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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111460

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111460

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111460
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantPARTOUCHE-KOHANA STÉPHANIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 9 septembre 2021 et 8 mars 2023, Mme A C et M. D B, agissant en leur nom propre et au nom de leurs six enfants mineurs, représentés F, demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser la somme de 80 000 euros, représentant 10 000 euros par personne, en réparation des préjudices résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet du Val-d'Oise de procéder à leur hébergement jusqu'à la date de leur relogement le 13 juin 2018, assortie des intérêts au taux légal.

Ils font valoir que :

- leur demande d'hébergement a été reconnue comme prioritaire et urgente par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 13 mai 2016 et un jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise enjoignant au préfet de ce département de procéder sous astreinte à leur hébergement ;

- ils sont fondés à obtenir 80 000 en réparation des troubles dans leurs conditions d'existence.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- depuis le 14 septembre 2017, il est délié de son obligation, dès lors que la requérante n'a pas actualisée son dossier auprès du SIAO ;

- le préjudice est dépourvu de lien direct et certain avec sa faute éventuelle ;

- le montant de l'indemnisation demandé est excessif.

Vu :

- le jugement n°1606374 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 9 août 2016 ;

- l'ordonnance n°1607730 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 5 février 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 mai 2016, la commission de médiation du département du Val-d'Oise, a, en application des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, reconnu Mme C comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Par un jugement n°1606374 en date du 9 août 2016, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise l'hébergement de la requérante avant le 1er septembre 2016, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de cette date. Par une ordonnance n°1607730 en date du 5 février 2019, ce même tribunal a, après avoir constaté que l'intéressée avait fait obstacle à son hébergement à compter du 14 septembre 2017, déliant à compter de cette date le préfet de son obligation, liquidé cette astreinte pour la période comprise entre le 1er septembre 2016 et le 14 septembre 2017. Invoquant la carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise et la décision du tribunal administratif, Mme C a saisi le préfet du Val-d'Oise, par un courrier du 10 mars 2021 d'une demande indemnitaire préalable portant sur la période du 13 mai 2016 au 13 juin 2018, date à laquelle elle s'est relogée par ses propres moyens. Le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande le 24 mars 2021. Mme C et M. B, agissant en leur nom propre et au nom de leurs six enfants mineurs, demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser la somme de 80 000 euros en réparation des préjudices subis.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation définissent les mesures devant être mises en œuvre par l'administration pour assurer l'effectivité du droit à l'hébergement garanti par l'État. L'article L. 441-2-3 précise les modalités selon lesquelles le représentant de l'État dans le département, qui dispose de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation pour procurer un hébergement au demandeur, saisit le service intégré d'accueil et d'orientation prévu à l'article L. 345-2-4 du code de l'action sociale et des familles et le cas échéant les préfets des autres départements de la région Ile-de-France des dossiers des personnes devant être hébergées. Les dispositions précitées fixent une obligation de résultat pour l'État, désigné comme garant du droit au logement décent et indépendant, dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé le recours amiable prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe ainsi à l'État, au titre de cette obligation et sans que l'absence de régularité du séjour des intéressés y fasse obstacle, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que ce droit ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. La carence de l'État est dès lors susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

4. La carence fautive de l'État à assurer le logement ou l'hébergement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par M. B, agissant en son nom propre, et par ce dernier et Mme C, agissant au nom de leurs six enfants mineurs, doivent être rejetées.

5. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu, le 13 mai 2016, Mme C comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que l'intéressée avait, dans un premier temps, formulé une demande de logement en se prévalant de ce que son foyer se composait d'un couple sans enfants, son recours amiable auprès de la commission de médiation du département du Val-d'Oise qu'il produit lui-même concerne un foyer comportant deux adultes et cinq enfants mineurs, le dernier enfant de la famille étant né le 6 avril 2017, postérieurement à la décision du 13 mai 2016 prise à la suite de ce recours. En outre, si le préfet du Val-d'Oise indique encore que la requérante n'a pu être hébergée à la suite de deux propositions des 29 septembre et 7 octobre 2016, il n'allègue pas que cet échec serait dû à l'attitude de Mme C. Ainsi, alors que Mme C n'a pas été hébergée avant le 13 juin 2018, date à laquelle elle a trouvé un logement par ses propres moyens, la persistance de cette situation, à compter du 24 juin 2016, date à laquelle la carence de l'État à assurer son hébergement a revêtu un caractère fautif, a causé à Mme C des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme C n'a pas actualisé sa demande auprès du service d'accueil et d'orientation (SIAO) après le 14 septembre 2017. Si cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à délier l'administration de son obligation d'hébergement, Mme C ne justifie pas, alors que le préfet du Val-d'Oise le conteste, les diligences qu'elle aurait accomplies depuis cette date pour mettre à même l'État d'assurer son obligation d'hébergement. Dans ces circonstances le préfet du Val-d'Oise doit être regardé comme délié de son obligation d'exécuter la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise depuis le 14 septembre 2017. Il s'ensuit que la carence fautive de l'État ouvrant droit à indemnisation à l'intéressée s'étend du 24 juin 2016 au 14 septembre 2017. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 3 350 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme C la somme de 3 350 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1 : L'État est condamné à verser à Mme C la somme de 3 350 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C et M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et M. D B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2111460

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