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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2109905

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2109905

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2109905
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 28 juillet 2021, 24 juin 2022 et 13 juillet 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Eurosic, représentée par Me Goarant-Moraglia et Me Romanik, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) la décharge ou, à défaut, la réduction des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe spéciale d'équipement et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019, à raison de l'immeuble dont elle est propriétaire sis 12, Cours Michelet à Puteaux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les travaux de rénovation lourde opérés sur l'immeuble ont affecté le gros-œuvre d'une manière telle qu'ils l'ont rendu dans son ensemble impropre à toute utilisation ; par suite, il convient de l'exclure du champ d'application de la taxe foncière sur les propriétés bâties et de ne l'imposer qu'en tant que propriété non bâtie ; à cet égard, le service a considéré que l'ensemble immobilier a effectivement fait l'objet d'une restructuration totale après démolition intérieure, dans la mesure où elle a obtenu le bénéfice de l'exonération prévue en faveur des constructions nouvelles au titre des deux années suivant celle de l'achèvement des travaux, intervenu en 2019 ;

- à titre subsidiaire, elle peut bénéficier du dégrèvement partiel des impositions contestées à hauteur des surfaces démolies, les surfaces non démolies ne demeurant, quant à elles, taxables jusqu'à l'achèvement des travaux qu'en tant que lieux de dépôt couvert (catégorie " DEP 2 ").

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 février et 21 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SAS Eurosic ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public,

- et les observations de Me Romanik, représentant la SAS Eurosic.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Eurosic a engagé des travaux de réhabilitation de l'immeuble " Carré Michelet " dont elle est propriétaire 12, cours Michelet à Puteaux (92). Estimant que ces travaux rendaient l'immeuble impropre à toute utilisation, elle a sollicité, le 15 décembre 2020, le dégrèvement des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxes annexes y afférentes, établies au titre des années 2018 et 2019. Par une décision du 10 juin 2021, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a rejeté sa réclamation. Par la présente requête, la SAS Eurosic demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe spéciale d'équipement et de taxe d'enlèvement des ordures ménagères, auxquelles elle a été assujettie pour un montant de 587 930 euros au titre de l'année 2018 et de 590 551 euros au titre de l'année 2019. A titre subsidiaire, la SAS Eurosic demande au tribunal la réduction des impositions contestées à hauteur des surfaces démolies, les surfaces non démolies ne demeurant, quant à elles, taxables jusqu'à l'achèvement des travaux qu'en tant que lieux de dépôt couvert (catégorie " DEP 2 "), soit une décharge d'un montant de 362 742 euros au titre de l'année 2018 et de 365 207 euros au titre de l'année 2019.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code. ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France () ". Aux termes de l'article 1415 de ce code, la taxe foncière sur les propriétés bâties est due : " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ".

3. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entraînant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.

