jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2111752 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DUFAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021, M. A D, représenté par Me Dufaud, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Vauréal (Val-d'Oise) à lui verser la somme de 35 100 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de nomination au grade d'attaché territorial et de la dégradation de ses conditions de travail, à assortir des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable indemnitaire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Vauréal la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Vauréal a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité :
. en s'abstenant de le nommer sur le grade d'attaché territorial alors qu'il était inscrit sur une liste d'aptitude en cours de validité ;
. en lui faisant subir des agissements constitutifs de harcèlement moral ;
- ses préjudices doivent donc être subséquemment réparés à concurrence d'une somme globale de 35 100 euros, soit :
. 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
. 30 100 euros au titre de son préjudice financier.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 22 mars 2023, la commune de Vauréal, représentée par Me Saint-Supéry, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. D au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'elle n'a commis aucune faute et que les préjudices invoqués par M. D sont inexistants et, en tout état de cause, surévalués.
Par un courrier du 5 avril 2022, le tribunal a proposé aux parties de régler leur litige par une médiation. A la suite du refus de la commune de Vauréal, l'affaire est retournée à l'instruction le 19 avril 2022.
Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2023 à 12h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;
- et les observations de Me Lucas, substituant Me Saint-Supéry, représentant la commune de Vauréal.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a été recruté par voie de mutation par la commune de Vauréal (Val-d'Oise) le 10 septembre 2018 en qualité de rédacteur principal 1ère classe titulaire pour le poste de directeur des finances et de la commande publique. La commune de Vauréal a proposé sa candidature pour la liste d'aptitude au grade d'attaché territorial pour les sessions du 1er juillet 2019 et 2020, auprès du centre interdépartemental de gestion (CIG) Grande Couronne, et M. D a été inscrit sur la liste d'aptitude pour l'accès au grade d'attaché territorial par voie de promotion interne le 1er octobre 2020. Par la présente requête, M. D demande au tribunal de condamner la commune de Vauréal à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis en raison, d'une part, de son absence de nomination au grade d'attaché territorial, et, d'autre part, du harcèlement moral qu'il estime avoir subi à la suite d'un changement de hiérarchie.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Vauréal :
S'agissant de l'absence de nomination au grade d'attaché territorial :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 39 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 en vigueur au moment du litige : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration ou à une organisation internationale intergouvernementale, non seulement par voie de concours, selon les modalités définies au 2° de l'article 36, mais aussi par la nomination de fonctionnaires ou de fonctionnaires internationaux, suivant l'une des modalités ci-après : () ; /2° Inscription sur une liste d'aptitude établie par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. Sans renoncer à son pouvoir d'appréciation, l'autorité territoriale ou le président du centre de gestion assisté, le cas échéant, par le collège des représentants des employeurs tient compte des lignes directrices de gestion prévues à l'article 33-5;() ". Selon l'article 40 de la même loi : " La nomination aux grades et emplois de la fonction publique territoriale est de la compétence exclusive de l'autorité territoriale. ".
3. Il résulte seulement de ces dispositions que les agents inscrits sur une liste d'aptitude prévue par les dispositions précitées de l'article 39 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 peuvent être promus à un grade supérieur par l'autorité territoriale.
