Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 juillet 2021, 4 juillet 2023 et 22 avril 2024, Mme A... B..., représentée par Me Nahum, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner à titre principal, la commune de Bessancourt ou à titre subsidiaire la société Veolia Eau d’Ile de France (VEDIF) ou la commune de Bessancourt et la société VEDIF ensemble en cas de partage de responsabilité, à lui verser la somme minimale de 452 641,08 euros à titre principal ou 446 041,08 euros à titre subsidiaire eu égard à l’évaluation réalisée lors de l’expertise ou la somme de 554 822,30 euros à titre principal ou 548 222,30 euros à titre subsidiaire eu regard au devis actualisé en réparation des préjudices qu’elle a subis du fait de la défectuosité et des défauts de fonctionnement du service d’incendie ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bessancourt ou à titre subsidiaire la société VEDIF ou la commune de Bessancourt et la société VEDIF ensemble en cas de partage de responsabilité la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
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le point de fuite à l’origine du sinistre étant situé sur le poteau d’incendie lui-même et la gestion et l’entretien des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie étant une prérogative de la commune conformément aux dispositions de l’article L. 2225-2 du code général des collectivités territoriales, la responsabilité de la commune de Bessancourt, qui a manqué à son obligation d’entretien et a commis une faute lourde eu égard aux défaillances dans le fonctionnement du service d’incendie, est engagée ;
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la responsabilité de la commune de Bessancourt est également engagée du fait de la gestion fautive de son relogement en application du principe de confiance légitime ;
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la commune de Bessancourt, ou à titre subsidiaire la société VEDIF ou cette dernière et la commune de Bessancourt solidairement en cas de partage de responsabilité, doivent être condamnées à réparer les préjudices qu’elle a subis du fait de la défaillance du poteau d’incendie implanté près de sa maison ;
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le montant de ses préjudices s’élève à la somme de 554 822,30 euros selon le détail suivant :
. 232 180,30 euros au titre des travaux indispensables à réaliser dans sa maison à la suite des désordres subis du fait du poteau d’incendie défaillant ;
. 63 200 euros au titre de son préjudice de jouissance caractérisé par une inhabitabilité du bien dans des conditions de jouissance normale, sécurisée et paisible, par une durée du trouble qui dépassera bientôt sept années, par la nature des désordres constatés et par la perte intégrale de valeur du bien ;
. 10 600 euros au titre du préjudice matériel subi du fait de la détérioration de son mobilier lors de son déménagement organisé par la commune de Bessancourt ;
. 100 000 euros au titre de son préjudice moral ;
. 146 600 euros au titre de la perte de plus-value qu’elle aurait pu réaliser si elle avait pu vendre sa maison en bon état ou à tout le moins 140 000 euros au titre de la somme investie par elle pour l’achat de sa maison qui aujourd’hui ne vaut plus rien.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 août 2022, la commune de Bessancourt, représentée par Me Corneloup, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les demandes indemnitaires de Mme B... soient réduites à de plus justes proportions et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
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elle ne peut engager sa responsabilité du fait des désordres causés par le poteau d’incendie implanté près de la maison de Mme B... en sa qualité de gestionnaire du service d’eau potable dès lors qu’elle a transféré au Syndicat des Eaux d’Ile de France (SEDIF) sa compétence en matière de distribution d’eau potable par délibération du conseil municipal du 5 avril 2011, puis, dès lors que, par un contrat de délégation de service public du 1er janvier 2011, le SEDIF a délégué à la société VEDIF la gestion du service de production et de distribution d’eau potable ;
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Mme B... ne démontre pas le défaut d’entretien du poteau d’incendie par la commune alors que cette preuve lui incombe et que la commune assure la surveillance régulière de l’ensemble de ses ouvrages publics ;
