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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2110080

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110080

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110080
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 juillet 2021, 11 août 2021, 24 juillet 2023 et 10 novembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 11 août 2021, M. A B, représenté par Me Desfarges, dans le dernier état de ses écritures :

1°) forme opposition à la contrainte du 25 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) du Val-d'Oise lui réclame paiement de la somme de 5 699,42 euros correspondant à un indu d'allocation personnalisée au logement pour les périodes allant du 1er août 2012 au 30 avril 2014 et du 1er juin au 30 juillet 2014 ;

2°) demande au tribunal de le décharger du paiement de cette somme ;

3°) à titre subsidiaire, demande au tribunal de lui accorder la remise totale de cette dette ;

4°) demande au tribunal de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la créance est prescrite, dès lors qu'il n'a eu connaissance de cette créance qu'avec l'envoi de la mise en demeure le 8 janvier 2020 et que la CAF n'établit pas la poursuite du recouvrement de cette créance entre 2014 et 2020 ;

- la créance n'est pas fondée, dès lors qu'il est divorcé de Mme B, que cette dernière a entamé une nouvelle relation avec une tierce personne à laquelle elle était déjà fiancée en 2011 et qu'elle a conservé son nom sur la boîte aux lettres de son logement dans le cadre de démarches administratives en rapport avec leurs enfants ;

- ses ressources actuelles ne lui permettent pas de faire face aux remboursements des sommes qui lui sont réclamées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2022, la caisse d'allocation familiale du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision du 27 mars 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 3 avril 2014, la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a, notamment, mis la charge de M. B une créance de 7 886,6 euros au titre d'un indu d'aide personnalisée au logement (APL) versée à tort entre le 1er avril 2012 et le 30 avril 2014. Par un second courrier du 18 juillet 2014, la CAF a également mis à la charge de M. B la somme de 840,38 euros au titre d'un indu d'APL pour les mois de juin et juillet 2014. A la suite du remboursement partiel de la dette à hauteur de 3 027,56 euros, M. B a été mis en demeure, le 8 janvier 2020, par la CAF du Val-d'Oise de s'acquitter du solde de cette dette d'APL pour la somme 5 699,42 euros. Le 28 janvier 2020, M. B a formé un recours préalable pour contester le bien-fondé de cette dette, qui a été rejeté, après avis de la commission de recours amiable, par une décision du 23 mars 2020. Le 25 juin 2021, la CAF du Val-d'Oise a émis une contrainte en vue d'obtenir paiement de la somme de 5 699,42 euros. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette contrainte ainsi que la décharge des sommes en cause et, à titre subsidiaire, une remise gracieuse de sa dette.

Sur les conclusions d'annulation :

En ce qui concerne l'indu :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 351-9 du code de la construction et de l'habitation, alors en vigueur, aujourd'hui repris en substance à l'article L. 832-1 du même code : " L'aide personnalisée au logement est versée:/ En cas de location, au bailleur du logement (). Dans des cas qui seront précisés par décret, elle peut être versée au locataire () ". Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Toutefois, aux termes de l'article L. 821-7 du code de la construction et de l'habitation : " L'action pour le paiement de l'aide personnelle au logement et pour le recouvrement des sommes indûment payées se prescrit dans les conditions prévues à l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale. / () ", lequel, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que : " L'action de l'allocataire pour le paiement des prestations se prescrit par deux ans. / Cette prescription est également applicable à l'action intentée par un organisme payeur en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration ".

3. Il résulte des dispositions combinées du code de la construction et de l'habitation et du code de la sécurité sociale que si l'aide personnalisée au logement est en principe versée au bailleur, auquel il incombe de la déduire du montant du loyer et des dépenses accessoires de logement, l'action en recouvrement d'un indu d'aide personnalisée au logement se prescrit dans le délai de deux ans prévu par l'article L. 553-1 du code de la sécurité sociale, que l'aide ait été versée au bailleur ou directement à l'allocataire, et non dans le délai de cinq ans prévu par l'article 2224 du code civil.

4. Il résulte de l'instruction que le versement indu d'APL a été identifié lors d'un contrôle de la CAF le 28 janvier 2014 et que M. B en a été informé par deux courriers des 3 avril et 18 juillet 2014 lui réclamant paiement de cet indu. En outre, la CAF établit en avoir poursuivi le recouvrement d'abord par des retenues sur prestation de M. B entre 2014 et 2019, puis, en l'absence de droits versés restant, par l'envoi le 8 janvier 2020 d'une mise en demeure demandant au requérant de régler le solde de 5 699, 42 euros, puis enfin par l'émission de la contrainte litigieuse. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la créance est prescrite, tant sur son établissement que sur son recouvrement.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation: " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes de l'article R. 351-5 du même code : " Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. ".

6. Au cas particulier, il résulte de l'instruction que l'indu d'APL en litige a été mis à la charge de M. B après qu'un contrôle de sa situation a été diligenté le 14 avril 2014, qui a conclu que M. B cohabitait avec son ex-épouse depuis le mois d'avril 2012, information que ce dernier avait omis de déclarer. Dans la présente requête, M. B conteste cette affirmation, soutenant que le seul nom de son ex-épouse sur la boîte aux lettres ne saurait constituer un indice probant et que cette dernière a une relation établie avec un tiers. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la CAF, que M. B a lui-même indiqué, lors du contrôle dont il a fait l'objet, que cette cohabitation avait été décidée avec son ex-épouse en vue d'assurer l'éducation de leur fils. Il ressort de ces mêmes pièces qu'après une suspension du bail en raison d'impayés, M. B a signé un nouveau bail en juin 2013 pour le même appartement avec son ex-épouse, co-titulaire du bail, que cette dernière règle intégralement le loyer et que M. B lui rembourse la moitié de ce dernier et, enfin, que sur les quittances de loyers, taxes d'habitation et assurance habitation figure le nom de son ex-épouse et que cette dernière n'a pas pu prouver à la CAF qu'elle était domiciliée ailleurs.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la contrainte du 25 juin 2021 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin de décharge.

En ce qui concerne la demande de remise gracieuse :

8. Aux termes du cinquième alinéa de ce même article L. 553-2 du code de la sécurité sociale, la créance de l'organisme peut toutefois être réduite ou remise " en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations.

9. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

10. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

11. Au cas particulier, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'indu d'aide personnalisée au logement en litige a pour origine une omission déclarative délibérée de la part de M. B. Il résulte de l'instruction que ces omissions ont été détectées par la CAF, dans le cadre d'un contrôle de sa situation et ne résultent pas d'une déclaration spontanée de M. B. Dès lors, M. B ne saurait être regardé comme étant de bonne foi ce qui fait obstacle à l'octroi de toute remise gracieuse quel que soit l'état de sa situation financière, alors qu'en tout état de cause, M. B n'a pas établi avoir sollicité une telle remise de dette auprès de la CAF.

12. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à ce que lui soit accordée la remise de sa dette.

Sur les frais liés au litige :

13. L'État n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Desfarges et à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MonteagleLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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