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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111035

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111035

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111035
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre (JU)
Avocat requérantRAYNALDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er septembre 2021 et le 7 février 2023 la SCI BORGES, représentée par la SCP LEICK-RAYNALDY et ASSOCIES agissant par Maître Sébastien DENEUX, demande au tribunal :

1°)de condamner l'Etat à lui verser une somme de 14 215,37 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique, avec intérêts de droit et capitalisation des intérêts ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupant sans titre du logement dont elle est propriétaire boulevard Edgard Quinet à Colombes ;

-le préjudice subi s'élève à 13 215,27 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues du 6 octobre 2020 au 31 octobre 2022 et à une somme de 1 000 euros correspondant au préjudice né de l'inaction de l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023 le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet partiel de la requête et demande qu'en cas de condamnation de l'Etat celui-ci soit subrogé dans les droits de la SCI Borges à l'encontre de l'occupant sans titre du logement.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-le code civil ;

-le code de la construction et de l'habitation ;

-le code des procédures civiles d'exécution ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Baude, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Borges demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 14 215,27 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour expulser les occupants sans titre du logement dont elle est propriétaire à Colombes.

Sur la responsabilité de l'Etat :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. L'article L. 412-6 de ce code dispose par ailleurs : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. "

4. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité.

5. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 11 mai 2020 le tribunal de proximité de Colombes a ordonné l'expulsion des occupants sans titre du logement dont la requérante est propriétaire rue boulevard Edgard Quinet à Colombes. Cette décision de justice était exécutoire à la date de son prononcé. Le 6 août 2020 la SCI Borges a présenté au préfet des Hauts-de-Seine une demande de concours de la force publique pour l'exécution de ce jugement. Cette demande a donné lieu à une décision implicite de rejet dans les deux mois de sa réception. Les lieux ont été effectivement libérés avec le concours de la force publique le 31 octobre 2022. Dès lors il y a lieu de fixer la période pendant laquelle la responsabilité de l'Etat est engagée à l'égard de la requérante du 6 octobre 2020 au 30 octobre 2022, veille de l'expulsion.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice invoqué :

6. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

7. Si les versements des débiteurs s'imputent, en application des dispositions de l'article 1256 du code civil, sauf décision contraire de leur part, sur la dette la plus ancienne, les versements aux bailleurs de l'aide personnalisée au logement (APL) sont, en application de l'article L. 351-9 du code de la construction et de l'habitation, portés en déduction des loyers et dépenses accessoires de logement ; ainsi les versements d'APL effectués directement à la société requérante ne doivent pas être imputés sur la dette antérieure à la période de responsabilité de l'Etat, mais diminuent, lorsqu'ils sont postérieurs, le montant de la réparation due par l'Etat.

8. En vertu de l'ordonnance du jugement du tribunal de proximité de Colombes, l'indemnité d'occupation mensuelle est composée du loyer et des charges, soit 612,33 euros mensuels sur l'année 2020, 615,95 euros mensuels sur l'année 2021 et 618,29 euros mensuels sur l'année 2022, dont il convient de déduire les aides personnalisées au logement directement versées au bailleur pour un montant, tenant compte de la somme de 618 euros dont la SCI justifie la restitution à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, de 2 054 euros. Il résulte de l'instruction que la perte de loyers et de charges ainsi calculée subie par la SCI Borges pour la période du 6 octobre 2020 au 30 octobre 2022 s'élève à 13 195,53 euros. Il n'est pas allégué que des versements ont été effectués par l'occupant du logement pendant cette période. Ainsi, il y a lieu de fixer au montant de 13 195,53 euros l'indemnité due par l'Etat aux requérants en réparation de son préjudice locatif.

9. Si la requérante demande que l'Etat lui verse une indemnité complémentaire de 1 000 euros à raison du " mauvais vouloir " de l'administration à procéder à l'exécution de la décision de justice rendue à leur profit, elle ne précise pas la nature du préjudice subi de ce fait et notamment en quoi celui-ci se distingue du préjudice réparé au titre de la perte de revenus locatifs. Dès lors il y a lieu d'écarter ce chef de préjudice.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

10. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. " La SCI Borges a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité en capital prévue au point 8 à compter du 3 mars 2021 date de sa demande d'indemnisation préalable auprès du préfet des Hauts-de-Seine.

11. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts ayant été demandée dans la requête enregistrée le 1er septembre 2021 il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 3 mars 2022 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros qu'il paiera à la SCI Borges au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

Sur la subrogation :

14. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détient la SCI Borges à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : l'Etat est condamné à verser la somme de 13 195,53 euros à la SCI Borges.

Article 2 : Le paiement de la somme fixée à l'article 1er est subordonné à la subrogation de l'Etat, à concurrence de cette somme, dans les droits de la SCI Borges à l'encontre des occupants sans titre pendant la période de responsabilité de l'Etat.

Article 3 :L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la SCI Borges en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la SCI Borges et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivré au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le magistrat désigné

signé

F.-E. Baude La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21110352

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