mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110893 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | DE BOUSSAC DI PACE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2113156/12-1 du 24 août 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application des articles R. 351-3 et R. 312-14 du code de justice administrative, le dossier de la requête de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Gironde, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 17 juin 2021.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 10 décembre 2024, la CPAM de la Gironde, représentée par Me de Boussac - Di Pace, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une somme de 107 089 euros en indemnisation de son préjudice constitué par les sommes versées et prises en charge pour le compte de son assuré social, M. B, sommes portant intérêts et capitalisation de ces derniers à compter du 30 juin 2020, date de la réception par celle-ci de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre celle de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.
Elle soutient que :
-la responsabilité de l'AP-HP est engagée en application de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, en raison des fautes commises à la suite de l'infection nosocomiale contractée par M. B lors de l'intervention du 15 octobre 2001 et de l'aggravation de l'état de santé de ce dernier ayant entraîné l'amputation haute cuisse qu'il a subie le 15 octobre 2012 ;
-l'AP-HP doit être condamnée à lui verser, en réparation de son préjudice constitué par les sommes versées et prises en charge pour le compte de son assuré social, M. B, un montant total de 107 089 euros résultant des sommes de :
.84 935,04 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
. 22 154,96 euros au titre des dépenses de santé futures échues.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut, à titre principal, au rejet de la requête au motif que la CPAM de la Gironde ne présente pas de créance certaine et, à titre subsidiaire, à la limitation de sa responsabilité aux seuls postes de préjudice qui constituent une créance certaine.
Elle soutient que :
- elle ne conteste pas sa responsabilité ;
- la commission de conciliation et d'indemnisation a estimé que la réparation des préjudices consécutifs au dommage subi par M. B lui incombait à hauteur de 40%, cette proportion devant également être appliquée à la créance de la CPAM de la Gironde ;
- concernant les prestations échues, elle conteste les frais mis à sa charge pour des périodes de prise en charge de M. B qui ne sont pas retenues comme imputables à l'infection nosocomiale qu'il a subie ;
- concernant les prestations viagères à échoir, elle n'accepte de prendre en charge que les prestations liées aux complications infectieuses à l'origine du dommage de M. B et sollicite enfin que ces frais futurs soient mis à sa charge au fur et à mesure de leur survenance sous forme de rente.
Par ordonnance du 11 décembre 2024, la clôture d'instruction, initialement fixée au 31 octobre puis au 10 décembre 2024, a été reportée au 26 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2025 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 février 2025 :
- le rapport de Mme Courtois, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Fléjou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, souffrant d'une gonarthrose tricompartimentale bilatérale du genou gauche, a été opéré le 15 octobre 2001 à la Nouvelle Clinique Héloïse, clinique privée, pour la pose d'une prothèse totale du genou gauche. Ayant contracté à cette occasion un staphylocoque doré, il a fait l'objet, le 1er février 2002, d'une opération à l'hôpital Raymond Poincaré, relevant de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), au cours de laquelle il a été procédé à une ablation de sa prothèse puis, le 22 février 2002, d'une autre opération au cours de laquelle une prothèse du genou lui a de nouveau été posée. Il a encore été opéré à plusieurs reprises entre le 23 juillet 2002 et le 4 novembre 2003, notamment à l'hôpital Avicenne et à l'hôpital Saint Michel, sans qu'il ne soit possible d'obtenir une cicatrisation. La commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CRCI) d'Île-de-France, saisie par M. B le 11 mai 2004, a ordonné une expertise médicale. L'expert a estimé, dans son rapport daté des 17 octobre 2007 et 4 avril 2008, que plusieurs fautes avaient été commises lors des interventions pratiquées sur M. B et en particulier que l'indication de la pose d'une nouvelle prothèse à l'hôpital Raymond Poincaré était discutable, compte tenu de l'importance de l'infection contractée lors de la pose de la première prothèse, de la brièveté du délai écoulé depuis la dépose de cette prothèse et de la persistance d'un contexte inflammatoire. Il a également procédé à l'évaluation des préjudices subis par M. B présentant un lien de causalité avec ces fautes. A la suite de cette procédure, la CRCI d'Île-de-France a, par un avis du 9 juillet 2008, retenu la responsabilité de la Nouvelle Clinique Héloïse à hauteur de 