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Mme B... n’établit pas plus le lien de causalité entre le dommage qu’elle a subi et l’ouvrage public ;
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les pièces versées à l’instance par Mme B... datent de 2020, ce qui ne permet pas de vérifier la matérialité des faits survenus en 2017 alors que le poteau d’incendie n’avait fait l’objet d’aucune anomalie à cette date et que lors du procès-verbal de constatations établi le 29 septembre 2020, l’arrivée d’eau était coupée depuis le 26 août 2020 selon le rapport d’essais et de vérifications des installations ;
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les demandes indemnitaires de Mme B... relatives aux dégradations de son mobilier sont irrecevables puisque tardives et doivent en outre être rejetées sur le fond dès lors que, ne démontrant pas l’état antérieur de son mobilier, elle n’établit pas le lien de causalité entre ses dégradations et le déménagement de ses meubles ;
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en tout état de cause, la société VEDIF est responsable de l’entretien des branchements de la prise sur la conduite publique jusqu’à la bride et donc des désordres survenus sur le réseau, avant la vanne d’isolement du branchement du poteau d’incendie et Mme B... ne démontre pas que la fuite aurait été détectée après la vanne d’isolement du branchement ;
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en admettant même que la fuite se situe après la vanne d’isolement du branchement du poteau d’incendie, la société VEDIF engage sa responsabilité pour défaut de surveillance de son réseau dès lors qu’en sa qualité de délégataire de distribution d’eau potable, il lui appartenait de rechercher et d’effectuer des contrôles pour déterminer la cause de la perte d’un volume d’eau important ;
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à titre subsidiaire, les demandes indemnitaires de Mme B... doivent être réduites à de plus justes proportions.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 décembre 2022, 19 décembre 2023 et 23 mai 2024, la société VEDIF, représentée par Me Carbonnier, conclut au rejet de la requête, à ce que les frais d’expertise pour une somme de 8 825 euros qu’elle a engagés lui soient remboursés par la commune de Bessancourt et à ce que la somme de 3 000 euros lui soit versée par la commune au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
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il ressort des constatations des experts que la fuite se situe au pied du poteau d’incendie, or la fuite sur un poteau d’incendie ressort de la responsabilité de la commune de Bessancourt en application de l’article L. 2225-2 du code général des collectivités territoriales, l’article 17 du contrat de délégation entre le SEDIF et la société VEDIF ne prévoyant en outre aucunement que l’entretien et le contrôle des poteaux d’incendie seraient mis à sa charge ;
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la commune ne verse à l’instance le rapport d’activité des points d’eau incendie que pour l’année 2021 et si elle fait valoir que le poteau d’incendie litigieux avait fait l’objet d’un rapport de conformité en 2017, elle ne l’établit aucunement ;
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le poteau d’incendie a été remplacé par la commune le 10 mars 2021, ce qui démontre qu’il était défaillant ;
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sa responsabilité ne peut pas être engagée au titre de sa mission de surveillance du réseau dès lors que la fuite en cause n’est pas survenue sur le réseau mais au pied du poteau d’incendie ;
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les demandes indemnitaires formées à son encontre par Mme B... sont prescrites et à ce titre devront être rejetées.
Par une ordonnance du 2 septembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée le 2 octobre 2024.
Par un courrier du 18 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur le moyen d’ordre public tiré de ce que la responsabilité de la commune de Bessancourt est engagée au titre de la responsabilité sans faute pour dommages accidentels de travaux public.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code général des collectivités territoriales ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Courtois, rapporteure ;
les conclusions de Mme Fléjou, rapporteure publique ;
les observations de Me Nahum, représentant Mme B..., et de Me Metz, représentant la commune de Bessancourt.
