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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109550

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109550

vendredi 8 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109550
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARECHAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juillet 2021, M. et Mme B A, représentés par Me Marechal, avocat, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de la l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme A soutiennent que :

- aucune distribution n'était imposable entre leurs mains, sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts, dès lors que la SELARL A a renoncé, le 21 février 2019, à son option pour l'imposition à l'impôt sur les sociétés ;

- l'administration fiscale ne saurait lui opposer la tardiveté de cette renonciation, dès lors que l'administration a accepté son renoncement à l'option s'agissant des impositions dues au titre des années 2018 et 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villette, conseiller ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de la vérification de comptabilité de la SELARL Cabinet A, créée pour l'exercice de la profession d'avocat, dont M. A était l'associé unique, l'administration fiscale a notifié à M. et Mme A, par des propositions de rectification des 20 décembre 2016 et 9 juin 2017, selon la procédure contradictoire, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux au titre des années 2013 à 2015, à raison de sommes inscrites au débit du compte courant d'associé de M. A dans les écritures comptables de la SELARL A, regardées comme des revenus distribués et imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Les réclamations, des 19 février et 12 avril 2019, et du 31 décembre 2020, présentées par les requérants en vue d'obtenir le dégrèvement de ces impositions supplémentaires ont étés partiellement acceptées par l'administration fiscale par une décision du 10 mai 2021. M. et Mme A demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

Sur le terrain de la loi fiscale :

2. D'une part, aux termes de l'article 108 du code général des impôts : " Les dispositions des articles 109 à 117 fixent les règles suivant lesquelles sont déterminés les revenus distribués par : / 1° Les personnes morales passibles de l'impôt prévu au chapitre II du présent titre () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 6, les associés des sociétés en nom collectif et les commandités des sociétés en commandite simple sont, lorsque ces sociétés n'ont pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à leurs droits dans la société () Il en est de même, sous les mêmes conditions : () 4° De l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique () ". Aux termes de l'article 239 du même code, dans sa rédaction applicable aux années d'impositions en litige : " " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. Dans ce cas, l'impôt sur le revenu dû par les associés en nom, commandités, coparticipants, l'associé unique de société à responsabilité limitée et les associés d'exploitations agricoles est établi suivant les règles prévues aux articles 62 et 162. / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, en cas de transformation d'une société de capitaux en une des formes de société mentionnées au 3 de l'article 206 ou en cas de réunion de toutes les parts d'une société à responsabilité limitée entre les mains d'une personne physique, l'option peut être notifiée avant la fin du troisième mois qui suit cette transformation ou cette réunion pour prendre effet à la même date que celle-ci. Dans tous les cas, l'option exercée est irrévocable () ". Enfin, aux termes de l'article 206 de ce code : " () 3. Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : () e. Les sociétés à responsabilité limitée dont l'associé unique est une personne physique () ".

4. Pour contester leur imposition, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, à raison de distributions effectuées par la SELARL A aux cours de exercices 2014 et 2015, M. et Mme A font valoir que cette société relève du régime d'imposition des sociétés de personnes prévu par l'article 8 du code général des impôts, dès lors qu'elle a renoncé, le 21 février 2019, à l'option permettant son assujettissement à l'impôt sur les sociétés. Toutefois, il est constant que la SELARL A a opté pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés à compter de l'exercice 2013. Dès lors, une telle option étant, en application des dispositions précitées de l'article 239 du code général des impôts, irrévocable, la demande présentée le 21 février 2019, ne pouvait avoir pour effet de remettre en cause l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés de la SELARL A. Par suite, M. et Mme A ne sont pas fondés à soutenir qu'ils ne peuvent être regardés comme ayant bénéficié de distributions, sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts, au motif que la SELARL A n'était pas, au titre des exercices 2014 et 2015, assujettie à l'impôt sur les sociétés.

Sur le terrain de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

5. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ". Aux termes de l'article L. 80 B de ce livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

6. À supposer même qu'elle constitue une prise de position formelle de l'administration fiscale, la circonstance que le service ait, par un courriel du 31 juillet 2020, pris en compte la renonciation de la SELARL A à l'option permettant son assujettissement à l'impôt sur les sociétés à compter de l'exercice clos le 31 décembre 2018, sans lui opposer la tardiveté de cette demande, ne peut être utilement être invoquée sur le fondement des dispositions combinée des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscale, dès lors qu'elle est postérieure à l'établissement des impositions primitive faisant l'objet des rehaussements en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. L'État n'étant pas, dans cette instance, la partie perdante, les conclusions de M. et Mme A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A, et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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