mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110954 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | SAINTILAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, M. et Mme A, représentés par Me Creac'h, demandent au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités y afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la procédure d'imposition est irrégulière, la proposition de rectification du 4 juin 2018 étant insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- les dispositions de l'article 109,1, 1° du code général des impôts ne seraient pas applicables faute de la preuve d'une part d'un désinvestissement et d'autre part de la mise à disposition effective des sommes regardées comme distribuées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Bories, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Almas Associates, dont M. A était le représentant légal et associé majoritaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue de ces opérations, la société s'est vu notifier, notamment, des rehaussements de ses cotisations à l'impôt sur les sociétés au titre de ces deux années à raison de passifs injustifiés et de charges dont la déductibilité n'apparaissait pas justifiée selon l'administration fiscale, ainsi que, pour 2016, de la reconstitution des recettes imposables. En conséquence, par une proposition de rectification du 4 juin 2018, établie selon la procédure de rectification contradictoire des articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, l'administration fiscale a informé M. et Mme A qu'elle entendait imposer entre les mains de M. A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sur le fondement des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les recettes éludées qui ont été regardées comme des revenus distribués. Après l'admission partielle de leur réclamation préalable, M. et Mme A demandent la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités y afférentes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation (). ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire à cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un précédent contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
3. La proposition de rectification du 4 juin 2018, qui comportait en annexe la copie de la proposition de rectification du même jour adressée à la SAS Almas associates, désigne les impôts concernés, les années d'imposition en litige, le fondement légal des rectifications envisagées comme les bases d'imposition et la méthode permettant de les déterminer. A cet égard, les redressements trouvant leur source dans la vérification de comptabilité de la SAS Almas associates sur le fondement de l'article 109, 1, 1° du code général des impôts, elle fait, en ce qui concerne l'existence et le montant des revenus considérés comme distribués, expressément référence à la proposition de rectification adressée à cette société qui était jointe en annexe, cette proposition précisant elle-même avec une motivation suffisante le mode de détermination des résultats imposables rectifiés pour 2015 et 2016. La circonstance que, s'agissant des résultats de l'année 2016, et alors que la proposition de rectification mentionnait bien des produits imposables évalués à 606 204 euros hors taxes, l'administration fasse référence, dans le corps du texte, pour déterminer ce montant à une somme de 445 112 euros hors taxes en ce qui concerne les notes d'honoraires pour retenir ensuite une somme de 534 124 euros hors taxe constitue une simple erreur de plume, le reste de la proposition de rectification indiquant clairement que les notes d'honoraires 2016 s'élèvent bien à 534 124 euros. Ainsi, cette erreur de plume n'a pas été de nature à égarer les contribuables. En outre, en ce qui concerne l'appréhension de ces distributions, la proposition de rectification adressée aux requérants indique les motifs pour lesquelles il a été estimé que M. A était le maître de l'affaire et qu'il était ce faisant le bénéficiaire de ces distributions. Dès lors, cette proposition de rectification doit être regardée comme ayant mis M. et Mme A à même de présenter utilement leurs observations. Par suite, la proposition de rectification du 4 juin 2018 est suffisamment motivée de telle sorte que l'administration fiscale n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
4. Aux termes du 1 de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109 les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés () ".
5. Les requérants ayant contesté les redressements notifiés selon la procédure contradictoire, à raison de revenus regardés comme distribués sur ce fondement légal, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de leur montant et que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. La qualité de seul maître de l'affaire suffit à regarder le contribuable comme bénéficiaire des revenus réputés distribués, en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, par la société en cause, la circonstance qu'il n'aurait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes ou qu'elles auraient été versées à des tiers étant sans incidence à cet égard.