Considérant ce qui suit :
Mme B... réside depuis le mois de février 2016 dans une maison dont elle est propriétaire située 119 avenue de Paris à Bessancourt. Au moins de juin 2017, elle a constaté la présence de dommages en partie basse des murs liés à des remontées capillaires, ainsi qu’un affaissement du sol de son salon jusqu’à la cuisine et des fissures sur la façade extérieure et à l’intérieure de la maison avec une propagation extrêmement rapide. Après de nombreuses opérations d’expertise en présence de la commune de Bessancourt, de la société VEDIF, d’experts et d’un maître d’œuvre, il est apparu qu’une fuite d’eau provenant du poteau d’incendie situé à proximité immédiate du mur de façade de l’habitation de Mme B... était à l’origine du sinistre. Par sa requête, Mme B... demande au tribunal la condamnation de la commune de Bessancourt ou de la société VEDIF à l’indemniser du montant de ses préjudices subis du fait de la gestion fautive de sa situation par la commune de Bessancourt et des désordres causés par la fuite du poteau d’incendie.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Bessancourt dans la gestion fautive de la situation de Mme B... :
Mme B... fait valoir que la commune de Bessancourt a procédé en septembre 2017, à la suite de l’affaissement du sol de son salon, à son relogement dans un appartement propriété de la commune en raison de la dangerosité de sa maison, pour la renvoyer le lendemain à son domicile, et a dégradé, au cours de ces déménagement successifs, ses meubles. La requérante estime ainsi que la commune de Bessancourt, qui a engagé sa responsabilité pour faute, doit lui verser la somme de 10 600 euros en réparation du préjudice qu’elle a subi du fait de la détérioration de ses meubles. Toutefois, Mme B... n’établit pas, en se bornant à produire des photographies de ses meubles entreposés à l’extérieur de sa maison, le lien de causalité entre le préjudice dont elle se prévaut et les déménagements qu’elle soutient avoir subis. Par suite, et sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense par la commune de Bessancourt, ce moyen doit être écarté et les demandes d’indemnisation formées par Mme B... à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
Le maître de l’ouvrage est responsable, même en l’absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s’il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d’un cas de force majeure, sans pouvoir utilement invoquer le fait du tiers. Les tiers victimes de ces dommages ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu’ils subissent lorsque le dommage n’est pas inhérent à l’existence même de l’ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
S’agissant du lien de causalité :
Il résulte de l’instruction qu’une multitude d’opérations d’expertises, diligentées par l’assureur de Mme B... en présence de la commune de Bessancourt, de la société VEDIF, d’experts missionnés par les assureurs et d’un maître d’œuvre, et notamment neuf réunions, ont été nécessaires dont deux très longues, qui ont eu lieu les 10 novembre 2017 et 10 septembre 2020, consistant en l’ouverture du trottoir puis en des travaux de terrassement afin de trouver le point de fuite causant les désordres subis par Mme B... dans sa maison. Il résulte encore de l’instruction et notamment du procès-verbal de constatations relatives aux causes et circonstances du 29 septembre 2020, du procès-verbal de constatations relatives aux dommages du 4 décembre 2020 et du rapport d’expertise du 29 décembre 2020 établis par les experts missionnés par l’assureur de la requérante que « Tous les experts présents constatent que le pied du poteau d’incendie situé à proximité immédiate de l’habitation de Mme B... fuit à une profondeur d’un mètre vingt. Cela a causé un affaissement du plancher bas du rez-de-chaussée », les experts précisant que les fouilles du 10 novembre 2017 avaient permis de constater que le point de fuite se situait sur le poteau d’incendie lui-même engageant dès lors la responsabilité de la commune de Bessancourt et concluant en ces termes « la cause du sinistre : défectuosité du poteau d’incendie, propriété de la commune de Bessancourt ». Il ressort encore de l’instruction et en particulier de l’étude technique réalisée le 18 juillet 2019 par le maître d’œuvre missionné par l’expert assureur de Mme B... que ce dernier a constaté que « les désordres sont caractérisés d’une part par un effondrement de la dalle du salon séjour et d’autre part par de nombreuses fissures sur les murs extérieures », ou encore que « les fissures affectent l’ensemble du bâtiment tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les pathologies observées sur le bâtiment sont caractéristiques de tassements par lessivage et ravinement des sols d’assise des structures », et enfin que « les résultats d’investigations géotechniques et visuels montrent que la cause des désordres est directement liée à la fuite de la bouche d’incendie » et que « il ne fait aucun doute que la fuite de la borne incendie est à l’origine des désordres constatés sur la maison d’habitation de Mme B... ». S’il ressort de l’instruction que l’expert représentant la commune de Bessancourt a refusé de signer le rapport d’expertise final, ce dont elle se prévaut dans la présente instance sans en tirer toutefois de conséquence, la commune ne verse aucune pièce de nature à contester utilement ces éléments. Par suite, le lien de causalité entre la fuite du poteau d’incendie situé à proximité immédiate du mur de façade de la maison de Mme B..., qui est un ouvrage public, et le dommage subi par Mme B..., tiers à cet ouvrage, doit être regardé comme établi.