60 % des préjudices subis par M. B, en raison de l'infection nosocomiale que le patient a contractée dans cet établissement, et la responsabilité de l'AP-HP à hauteur de 40 % des préjudices subis par M. B, en raison de fautes commises par l'hôpital Raymond Poincaré en procédant à une repose prématurée d'une prothèse du genou sans prise en charge adaptée de l'infection du patient. Par la suite, l'état de santé de M. B s'est dégradé et une amputation haute cuisse a été réalisée le 15 octobre 2012. Dans ces conditions, M. B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France qui, s'appropriant les conclusions des deux expertises des 29 juillet et 26 décembre 2015, a estimé, dans son avis du 9 mars 2016, que l'état de M. B était en rapport avec l'aggravation des conséquences de l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention du 15 octobre 2001. En application des dispositions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) s'est substitué à l'AP-HP et à l'assureur de la Nouvelle Clinique Héloïse dans l'indemnisation des préjudices subis par M. B et a signé avec ce dernier des protocoles transactionnels d'indemnisation en janvier et juin 2017 pour une somme de 64 922,40 euros pour l'AP-HP et de 97 383,59 euros pour la Nouvelle Clinique Héloïse. La CPAM de la Gironde a adressé une demande indemnitaire préalable à l'AP-HP le 30 juin 2020 aux fins d'obtenir le remboursement des frais engagés pour la prise en charge de M. B, son assuré social, décédé le 5 juin 2021, à la suite de l'aggravation de son état de santé constatée à partir de 2012 en lien avec l'infection nosocomiale contractée le 15 octobre 2001. Le silence gardé par l'AP-HP sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. La CPAM de la Gironde demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 107 089 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge. Il n'y a pas lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales (). ".
3. Ainsi qu'il est dit au point 1, il résulte de l'instruction que, dans le cadre de sa prise en charge au sein de la Nouvelle Clinique Héloïse pour la pose d'une prothèse totale au genou gauche le 15 octobre 2001, M. B a contracté une infection nosocomiale qui a nécessité qu'il soit à nouveau opéré à deux reprises à l'hôpital Raymond Poincaré, relevant de l'AP-HP, pour déposer et reposer sa prothèse, de nombreuses opérations ayant été nécessaires par la suite pour tenter d'obtenir une cicatrisation. Dans son avis du 9 juillet 2008, la CRCI a retenu, en l'absence de cause étrangère avérée et dès lors que le type de germe retrouvé plaidait pour une infection de nature exogène, la responsabilité de la Nouvelle Clinique Héloïse à hauteur de 60 % des préjudices subis par M. B, en raison de l'infection nosocomiale que le patient a contractée dans cet établissement, et la responsabilité de l'AP-HP à hauteur de 40 % des préjudices subis par M. B, en raison des fautes commises par l'hôpital Raymond Poincaré en procédant à une repose prématurée d'une prothèse du genou sans prise en charge adaptée de l'infection du patient. Dans le cadre de la dégradation de l'état de santé de M. B ayant nécessité une amputation de la cuisse le 15 octobre 2012, les experts ont estimé, dans leur rapport du 29 juillet 2015, que M. B avait subi de nouveaux préjudices, en particulier une amputation de cuisse directement imputable à l'aggravation de l'accident médical retenu par la commission dans son avis du 9 juillet 2008. Dans leur rapport du 26 décembre 2015, ils relèvent encore que " malgré l'absence de germe retrouvé, les experts considèrent, au vu de l'évolution de la maladie infectieuse, que l'état actuel du patient est en rapport avec l'aggravation des conséquences de l'infection nosocomiale contractée à la clinique Héloïse (60%) et de sa prise en charge à l'hôpital Raymond Poincaré (40%). ". S'appropriant ces conclusions, la CCI d'Ile-de-France a également estimé, dans son avis du 9 mars 2016, que " dans la mesure où la récidive de l'infection a entraîné une amputation haute cuisse, le dommage actuel est bien à rattacher à l'infection nosocomiale contractée au sein de la Clinique Héloïse et mal prise en charge au sein de l'Hôpital Raymond Poincaré. La réparation des préjudices consécutifs au dommage subi par Monsieur A B incombe à la clinique Héloïse à hauteur de 60% des préjudices subis et à l'APHP à hauteur de 40% ". Il en résulte que cette infection nosocomiale et les fautes imputables par la suite à l'AP-HP sont à l'origine de l'entier dommage de M. B. Dès lors que les critères d'engagement de la responsabilité de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale prévus au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas réunis, ce que les parties ne contestent pas, l'AP-HP doit être condamnée, en application des dispositions du deuxième alinéa du I de l'article L. 1142-1 de ce code, à réparer les préjudices résultant pour la CPAM de la Gironde, subrogée dans les droits de M. B, son assuré social, des fautes précédemment mentionnées dans les conditions déterminées aux points 4 à 8.
