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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111479

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111479

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111479
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème Chambre
Avocat requérantIDRISSI-TAGHKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Yamova, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine a implicitement rejeté sa demande tendant à ce qu'il lui octroie une allocation temporaire d'invalidité d'un montant de 6 888 euros et tendant à la révision de ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité par la commission de réforme ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui verser la somme de 6 888 euros au titre de l'allocation temporaire d'invalidité et de faire réexaminer sa situation par la commission de réforme dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision implicite de rejet de sa demande est entachée d'un défaut de motivation ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle peut prétendre au versement d'une allocation temporaire d'invalidité de sorte que la décision de rejet méconnaît les dispositions de l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;

- elle remplit les conditions pour bénéficier d'un réexamen par la commission de réforme conformément à l'article 9 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière.

L'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée en ce sens le 2 octobre 2023.

Par une ordonnance du 29 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2024 à 12 heures.

Par un courrier du 3 octobre 2024, les parties ont été informées de ce qu'en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions formulées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par Mme B dès lors qu'elles sont dirigées contre l'Etat qui n'est pas partie à la présente instance.

En réponse à ce courrier, Mme B a, par un mémoire du 7 octobre 2024, fait valoir qu'elle modifiait ses conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour les diriger contre l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le décret n°2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabas, conseillère ;

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique ;

- les observations de Me Yamova, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B travaille en qualité d'aide-soignante titulaire de la fonction publique hospitalière au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Neuilly-sur-Seine. Le 29 octobre 2012, elle a été victime d'un accident de service lui ayant causé une blessure à l'épaule entraînant une incapacité permanente partielle au travail. Le 8 juillet 2015, elle a été victime d'une rechute de cet accident pour laquelle, par une décision du 15 septembre 2015, le directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine a estimé qu'elle était à rattacher de façon directe à l'accident de service intervenu le 29 octobre 2012, a fixé la date de consolidation de son état au 3 septembre 2015 et a fixé le taux de l'incapacité permanente partielle de Mme B à 10%. Par un courrier du 28 novembre 2017, Mme B a demandé au directeur de l'EHPAD de bien vouloir tirer les conséquences de la décision du 15 septembre 2015. Elle n'a reçu aucune réponse. Par un second courrier du 18 janvier 2021, Mme B, a, par l'intermédiaire de son conseil, mis en demeure l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine de lui octroyer une allocation temporaire d'invalidité dont elle estime pouvoir bénéficier à hauteur de 6 888 euros et a sollicité la révision de ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité par la commission de réforme dès lors qu'elle estimait avoir toujours des séquelles de son accident. Ce courrier n'a reçu aucune réponse. Par un courrier du 22 juin 2021, reçu le 25 juin 2021, Mme B, a, par l'intermédiaire, de son conseil réitéré ses demandes. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette dernière demande du 25 juin 2021 dont Mme B demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la demande tendant à l'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité :

2. Aux termes de l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Les établissements mentionnés à l'article 2 ci-dessus sont tenus d'allouer aux fonctionnaires qui ont été atteints d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 p. 100 ou d'une maladie professionnelle, une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec leur traitement dans les mêmes conditions que les fonctionnaires de l'Etat. ". Aux termes de l'article 1er du décret n°2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée, dans les conditions fixées par le présent décret, aux fonctionnaires mentionnés à l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée et qui sont affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % ; () ". Aux termes des dispositions de l'article 6 de ce même décret, dans leur version en vigueur du 11 mai 2005 au 1er mai 2022 : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination. ". Aux termes de l'article 8 de ce même décret : " L'allocation, concédée par le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations au vu de la décision prévue au second alinéa de l'article 6, est versée dans les conditions prévues par le régime de retraite des agents affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. Elle est soumise en matière de contentieux aux règles applicables aux pensions servies par cette caisse. Sous réserve des modalités de révision prévues ci-après, les dispositions de l'article 62 du décret du 26 décembre 2003 susvisé sont applicables au fonctionnaire. ".

3. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 15 septembre 2015, le directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine a estimé que la rechute de l'accident dont Mme B a été victime le 8 juillet 2015 était à rattacher de façon directe à l'accident de service intervenu le 29 octobre 2012. Il a, par cette même décision, fixé la date de consolidation de son état au 3 septembre 2015 et fixé le taux de l'incapacité permanente partielle de Mme B à 10 %. Toutefois, en dépit des différentes demandes que la requérante lui a adressées en ce sens, le directeur de l'EHPAD ne s'est pas prononcé, par cette décision, sur la demande tendant à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité ni fixé le taux de celle-ci et alors même que Mme B, souffre, ainsi qu'il a été dit, d'une invalidité permanente résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 %. S'il résulte des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 2 mai 2005 que la décision d'octroi ne peut être prise qu'après avis de la commission de réforme et avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, il incombait alors au directeur de l'EHPAD de transmettre le dossier de Mme B à la commission de réforme et à la Caisse des dépôts et consignations afin qu'elles puissent émettre un avis sur la demande de la requérante. Dans ces conditions, en refusant de se prononcer sur la demande de Mme B tendant à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité, le directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine a méconnu les dispositions précitées de l'article 6 du décret du 2 mai 2005. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite du rejet de sa demande en tant que, par cette décision, le directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine a refusé de se prononcer sur sa demande tendant à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité.

En ce qui concerne la demande tendant à un nouvel examen de ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité :

4. Aux termes des dispositions de l'article 9 du décret du 2 mai 2005 précité : " L'allocation temporaire d'invalidité est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits du fonctionnaire font l'objet d'un nouvel examen dans les conditions fixées à l'article 6 et l'allocation est soit attribuée sans limitation de durée, sous réserve des dispositions de l'alinéa suivant et des articles 10 et 11, sur la base du nouveau taux d'invalidité constaté, soit supprimée. Postérieurement, la révision des droits du fonctionnaire dans les conditions précitées peut intervenir sur demande de l'intéressé formulée au plus tôt cinq ans après le précédent examen. La date d'effet de cette révision est fixée à la date du dépôt de la demande. ".

5. Mme B soutient qu'en vertu des dispositions de l'article 9 du décret du 2 mai 2005, elle peut prétendre à la révision quinquennale de ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 3 du présent jugement, qu'aucune décision n'a été prise s'agissant de l'octroi, à Mme B, d'une allocation temporaire d'invalidité quand bien même la reconnaissance d'un taux d'incapacité permanente partielle de 10% par la décision du 15 septembre 2015 lui ouvrirait droit à l'octroi d'une telle allocation. Ainsi, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision rejetant implicitement sa demande tendant à ce qu'un nouvel examen ses droits à l'allocation temporaire d'invalidité soit réalisé a été prise en méconnaissance de l'article 9 du décret du 2 mai 2005. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation de la décision par laquelle le directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine a implicitement refusé de se prononcer sur la demande de Mme B tendant à l'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité implique nécessairement d'enjoindre au directeur de l'EHPAD de Neuilly-sur-Seine de saisir la commission de réforme et la Caisse des dépôts et consignations pour que celles-ci donnent leur avis sur la demande de Mme B tendant à l'octroi d'une allocation temporaire et que le directeur statue ensuite sur cette demande. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine la somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le directeur de l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine a implicitement rejeté la demande de Mme B tendant à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine de saisir, pour avis, la commission de réforme et la Caisse des dépôts et consignations et de se prononcer ensuite sur la demande de Mme B tendant à l'octroi d'une allocation temporaire d'invalidité le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur de l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Neuilly-sur-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Jacquelin, premier conseiller,

Mme Fabas, conseillère.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024

La rapporteure,

signé

L. FabasLa présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2111479

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