S’agissant de la personne responsable du dommage :
Aux termes de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : « La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : (…) 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies (…) » et aux termes de l’article L. 2225-2 du code général des collectivités territoriales : « Les communes sont chargées du service public de défense extérieure contre l'incendie et sont compétentes à ce titre pour la création, l'aménagement et la gestion des points d'eau nécessaires à l'alimentation en eau des moyens des services d'incendie et de secours. Elles peuvent également intervenir en amont de ces points d'eau pour garantir leur approvisionnement ».
En premier lieu, la commune fait valoir que son service d’eau potable, qui inclut le poteau d’incendie à l’origine des désordres, a été transféré au SEDIF qui en est donc propriétaire. Toutefois, il ressort de l’article 1er des statuts du SEDIF que « le Syndicat des Eaux d’Ile-de-France, 1 – exerce sur son territoire aux lieu et place de toutes les communes et des EPCI adhérents, l’administration et la gestion du service public de l’eau potable comprenant la production et la distribution d’eau potable. ». Ces dispositions ne peuvent être regardées comme impliquant le transfert au SEDIF du service public de lutte contre l’incendie, devenu service de défense extérieure contre l’incendie.
En deuxième lieu, la commune de Bessancourt se prévaut des stipulations du contrat de délégation de service public pour la gestion du service de production et de distribution d’eau potable signé, le 1er janvier 2011, par le SEDIF et la société VEDIF pour soutenir que la société VEDIF était responsable du poteau d’incendie et de tout dommage découlant des désordres causés par ce dernier. Toutefois, aux termes de l’article 17 de ce contrat « (…) Sauf à ce qu’il se voit confier ces prestations au titre de ses activités complémentaires et/ou accessoires, l’entretien et le contrôle des poteaux d’incendie ne sont pas à la charge du délégataire. La responsabilité du délégataire n’est alors engagée que jusqu’à la vanne d’isolement du branchement. (…) Les branchements des bornes et poteaux incendie sont installés au frais des collectivités compétentes en matière de lutte contre l’incendie. Ils sont entretenus jusqu’au compteur si le branchement en est équipé. En l’absence de dispositif de comptage, les branchements sont entretenus par le délégataire, pour tout ce qui relève du service public de l’eau potable, de la prise sur la conduite publique jusqu’à la bride amont du esse de réglage et de raccordement avec l’appareil desservi ». Il résulte à ce titre de l’instruction et des écritures de la commune de Bessancourt, que celle-ci estime elle-même que la société VEDIF est responsable de l’entretien des branchements de la prise sur la conduite publique jusqu’à la bride et donc des désordres survenus sur le réseau avant la vanne d’isolement du branchement du poteau d’incendie. Or, ainsi que mentionné au point 4, il résulte de l’instruction que les opérations d’expertise ont pu déterminer que le poteau d’incendie était défectueux et que la fuite se situait au pied de ce poteau soit après la vanne d’isolement du branchement de ce dernier. Si la commune de Bessancourt fait encore valoir que le poteau n’était pas défectueux au moment des fait litigieux, non seulement elle ne verse à l’instance le rapport annuel de contrôle des points d’eau incendie uniquement pour l’année 2021 alors que les désordres ont débuté en 2017, mais encore elle confirme que le poteau d’incendie litigieux a été remplacé le 10 mars 2021.
En dernier lieu, la commune soutient qu’à supposer même que la fuite litigieuse soit présente après la vanne d’isolement du branchement du poteau d’incendie, la société VEDIF engage sa responsabilité pour défaut de surveillance de son réseau dès lors qu’en sa qualité de délégataire de distribution d’eau potable, il lui appartenait de rechercher et d’effectuer des contrôles pour déterminer la cause de la perte d’un volume d’eau important sur le réseau dont elle a la charge en application de l’article 15.4 du contrat de délégation de service public pour la gestion du service de production et de distribution d’eau potable signée entre le SEDIF et la société VEDIF. Toutefois, en admettant même que les dispositions contractuelles alléguées aient l’effet que souhaite leur donner la commune de Bessancourt, cette dernière, dont la responsabilité sans faute est engagée ainsi qu’il vient d’être dit au point précédent, ne peut utilement invoquer le fait du tiers pour obtenir l’exonération totale ou partielle de sa responsabilité à l’égard de Mme B....
