mardi 23 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2021, M. C A, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° CAB/DS/BSI n° 2021-688 du 14 août 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fixé la liste des grands magasins et centres commerciaux dont l'accès est subordonné à la présentation du pass sanitaire en vue de ralentir la propagation de la covid-19 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à verser à son conseil ou, à défaut, à lui-même au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du
10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- méconnaît les dispositions du II §A et du IV de l'article 1er de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;
- méconnaît l'article 2 § 1 du protocole additionnel n° 4 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui garantit la liberté d'aller et venir ;
- méconnaît les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui garantissent la liberté personnelle ;
- il méconnaît la réserve d'interprétation à laquelle le Conseil constitutionnel, dans une décision n° 2021-824 DC du 5 août 2021, a subordonné la conformité à la Constitution de l'article 1er de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;
- n'établit pas que les mesures de police administrative qu'il adopte sont adaptées, nécessaires et proportionnées, ce qui n'est nullement le cas en l'espèce ;
- méconnaît le principe d'égalité devant la loi conformément à l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son Préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;
- le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté CAB/DS/SIDPC n° 2021-688 en date du 14 août 2021, le préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article 1er de la loi susvisée du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire et de l'article 47-1 du décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, modifié par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021, a fixé pour le département des Hauts-de-Seine la liste des grands magasins et centres commerciaux dont l'accès est subordonné à la présentation d'un " passe sanitaire ". Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur le cadre du litige :
2. Aux termes du point II-A de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire, dans sa rédaction résultant de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " A compter du 2 juin 2021 et jusqu'au 15 novembre 2021 inclus, le Premier ministre peut, par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 : () 2° Subordonner à la présentation soit du résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19, soit d'un justificatif de statut vaccinal concernant la covid-19, soit d'un certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19 l'accès à certains lieux, établissements, services ou évènements où sont exercées les activités suivantes : / () f) Sur décision motivée du représentant de l'Etat dans le département, lorsque leurs caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifient, les grands magasins et centres commerciaux, au-delà d'un seuil défini par décret, et dans des conditions garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi, le cas échéant, qu'aux moyens de transport. / (). " Aux termes du point IV du même article : " Les mesures prescrites en application du présent article sont strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires. Les mesures individuelles font l'objet d'une information sans délai du procureur de la République territorialement compétent. "
3. Aux termes de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire, tel que modifié par le décret du 7 août 2021 : " I. - Les personnes majeures doivent, pour être accueillies dans les établissements, lieux, services et évènements mentionnés aux II et III, présenter l'un des documents suivants : / 1° Le résultat d'un examen de dépistage, d'un test ou d'un autotest mentionné au 1° de l'article 2-2 réalisé moins de 72 heures avant l'accès à l'établissement, au lieu, au service ou à l'évènement. Les seuls tests antigéniques pouvant être valablement présentés pour l'application du présent 1° sont ceux permettant la détection de la protéine N du SARS-CoV-2 ; / 2° Un justificatif du statut vaccinal délivré dans les conditions mentionnées au 2° de l'article 2-2 ; / 3° Un certificat de rétablissement délivré dans les conditions mentionnées au 3° de l'article 2-2. / () II. - Les documents mentionnés au I doivent être présentés pour l'accès des participants, visiteurs, spectateurs, clients ou passagers aux établissements, lieux, services et évènements suivants : / () 7° Les magasins de vente et centres commerciaux, relevant du type M mentionné par le règlement pris en application de l'article R. 143-12 du code de la construction et de l'habitation, comportant un ou plusieurs bâtiments dont la surface commerciale utile cumulée calculée est supérieure ou égale à vingt mille mètres carrés, sur décision motivée du représentant de l'Etat dans le département, lorsque leurs caractéristiques et la gravité des risques de contamination le justifient et dans des conditions garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi, le cas échéant, qu'aux moyens de transport. / La surface mentionnée au précédent alinéa est calculée dans les conditions suivantes : / () b) Il faut entendre par magasin de vente ou centre commercial tout établissement comprenant un ou plusieurs ensembles de magasins de vente, y compris lorsqu'ils ont un accès direct indépendant, notamment par la voie publique, et éventuellement d'autres établissements recevant du public pouvant communiquer entre eux, qui sont, pour leurs accès et leur évacuation, tributaires de mails clos () ".
4. Les dispositions précitées du point II A 2° f) de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 modifiée, reprises au point II 7° de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 modifié, relatives à la garantie de l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi que, le cas échéant, aux moyens de transport, n'imposent pas d'assurer cette garantie au regard de ceux se trouvant dans l'enceinte des grands magasins et centres commerciaux dans lesquels est exigé le pass sanitaire.
5. Il appartient en revanche aux préfets, d'une part, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les usagers des centres commerciaux concernés ont la possibilité d'accéder à des biens et services de première nécessité, en particulier alimentaires et de santé, dans des magasins ou établissements situés à une distance raisonnable de ces centres, appréciée au regard de la densité urbaine et des moyens de transport disponibles. Il appartient également aux préfets, ainsi au demeurant que le ministre des solidarités et de la santé les y a invités, de permettre à toutes les personnes, y compris celles non détentrices d'un passe sanitaire, l'accès aux lieux de soins situés dans l'enceinte de ces centres commerciaux, le cas échéant, lorsqu'un accès différencié à ces lieux ne peut être aménagé, sur présentation d'un justificatif de rendez-vous.