4. M. D soutient que l'absence de nomination au grade d'attaché territorial alors qu'il était sur une liste d'aptitude à compter du 1er octobre 2020 révèle une sanction déguisée dès lors que son travail donnait satisfaction et qu'il était le seul inscrit sur cette liste. Toutefois, il résulte de l'instruction que si ses évaluations des années 2018 et 2019 étaient correctes, quoi que peu étayées alors au demeurant que son évaluation de l'année 2018 n'a pu porter que sur quatre mois d'activité, l'évaluation suivante, réalisée postérieurement à son inscription sur liste d'aptitude, ainsi que le compte rendu d'entretien du 21 avril 2021, mettent en avant de manière très circonstanciée les difficultés qu'il a rencontrées dans l'exercice de ses fonctions, notamment en ne réalisant pas les notes relatives au rapport d'orientation budgétaire pour 2021 et en ne finalisant pas le programme pluriannuel d'investissement. Les documents versés à l'instance par la commune de Vauréal révèlent également que M. D n'a pas été en mesure de réaliser l'encadrement attendu des cinq agents placés sous sa responsabilité, sans pour autant alerter sa hiérarchie des difficultés qu'il rencontrait, alors même que cette dernière l'a soutenu et lui a proposé une aide et un accompagnement pédagogique. Dans ces conditions, l'absence de nomination au grade d'attaché territorial est justifiée par des raisons liées à l'intérêt du service et à la manière de servir de M. D, qui, faute de pièce susceptible d'en justifier, ne peut pertinemment soutenir qu'il a fait l'objet d'une sanction déguisée. A cet égard, la circonstance que M. D ait été le seul sur la liste d'aptitude est sans incidence sur la solution du litige, de même que celle, à la supposer établie, que sa nomination lui ait été présentée comme " une simple formalité ".
5. En deuxième lieu, si M. D soutient que l'absence de nomination au grade d'attaché territorial révèle une discrimination à son endroit dès lors que la commune de Vauréal s'est fondée sur des considérations politiques extérieures à ses missions et en lien avec le mandat électoral qu'il exerce depuis juin 2020 en tant qu'adjoint au maire d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), cette allégation, nullement justifiée, ne saurait prospérer. Dans ces conditions, la commune de Vauréal, en ne nommant pas M. D au grade d'attaché territorial alors que ce dernier était inscrit sur une liste d'aptitude en cours de validité, n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
S'agissant de l'existence d'une situation de harcèlement moral :
6. L'article 6 quinquiès de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires en vigueur au moment des faits disposait : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus. ".
7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
8. Si, pour démontrer l'existence d'une situation de harcèlement moral à son encontre, M. D soutient que, dès l'arrivée de sa nouvelle responsable hiérarchique, Mme C B, ses conditions de travail se sont dégradées dès lors que cette dernière a exercé un management qui " peut être qualifié de despotique " et lui a imposé un climat délétère en adoptant à son égard une attitude de défiance particulièrement marquée, en ne le convoquant plus aux réunions de direction et en modifiant sa fiche de poste sans l'en informer, aucune de ces allégations n'est étayée par des pièces qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé. A l'inverse, il résulte de l'instruction, notamment du compte rendu d'entretien du 10 décembre 2021 et des nombreux échanges de courriels versés à l'instance, que le ton employé par Mme C B et par l'ensemble de la hiérarchie de M. D a toujours été courtois, voire bienveillant, et qu'il a été procédé à un recrutement pour alléger sa charge de travail et lui permettre de se concentrer sur les actions prioritaires qui étaient attendues de sa part. De plus, le transfert du service de la commande publique vers la direction des moyens généraux à la suite du départ à la retraite de son responsable, s'il a certes affecté la fiche de poste de M. D, a été voté à l'unanimité par le comité technique du 15 avril 2021 dans l'intérêt du service. M. D n'établit pas ne pas en avoir été informé, pas plus qu'il n'établit que ses fonctions managériales auraient subséquemment été réduites alors pourtant que son équipe est passée de quatre à cinq agents. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que la nomination de Mme C B au poste de directrice des projets opérationnels ait été illégale, est sans incidence sur la solution du litige.
9. Il résulte de ce qui précède que M. D ne saurait se prévaloir de l'existence d'une situation de harcèlement moral à son égard.
En ce qui concerne les préjudices :
10. En l'absence de faute de la commune de Vauréal, les conclusions indemnitaires de M. D tendant à ce qu'elle soit condamnée à lui verser la somme de 35 100 euros en réparation des préjudices qu'elle lui aurait fait subir doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. La commune de Vauréal n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. D présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a également lieu de rejeter les conclusions de la commune de Vauréal présentées sur le même fondement.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vauréal sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la commune de Vauréal.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026