En ce qui concerne l'étendue du droit à réparation :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1252 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice (). ".
5. D'autre part, lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes ou de celles-ci conjointement, sans préjudice des actions récursoires que les coauteurs du dommage pourraient former entre eux.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les coauteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du coauteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.
7. Il appartient en conséquence au juge de déterminer l'indemnité due au requérant, dans la limite des conclusions indemnitaires dont il est saisi, laquelle s'apprécie au regard du montant total de l'indemnisation demandée pour la réparation de l'entier dommage, quelle que soit l'argumentation des parties sur un éventuel partage de responsabilité.
8. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il est dit au point 3, que la CCI d'Ile-de-France et les experts ont estimé que les fautes commises par la Nouvelle Clinique Héloïse étaient de nature à engager sa responsabilité à hauteur de 60 % des préjudices subis par M. B, en raison de l'infection nosocomiale que le patient a contractée dans cet établissement, tandis que la responsabilité de l'AP-HP était engagée à hauteur de 40 % des préjudices subis par M. B, en raison de fautes commises par l'hôpital Raymond Poincaré en procédant à une repose prématurée d'une prothèse du genou sans prise en charge adaptée de l'infection du patient contractée au sein de la Nouvelle Clinique Héloïse. Il résulte ainsi de l'instruction que l'intervention fautive de l'AP-HP n'est pas indépendante de l'infection initialement contractée à la Nouvelle Clinique Héloïse, laquelle a nécessité le retrait de la prothèse de M. B, conduisant l'AP-HP à commettre une faute en posant prématurément une seconde prothèse. Dans ces conditions, les fautes imputables à l'AP-HP ne portant pas en elles l'entier dommage, l'indemnisation due à la CPAM de la Gironde en remboursement des frais engagés pour la prise en charge de M. B à la suite de l'aggravation de son état de santé constatée à partir de 2012 en lien avec l'infection nosocomiale contractée le 15 octobre 2001, doit être limitée à sa part de responsabilité, fixée à 40%, dans les dommages de M. B.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
Quant aux frais d'hospitalisation :
9. La CPAM de la Gironde demande le versement de la somme de 49 546,61 euros correspondant aux frais d'hospitalisation de M. B du 30 mai et du 27 septembre 2012 au sein du service des maladies infectieuses du CHU de Bordeaux, du 25 au 27 juin 2012, du 5 au 6 septembre 2012 au centre hospitalier Haut-Lévêque, du 14 au 22 octobre 2012 au sein du service de chirurgie orthopédique du CHU de Bordeaux dans le cadre de son hospitalisation consécutive à son amputation, puis du 22 octobre 2012 au 1er mars 2023 au centre de rééducation fonctionnelle de la Tour de Gassies. Si l'AP-HP fait valoir que la CPAM de la Gironde n'établit pas l'imputabilité de ces frais au dommage pour les périodes du 5 au 6 septembre 2012 et du 25 février au 1er mars 2013, il résulte toutefois de l'instruction et, notamment, de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM, que ces frais sont en lien avec le dommage résultant de l'aggravation de l'état de santé de M. B consécutive à l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention du 15 octobre 2001. Dans ces conditions et ainsi que mentionné au point 8, la CPAM est fondée à demander le versement par l'AP-HP de la somme de 19 818,65 euros à ce titre.
