Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111759

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL LFMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2021, M. A B, agissant en tant que représentant légal de Mme C, mineure à la date de l'introduction de la requête, représenté par Me Lerein, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé la délivrance du document de circulation pour étranger mineur au profit de l'enfant Kamoni ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer un document de circulation sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'enfant Kamoni.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 19 octobre 2022.

Par ordonnance du 24 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moinecourt a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien résidant régulièrement en France, s'est vu déléguer la puissance paternelle sur l'enfant Mme C, ressortissante ivoirienne née le 3 janvier 2006, entrée sur le territoire français le 29 juillet 2017 muni d'un visa de type C de quatre-vingt-dix jours. Le 25 mai 2021, il a sollicité la délivrance au bénéfice de cette dernière d'un document de circulation pour étranger mineur. Il demande l'annulation de la décision en date du 8 janvier 2019 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. En l'espèce, en dépit la mise en demeure qui lui a été adressée, le préfet du Val-d'Oise n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au tribunal de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant.

4. Aux termes de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un document de circulation pour étranger mineur est délivré à l'étranger mineur résidant en France : / 1° Dont au moins l'un des parents est titulaire d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident ; / 2° Qui est l'enfant étranger d'un ressortissant français ou un descendant direct d'un citoyen de l'Union européenne, d'un ressortissant de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1 ou qui est l'enfant à charge d'un ressortissant d'un de ces mêmes Etats satisfaisant aux conditions énoncées au 3° du même article L. 233-1 ; / 3° Qui est un descendant direct à charge du conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, d'un ressortissant de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 223-1 ; / 4° Dont au moins l'un des parents a acquis la nationalité française ; / 5° Qui relève, en dehors de la condition de majorité, des prévisions de l'article L. 423-22 ; / 6° Qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire ; / 7° Qui est entré en France sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois en qualité d'enfant de Français ou d'adopté ; / 8° Qui est entré en France avant l'âge de treize ans sous couvert d'un visa d'une durée supérieure à trois mois délivré en qualité de visiteur et qui justifie avoir résidé habituellement en France depuis. Le document de circulation pour étranger mineur est délivré dans des conditions fixées par voie réglementaire. ".

5. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de délivrance d'un document de circulation au bénéfice d'un étranger mineur qui n'appartient pas à l'une des catégories mentionnées par l'article précité, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'un refus de délivrance d'un tel document ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 selon lesquelles " dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". L'intérêt supérieur d'un étranger mineur qui ne remplit pas les conditions légales pour bénéficier du document de circulation prévu par les dispositions précitées de l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne constitue pas un titre de séjour mais est destiné à faciliter le retour sur le territoire national, après un déplacement hors de France, des mineurs étrangers y résidant, s'apprécie au regard de son intérêt à se rendre hors de France et à pouvoir y revenir sans être soumis à l'obligation de présenter un visa.

6. La situation de Kamoni, jeune ivoirienne confiée par ses parents, l'épouse du requérant et son ancien conjoint, à M. B, par une ordonnance de délégation de puissance paternelle du 17 mai 2019, qui vit auprès du requérant en France où elle est scolarisée depuis l'âge de 12 ans, ne rentre dans aucune des catégories mentionnées par l'article L. 414-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, M. B soutient, sans que l'inexactitude de ces faits ne ressorte d'aucune pièce du dossier, que la mère de l'enfant se trouve dans l'impossibilité de lui rendre visite en raison des difficultés qu'elle rencontre pour l'obtention d'un visa et que Kamoni a par conséquent intérêt à voyager hors de France pour voir sa mère. Il soutient en outre sans être contredit que Kamoni a intérêt à sortir du territoire national pour participer à des rencontres sportives. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de délivrer un document de circulation pour étrangers mineurs au bénéfice de C, le préfet du Val-d'Oise n'a pas pris en compte l'intérêt supérieur de cette enfant, au sens des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 3 juin 2021 refusant à M. B la délivrance du document demandé pour le bénéfice de l'enfant C.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui annule la décision contestée, n'appelle aucune mesure d'exécution dès lors que Mme C, née le 3 janvier 2006, est devenue majeure en cours d'instance. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La décision du 3 juin 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à Mme C est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

L. Moinecourt

La présidente,

Signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

Signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.