Il résulte de ce qui précède qu’il ne saurait donc se déduire des stipulations précitées du contrat de délégation ente le SEDIF et la société VEDIF, contrairement à ce que fait valoir la commune, qu’elle ne serait pas demeurée maître d’ouvrage du poteau d’incendie litigieux après la vanne d’isolement du branchement de ce poteau. Par suite, la commune de Bessancourt est responsable, même en l’absence de faute de sa part, des dommages causés à Mme B..., sauf à démontrer que les désordres sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime, ce qui n’est ni démontré, ni même allégué en l’espèce par la commune de Bessancourt.
Il résulte encore de ce qui précède que le dommage en cause, qui résulte d’une fuite importante situé au pied du poteau d’incendie défectueux situé à proximité immédiate de la maison de Mme B..., n’est pas lié à l’existence même de cet hydrant, ni à son fonctionnement ou à son entretien normal, de sorte qu’il présente le caractère d’un dommage accidentel de travaux publics. Il en résulte que la commune de Bessancourt est responsable des préjudices résultant de ce dommage, sans qu’il y ait lieu d’en démontrer le caractère grave et spécial.
Dans ces conditions, et dès lors que la commune de Bessancourt ne fait aucunement valoir que Mme B... aurait commis des fautes de nature à l’exonérer de sa responsabilité, la commune de Bessancourt est entièrement responsable des conséquences dommageables causés par la fuite du poteau d’incendie situé à proximité de la maison de Mme B....
En ce qui concerne les préjudices subis par Mme B... :
S’agissant des travaux nécessaires à la remise en état de la maison de Mme B... :
Il résulte de l’instruction et notamment du procès-verbal de constatations relatives aux dommages du 4 décembre 2020 que les experts ont évalué, à cette date, à la somme de 116 799,08 euros les travaux nécessaires pour réparer les dommages causés à la maison de Mme B... par les désordres liés au poteau d’incendie litigieux. Il résulte encore de l’instruction et notamment de l’étude technique réalisée le 18 juillet 2019 par le maître d’œuvre missionné par l’expert assureur de Mme B... que ce dernier a constaté que « l’évolution des désordres au fil des derniers mois semble indiquer que le bâtiment est instable et que les tassements se poursuivent » et encore que « après des mois d’observations, les désordres évoluent ce qui semble indiqué que la construction n’est pas stabilisée ». Enfin, Mme B... verse à l’instance un constat d’huissier réalisé le 23 mars 2023 confirmant l’aggravation des dégradations de sa maison, ainsi qu’un devis actualisé réalisé le 12 juillet 2023 des travaux à réaliser pour remettre en état sa propriété, que la commune de Bessancourt ne conteste pas, qui s’élève à un montant de 232 180,30 euros. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner la commune de Bessancourt à verser à Mme B... la somme de 232 180,30 euros au titre travaux nécessaires à la remise en état de sa maison.
S’agissant de la perte de valeur de la maison de Mme B... :
Mme B... sollicite le versement d’une somme de 146 600 euros au titre de la perte de la plus-value qu’elle aurait pu réaliser si elle avait pu vendre sa maison en bon état ou à tout le moins d’une somme de 140 000 euros au titre de la somme investie par elle pour l’achat de sa maison qui aujourd’hui ne vaut plus rien. Toutefois, la perte de valeur vénale de la maison de Mme B... ne présente en l’espèce qu’un caractère éventuel et ne saurait dans ces conditions donner lieu à indemnisation dès lors qu’il n’est aucunement établi que les mesures de réhabilitation de sa propriété seraient inefficaces et rendraient son bien impropre à la revente au prix du marché. Par suite, cette demande d’indemnisation ne peut qu’être rejetée.