Quant aux frais médicaux, d'appareillage et de transport :
10. La CPAM demande le versement de la somme de 35 388,43 euros au titre des frais médicaux, d'appareillage et de transports, dont 1 267,23 euros de frais médicaux, 27 023,16 euros de frais d'appareillage, 7 098,04 euros de frais de transport, dont il faut déduire 1 euro de franchise, soit une somme fixée à 35 387,43 euros, sans que cela ne soit contesté par l'AP-HP. Il résulte de l'instruction et, notamment, de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM que ces frais médicaux, d'appareillage et de transport sont en lien avec le dommage résultant de l'aggravation de l'état de santé de M. B consécutive à l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention du 15 octobre 2001. Dans ces conditions et ainsi que mentionné au point 8, la CPAM est fondée à demander le versement de la somme de 14 154,97 euros par l'AP HP à ce titre.
S'agissant des dépenses de santé futures échues :
11. La CPAM demande le versement de la somme de 22 154,96 euros qui, eu égard au décès de M. B le 5 juin 2021, est constituée par des dépenses de santé futures échues correspondant à l'hospitalisation de M. B du 11 au 21 mai 2015 au centre de rééducation fonctionnelle de la Tour de Gassies, aux frais de transport entre le 31 mai 2015 et le 19 juin 2020, à des dispositifs inscrits sur la liste des produits et prestations remboursables par l'assurance maladie (LPPR) délivrés les 1er mars 2017, 28 mars 2017 et 1er septembre 2017 (chaise percée, coussins anti-escarres), à des consultations spécialisées au centre de rééducation fonctionnelle de la Tour de Gassies les 15 juin et 26 octobre 2016 et le 19 juin 2020, à des frais d'orthopédie fémorale du 9 mars 2016, 24 juillet 2016 et 20 février 2017, à des frais de radiologie du bassin du 20 mars 2018 et des prescriptions d'antalgiques. Si l'AP-HP fait valoir, pour certains de ces frais, que la CPAM n'établit pas leur imputabilité au dommage, il résulte toutefois de l'instruction et, notamment, de l'attestation d'imputabilité du médecin conseil de la CPAM, que ces frais sont en lien avec le dommage résultant de l'aggravation de l'état de santé de M. B consécutive à l'infection nosocomiale contractée au décours de l'intervention du 15 octobre 2001. Dans ces conditions et ainsi que mentionné au point 8, la CPAM est fondée à demander le versement par l'AP-HP de la somme de 8 861,98 euros à ce titre.
12. Il résulte de tout ce qui précède que l'AP-HP est condamnée à verser à la CPAM de la Gironde la somme de 42 835,60 euros à raison des débours exposés pour le compte de M. B.
Sur les intérêts et les intérêts des intérêts :
13. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
14. Aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
15. La CPAM soutient, sans être contredite, que sa demande indemnitaire préalable a été reçue par l'AP-HP le 30 juin 2020. Elle a ainsi droit au versement des intérêts sur la somme de 42 835,60 euros à compter de cette date, ainsi qu'à leur capitalisation à compter du 30 juin 2021, date à laquelle une année d'intérêts était due pour la première fois, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
16. Aux termes des dispositions du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 23 décembre 2024 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2025 fixe respectivement à 120 euros et 1 212 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
17. La CPAM de la Gironde est fondée à demander que l'AP-HP lui verse la somme de 1 212 euros au titre de l'indemnité de frais de gestion, en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'arrêté du 23 décembre 2024.
Sur les frais liés à l'instance :
18. Dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 800 euros à verser à la CPAM de la Gironde au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire droit aux conclusions de la CPAM de la Gironde tendant au versement d'une somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie.
D E C I D E :
Article 1 : L'AP-HP versera à la CPAM de la Gironde la somme de 42 835,60 euros en réparation des débours exposés pour le compte de M. B, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 30 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'AP-HP versera à la CPAM de la Gironde la somme de 1 212 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 3 : L'AP-HP versera à la CPAM de la Gironde la somme une 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la CPAM de la Gironde est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de la Gironde et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Grenier, présidente,
Mme Luce Moinecourt, première conseillère,
Mme Courtois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
La rapporteure,
signé
M-A Courtois
La présidente,
signé
C. Grenier
La greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026