Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110751

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110751
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPACHECO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 août et le 19 novembre 2021, M. A B, représenté par Me Pacheco, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à titre rétroactif dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 000 euros, à titre principal, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à verser à Me Pacheco sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à titre subsidiaire, de verser cette somme à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 20.1 de la directive " Accueil " n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 dans la mesure où il n'a pas tenté de fuir ou de se soustraire aux contrôles des autorités administratives françaises ;

- elle méconnaît les articles L. 551-16, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de son état de vulnérabilité.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 et 22 novembre 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant somalien, né le 4 juin 1990, déclare être entré irrégulièrement en France le 3 octobre 2019. Le 8 octobre 2019, les services de la préfecture des Hauts-de-Seine lui ont délivré une attestation de demande d'asile portant la mention " procédure Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII et bénéficié des conditions matérielles d'accueil (CMA). Le préfet des Hauts-de-Seine lui a notifié le 15 novembre 2019 un arrêté de transfert vers l'Allemagne, pays désigné comme responsable du traitement de sa demande d'asile. Le 28 février 2020, l'OFII lui a notifié son intention de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, suspension qui est intervenue par décision du 28 septembre 2020. Le processus de détermination de l'Etat membre responsable de sa demande d'asile s'est achevé le 1er juin 2021 et M. B a été mis en possession ce jour d'une demande d'asile portant la mention " procédure accélérée ". Par une décision du 14 juin 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a refusé de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B conteste cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 et de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne les éléments factuels propres à la situation personnelle de

M. B tenant, notamment, à la suspension de ses droits au motif qu'il n'a pas répondu aux convocations des autorités les 26 novembre et 6 décembre 2019. Elle énonce également que, compte tenu des faits qui lui sont reprochés et après examen le 1er juin 2021 de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, elle refuse le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, laquelle s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, doit être écarté. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes de ladite décision que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'OFII a procédé à un examen particulier de sa demande.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

6. Si l'article L. 522-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque l'OFII a mis fin partiellement ou totalement à celles-ci. En tout état de cause, dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile en procédure accélérée le 1er juin 2021, M. B a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu une " convocation Dublin " établie le 12 novembre 2019 par la préfecture des Hauts-de-Seine au terme de laquelle il était tenu de se présenter au service d'accompagnement des demandeurs d'asile les 15 et 29 novembre 2019 et le 6 décembre 2019. S'il a effectivement répondu à la première présentation le 15 novembre 2019 - ce qui témoigne qu'il avait connaissance de ses obligations - à l'issue de laquelle l'arrêté du 15 novembre 2019 portant décision de transfert d'un demandeur d'asile aux autorités allemandes responsables de l'examen de sa demande d'asile lui a été notifié, M. B n'a pas déféré aux convocations des 29 novembre et 6 décembre 2019, raison pour laquelle il a été déclaré en fuite. Il n'apporte pas de motif valable à ces absences. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une inexactitude matérielle au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième et dernier lieu, si M. B soutient que les services de l'OFII n'ont pas fait une juste appréciation de sa situation de vulnérabilité, il ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en " procédure accélérée " et sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période. Enfin, comme le fait valoir l'OFII, le requérant ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 12 mars 2020 et le 1er juin 2021, période au cours de laquelle, placé en procédure dite " Dublin ", il aurait dû exécuter son transfert vers le pays responsable de sa demande d'asile. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire, âgé de vingt et un ans à la date de la décision contestée et qui ne fait état de la présence d'aucun membre de sa famille sur le territoire français, ne présente aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil, notamment pour un motif médical. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait méconnu les dispositions des articles L. 551-16, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 14 juin 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Me Pacheco demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pacheco, avocat de M. B, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Huon, président,

- Mme Richard, première conseillère,

- Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Richard

Le président,

signé

C. HuonLa greffière,

signé

A. Tainsa

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.