En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus distribués :
6. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue des opérations de contrôle de la SAS Almas associates, l'administration a notamment, pour 2015, rehausser son résultat imposable de 7 700 euros à raison de remboursements de frais à M. A pour des déplacements, des missions et des réceptions qui n'ont pas été justifiés. Pour cette même année, par voie de conséquence, ces sommes ont été imposées entre les mains de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Au titre de l'année 2016, la SAS Almas associates n'ayant ni déposé de déclaration de résultat malgré une mise en demeure en ce sens, ni présenté de comptabilité, l'administration a procédé à la reconstitution extra-comptable de son résultat. Pour y parvenir, s'agissant des produits imposables, elle a additionné les factures d'honoraires présentées de 534 124 euros hors taxes, les honoraires reconstitués pour factures non présentées déterminés contradictoirement avec M. A pour un total de 6 934 euros et le stock de produits en cours à la clôture de l'exercice précédent de 65 146 euros, portant ainsi les recettes reconstituées de l'année 2016 à 606 204 euros hors taxes. S'agissant des charges, l'administration a tenu compte des salaires portés sur les déclarations annuelles des données sociales et des loyers pour une montant total de 168 352 euros. Elle a ainsi reconstitué, tenant compte du profit sur le Trésor, un bénéfice imposable avant cascade de 488 029 euros qui a été également imposé entre les mains de M. A en application du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Toutefois, dans le cadre de l'admission partielle de leur réclamation préalable, l'administration fiscale a ramené ces revenus de capitaux mobiliers à 210 610 euros pour tenir compte de la diminution admise auprès de la SAS Almas associates de son résultat imposable, ne tenant plus compte que des produits non déclarés desquels elle a déduit les encours clients et les charges admises en déduction portées à 309 628 euros.
7. Pour contester l'existence et le montant de ces revenus, les requérants soutiennent que si la reconstitution opérée ne tient plus compte, en dernier lieu, s'agissant des produits, que des factures d'honoraires de la société, celles-ci n'ont donné lieu à paiement qu'en 2017 de telle sorte qu'aucun désinvestissement n'a pu exister dans la société en 2016. Toutefois, d'une part, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus, après rehaussement, pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. D'autre part, l'article 109, 1, 1° du code général des impôts établit une présomption de distribution à l'égard de tous les bénéfices qui ne sont pas investis dans l'entreprise, quelle que soit la forme de la distribution. A cet égard, la présomption légale de distribution permet de considérer comme revenus distribués tous les bénéfices qui ne sont pas demeurés investis dans l'entreprise et qui sont donc sortis du patrimoine social, et ce même s'ils correspondent à des rehaussements apportés, à la suite d'un contrôle, aux bénéfices déclarés par la société sauf à ce que ces bénéfices soient demeurés investis dans la société. En l'espèce, en absence de toute comptabilité et les requérants ne pouvant ni justifier du non-paiement des factures mentionnées au point 6 ci-dessus ni établir que ces bénéfices sont demeurés investis dans la société, l'administration a pu légalement, pour ce seul motif, les regarder comme désinvestis. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les sommes réintégrées au bénéfice de la SAS Almas associates, selon une méthode qui n'est pas discutée, devaient être regardées comme des revenus distribués, l'administration fiscale devant par ailleurs être regardée comme établissant l'existence et le montant des revenus distribués imposés entre les mains de M. A.
'En ce qui concerne l'appréhension des revenus distribués :
8. L'administration fiscale, pour imposer entre les mains de M. A les sommes regardées comme distribuées par la SAS Almas associates, a estimé qu'il en avait effectivement disposé en tant que seul maître de l'affaire. Elle fait valoir à cet effet que le requérant était le président de cette société depuis sa création, qu'il en était l'associé majoritaire, détenteur de 55 % du capital social, et qu'il était titulaire de la carte bancaire de la société. Dans ces conditions, l'administration démontre que M. A exerce seul la responsabilité effective de l'ensemble de la gestion administrative, commerciale et financière de la société et dispose sans contrôle de ses fonds. Ainsi, le requérant, qui en supporte la charge, n'établissant pas qu'il ne disposait pas seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, et qu'il n'était pas en mesure d'user sans contrôle des biens de celle-ci, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle, peu important, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'il n'ait pas effectivement appréhendé les sommes correspondantes.
9. Eu égard à ce qui a été dit aux points 4 à 8, c'est donc à bon droit que l'administration fiscale a imposé les sommes en litige entre les mains de M. A en application du 1° du 1 de l'article 109 code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales, auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que les pénalités y afférentes.
Sur les frais liés au litige :
11. L'État n'étant pas la partie perdante dans les présentes instances, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et au directeur départemental des finances publiques du département du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
T. Bertoncini
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
Z. SaïhLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2110954
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026