Par ailleurs, si le maire a commis une erreur dans son courrier du 16 février 2021 adressé à la requérante en précisant qu'il lui a été dit qu'une autorisation n'était pas nécessaire avant l'exhumation d'une urne d'une concession du cimetière, cette erreur, pour regrettable qu'elle soit, est sans lien avec l'exhumation de l'urne et l'éventuel contrôle d'une demande en ce sens dès lors que, ainsi qu'il vient d'être dit, l'exhumation en cause a été réalisée sans qu'une telle autorisation ne soit sollicitée.

5. En troisième lieu, si la requérante soutient que le maire de la commune de Genainville a commis une faute en ne tenant pas à jour un registre des demandes d'exhumation ni un registre des personnes inhumées dans l'ossuaire communal, en application des dispositions de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales, cette absence de tenue de ces registres au demeurant non établie, est toutefois sans lien avec l'exhumation irrégulière de l'urne cinéraire de sa défunte mère qui a été réalisée sans qu'aucune demande d'autorisation d'exhumer ne soit adressée au maire de la commune et sans que celui-ci n'en soit informée.

Sur les causes exonératoires de responsabilité :

6. Il résulte de l'instruction qu'un marbrier a procédé à l'exhumation de l'urne cinéraire de la défunte mère de la requérante, à la demande de l'époux de la défunte, sans autorisation du maire. En tant que professionnel, ce marbrier ne pouvait ignorer qu'une autorisation d'exhumation était nécessaire ou, à tout le moins, devait s'en assurer auprès de la mairie de Genainville avant toute intervention de sa part sur une sépulture du cimetière communal. De même, l'époux de la défunte, avant de faire procéder au retrait de l'urne funéraire de la sépulture familiale aurait dû s'enquérir de l'accord des plus proches parents de la défunte à cette opération et de la nécessité d'obtenir une autorisation d'exhumation auprès des services de la commune. Par suite, les fautes du marbrier et de l'époux de la défunte, sans lesquelles l'exhumation irrégulière ne se serait pas produite, ainsi que le fait valoir la commune de Genainville en défense, ont contribué à la réalisation des préjudices subis par Mme B à hauteur de 80%.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander à la commune de Genainville la réparation des préjudices résultant de l'exhumation irrégulière de sa défunte mère uniquement à hauteur de 20%.

Sur les préjudices

8. Le défaut de surveillance du cimetière a causé à Mme B un préjudice moral dont elle est fondée à demander réparation. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B en l'évaluant à 2 500 euros. Compte tenu du partage de responsabilité mentionné au point 7, il y a lieu de condamner la commune de Genainville à verser la somme de 500 euros à Mme B.

9. La requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir que les bijoux avaient été inhumés avec l'urne, ni aucun élément permettant d'en apprécier la valeur. Mme B n'apportant pas d'élément de nature à établir l'existence de la perte de ces objets, dont le montant n'est au demeurant pas justifié, il n'y a pas lieu d'indemniser ce chef de préjudice.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la commune de Genainville et non compris dans les depens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Genainville est condamnée à verser à Mme B la somme de 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Genainville présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au maire de la commune de Genainville.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président, Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, et M. Weiswald, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

S. CUISINIER-HEISSLERLe président,

signé

R. FERALLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2109463

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