4. La SAS Eurosic fait valoir que l'opération de restructuration et d'extension de l'immeuble " Le Carré Michelet ", qui, engagée en 2015, s'est achevée le 25 juillet 2019, a entraîné la démolition de 12 858 m² de surface de plancher existant pour une surface de plancher avant travaux de 29 800 m² environ, notamment par la destruction des deux tourelles ainsi que d'une partie de l'atrium, la création de 24 508 m2 de nouvelles surfaces par la construction d'étages supplémentaires, la dépose de la toiture et de l'atrium liée à la création de nouvelles surfaces sur deux niveaux en ce qui concerne l'aile nord et cinq niveaux en ce qui concerne l'aile sud, la consolidation des fondations existantes en prévision de la surélévation de l'ensemble immobilier, la restructuration intégrale de la surface restante consistant en la modification de la structure de l'immeuble, le curage et le désamiantage de l'immeuble, la dépose et le remplacement intégral des façades et la recomposition intégrale des partitions intérieures. Toutefois, le constat d'huissier du 2 janvier 2018 produit par la société requérante, assorti de photographies, relève simplement que les façades sont ouvertes, sans fenêtres ni portes, que les sols et les cloisons sont à nu, que les équipements techniques n'ont pas encore été installés, et que la structure des derniers étages de l'immeuble était en cours de construction. En outre, si le constat d'huissier du 2 janvier 2018 fait état de ce que la structure du bâtiment a été partiellement démolie et pour partie pas encore complément reconstruite, s'agissant en particulier des derniers étages de l'immeuble, ce document ne permet toutefois pas de conclure qu'à cette date, l'immeuble était totalement inutilisable en raison des atteintes portées au gros-œuvre. En outre, le procès-verbal de constat établi le 2 janvier 2019 souligne que les travaux litigieux sont en cours de finalisation en relevant notamment que l'immeuble n'est pas totalement pourvu de vitrages, que les éclairages sont provisoires, que les revêtements sont bruts, que les ascenseurs ne sont pas fonctionnels, et que les espaces de travail, les sanitaires, les locaux techniques, et les réseaux de chauffage, ventilation et climatisation ne sont pas encore finalisés. Enfin, alors que selon le planning produit par la société requérante, les travaux portant sur le gros-œuvre ont débuté en novembre 2016 et se sont achevés en janvier 2018, la société requérante n'établit pas, par les pièces versées au dossier qu'à la date du fait générateur de l'impôt, le gros-œuvre de l'immeuble ait été affecté d'une manière telle que les locaux aient été rendus, dans leur ensemble, impropres à toute utilisation. Dans ces conditions, et alors même que les circonstances relatées ci-dessus ont compromis l'utilisation de l'immeuble, elles ne sont pas, à elles-seules, de nature à lui faire perdre sa qualité de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts au titre des années 2018 et 2019.

Sur les conclusions subsidiaires aux fins de réduction des cotisations de taxe foncière en litige :

5. Aux termes de l'article 1517 du code général des impôts : " I. - 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement. () ". Le changement de consistance s'entend de la transformation apportée à la composition d'un local préexistant afin d'en modifier le volume ou la surface de manière substantielle, notamment par l'addition de constructions, la démolition totale ou partielle de la construction ou sa restructuration par division ou réunion de locaux préexistants. Par ailleurs, en vertu de l'article 1406 du code général des impôts, le contribuable doit, lorsqu'il constate un changement de consistance ou d'affectation, déposer une déclaration dans les quatre-vingt-dix jours de sa réalisation définitive.

6. En outre, aux termes de l'article 1406 dudit code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. Il en est de même pour les changements d'utilisation des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498. /I bis. - Pour procéder à la mise à jour de la valeur locative des propriétés bâties, les propriétaires sont tenus de souscrire une déclaration sur demande de l'administration fiscale selon des modalités fixées par décret. /II. - Le bénéfice des exonérations temporaires de taxe foncière sur les propriétés bâties et non bâties est subordonné à la déclaration du changement qui les motive. Lorsque la déclaration est souscrite hors délais, l'exonération s'applique pour la période restant à courir après le 31 décembre de l'année suivante. ".

7. En l'espèce, d'une part, la SAS Eurosic n'établit pas l'ampleur des démolitions qui auraient affecté l'immeuble au 1er janvier 2018 et au 1er janvier 2019. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que la surface imposable devrait être réduite en conséquence.

8. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction que l'immeuble en litige, à usage de bureaux, a été rendu disponible, pendant la durée des travaux, pour un usage d'entrepôt. D'ailleurs, la société requérante n'a pas avisé l'administration d'un quelconque changement d'affectation temporaire dans les conditions prévues par le I. de l'article 1406 du code général des impôts et n'allègue pas sérieusement qu'il aurait été utilisé à cette fin. Dès lors, la SAS Eurosic n'est pas fondée à soutenir que les travaux en cause auraient entraîné un changement d'affectation au sens de l'article 1517 du code général des impôts ni, par suite, que, pour la fixation de sa valeur locative, il devrait être assimilé à un entrepôt et classé dans la catégorie DEP 2 (lieux de dépôt couverts).

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Eurosic doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Eurosic est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Eurosic et à la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

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