6. Il appartient, d'autre part, aux préfets, lorsqu'il existe un accès direct à des moyens de transport depuis un centre commercial dans lequel est exigé le pass sanitaire, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les personnes non détentrices de ce passe peuvent accéder à ces mêmes moyens de transport par des accès pour lesquels le passe n'est pas requis, situés à proximité immédiate de ce centre.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour subordonner à la présentation d'un " passe sanitaire " à compter du 16 août 2021, l'accès au centre commercial So-Ouest et au Magasin Conforama de plus de 20 000 m2 de surface commerciale utile listés à son article 1er, le préfet s'est fondé sur la nécessité de réduire les risques de contamination par le virus de la covid-19 au regard des données de la situation sanitaire du département, frappé notamment par un fort développement du variant Delta très contagieux, et de la circonstance que les conditions de circulation et de promiscuité dans lesdits centres commerciaux étaient susceptibles d'accroître les risques de contamination.
8. Il ressort des pièces du dossier que, la légalité de la décision attaquée s'appréciant en fonction des informations dont l'autorité administrative disposait à la date de son édiction, le nombre de contaminations à la covid-19 observé dans le département des Hauts-de-Seine demeurait important suite au développement rapide du variant Delta, la situation sanitaire s'étant dégradée, présentant un taux d'incidence proche des 200 cas pour 100 000 habitants toutes tranches d'âge confondues et largement supérieurs à 200 cas pour 100 000 habitants pour les tranches d'âge comprises entre 10 et 40 ans, le taux d'incidence concernant les tranches d'âge des 20-29 ans et des 30-39 ans étant de respectivement 206 et 227 cas pour 100 000 habitants à la date de la décision, montrant ainsi que le virus circulait toujours parmi la population active. En outre, il en ressort également que le taux d'occupation des lits en réanimation était en légère augmentation au cours de la même période dans le département. Enfin, il n'est pas sérieusement contredit que, d'une part, les risques de contamination à la covid-19 sont considérablement réduits lorsqu'une personne est vaccinée, est rétablie d'une infection au virus ou présente un test de dépistage négatif, et d'autre part, le pass sanitaire, par la limitation des flux et croisements de personnes qu'il implique permet de réduire la circulation du virus, la mesure contestée n'étant pas exclusive de l'application des gestes barrières.
9. En outre, ains que l'indique la décision attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le fait que l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ainsi, le cas échéant, qu'aux moyens de transport, demeurait assurée. A cet égard, il ressort des pièces du dossier qu'il existait une offre en produits de première nécessité (alimentaire-pharmacie) équivalente garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité, les usagers des centres commerciaux concernés par l'arrêté ayant la possibilité d'accéder à des biens et services de première nécessité, en particulier alimentaires et de santé, dans des magasins ou établissements, très nombreux, situés à une distance raisonnable du centre commercial So-Ouest, seul centre commercial touché par l'arrêté litigieux dans le département, le requérant ne contestant d'ailleurs pas les informations complémentaires communiquées par le préfet dans son mémoire en défense et relatives à ces commerces accessibles. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir sans être sérieusement contredit, que le supermarché du centre commercial So-Ouest n'a pas été en mesure d'assurer de permettre, sans brassage de population, l'accès des soins de première nécessité aux personnes ne disposant pas du pass sanitaire.
10. Dans ces conditions, compte tenu des caractéristiques propres au centre commercial concerné, caractérisé par la concentration de nombreux commerces dans un espace clos, attirant des populations importantes et, par là-même, de nature à favoriser la dissémination du virus par la multiplication des interactions entre les personnes, de la gravité des risques de contamination existants à la date du 14 août 2021 et de la possibilité, pour les personnes démunies d'un " passe sanitaire ", d'accéder à des biens et services de première nécessité dans des magasins ou établissements situés à une distance raisonnable, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en imposant, à compter du 16 août 2021, la présentation d'un " passe sanitaire " aux personnes souhaitant accéder au centre commercial So-Ouest, le préfet des Hauts-de-Seine aurait fait une inexacte application des dispositions réglementaires précitées ni que l'atteinte aux différents droits et libertés invoqués n'était pas nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif de sauvegarde de la santé publique poursuivi.
11. Il suit de là qu'il ne peut qu'être regardé comme poursuivant l'objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé, ainsi que l'a rappelé le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2021-824 DC du 5 août 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la loi du 31 mai 2021, ainsi que la décision du Conseil constitutionnel du 5 août 2021, ne peut être qu'écarté comme ceux tirés de l'absence de prise en compte des circonstances locales, de l'atteinte à la liberté d'aller et venir ou à la liberté de circulation énoncée à l'article 2 paragraphe 3 du protocole additionnel n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la méconnaissance des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui garantissent la liberté personnelle, ou de la méconnaissance du principe d'égalité, doivent également être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient:
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
Z. Saïh
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026