S’agissant du préjudice de jouissance :
Mme B... demande le versement d’une somme de 63 200 euros en réparation de son préjudice de jouissance. Il résulte de l’instruction que celle-ci réside dans sa maison depuis février 2016, que depuis juin 2017, elle a constaté les dégradations survenues dans sa maison constituées notamment par des fissures affectant l’ensemble du bâtiment tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, étant en outre précisé qu’au cours des sondages effectués dans le séjour dans la cadre des opérations d’expertise, le dallage s’est effondré sur lui-même, révélant ainsi un vide très important sous ce dernier provoqué par un lessivage intensif des sols du fait de la fuite du poteau d’incendie litigieux aboutissant à leur décompression sur plus d’un mètre de profondeur. Il résulte encore de l’instruction que l’état de la maison de Mme B..., qui n’était pas stabilisé, n’a cessé de se dégrader depuis 2017. Mme B... fait en outre valoir vivre dans une maison insalubre et humide depuis la survenance des désordres, soit depuis plus de huit années, ce qui l’a nécessairement privée d’une jouissance paisible et sécurisée de sa maison. Compte tenu de la nature et de la durée de ces troubles, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l’évaluant à la somme de 60 000 euros.
S’agissant de la dégradation de ses meubles lors de son déménagement organisé par la commune de Bessancourt :
Mme B... sollicite le versement de la somme de 10 600 euros en réparation de la dégradation de ses meubles par la commune de Bessancourt lors des opérations de relogement au cours de l’année 2017. Toutefois, ainsi que mentionné au point 2, cette demande d’indemnisation doit être rejetée.
S’agissant du préjudice moral :
Mme B... soutient que les dommages survenus dans sa maison à la suite des désordres causés par le poteau d’incendie litigieux lui ont causé un préjudice moral dont elle estime la réparation à la somme de 100 000 euros. Elle fait valoir que, eu égard à l’insalubrité de sa maison, ses enfants et elle n’ont plus de vie sociale en raison de l’impossibilité d’inviter des personnes chez elle, qu’elle vit avec sa famille dans la peur que la maison s’effondre depuis plus de huit ans, qu’elle a refusé un poste en Polynésie car elle ne pouvait ni vendre ni louer sa maison eu égard à l’état de cette dernière et que son état de santé se dégrade de plus en plus à cause de l’environnement humide présent dans sa maison et de l’inertie coupable de la mairie qui n’a rien fait pour accélérer les réparations de sa maison, ni la reloger dans un logement sain. Compte tenu de la nature et de la durée des dommages subis par Mme B..., il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l’évaluant à la somme de 30 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices subis par la société VEDIF :
La société VEDIF sollicite que lui remboursés les frais d’expertise qu’elle a dû engager pour déterminer l’origine de la fuite du poteau d’incendie litigieux. Il résulte de l’instruction et des factures versées à l’instance par la société VEDIF, que celle-ci a versé la somme de 8 825 euros pour les opérations d’expertise réalisées pour déterminer l’origine des désordres subis par Mme B.... Dans ces conditions, et dès lors qu’il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 11 que la commune de Bessancourt est maître de l’ouvrage du poteau d’incendie litigieux et responsable, même sans faute, des dommages causés à Mme B... par cet ouvrage public, il y a lieu de condamner la commune à verser à la société VEDIF la somme de 8 825 euros.
Sur les frais liés au litige :
Mme B... n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la commune de Bessancourt sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Bessancourt, sur le fondement de ces mêmes dispositions, le versement à Mme B... d’une somme de 3 000 euros et le versement à la société VEDIF d’une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
DECIDE :
La commune de Bessancourt est condamnée à verser à Mme B... la somme de 322 180,30 euros.
La commune de Bessancourt est condamnée à verser à la société VEDIF la somme de 8 825 euros.
La commune de Bessancourt versera à Mme B... la somme de 3 000 euros et à la sociéré VEDIF la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à la commune de Bessancourt et à la société Veolia Eau d’Ile de France.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Lamy, président,
Mme C... et Mme Courtois, conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
M-A Courtois
Le président,
signé
E. LamyLa greffière,
signé
D. Soihier Charleston
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.