Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111839

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111839
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantPARAVEMAN

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Colin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, manipulatrice en électroradiologie médicale de classe normale titulaire, exerçant ses fonctions à titre principal au sein du centre hospitalier René Dubos (Pontoise), a été placée en arrêt de travail initial du 6 au 22 septembre 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, la directrice des ressources humaines du centre hospitalier a suspendu l'intéressée de ses fonctions sans traitement à compter de cette même date et jusqu'à la production par cette dernière d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n°2021-1059 du 7 août 2021 et a indiqué que cette période de suspension ne pourrait pas être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée de ses congés payés et de ses droits acquis au titre de son ancienneté, ni prise en compte au titre de son avancement. Par une ordonnance rendue le 4 octobre 2021 sous le numéro 2111794, le juge des référés de ce tribunal a suspendu cette décision. Par une décision du 7 octobre 2021 le centre hospitalier a annulé et remplacé la décision du 15 septembre 2021 et a fixé les effets de la suspension de Mme B à l'issue de ses droits à congé de maladie ordinaire. Par un courrier du 20 octobre 2021, Mme B a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité des décisions de suspension. Du silence de l'administration est née une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions du 15 septembre 2021 et du 7 octobre 2021 en tant qu'elle prononce sa suspension de fonctions sans traitement à compter de l'expiration de ses droits à congé et de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme de 3 500 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, le centre hospitalier par une décision du 7 octobre 2021 a d'une part, annulé la décision du 15 septembre 2021 et d'autre part, fixé la suspension de fonctions de Mme B à la date de l'expiration de ses droits à congé de maladie. Dès lors, cette décision, laquelle a été notifiée le 13 octobre 2021 qui comportait les voies et délais de recours, est devenue définitive en tant qu'elle prononce l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 faute d'avoir été contestée à ce titre dans le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que les conclusions de la société requérante tendant à l'annulation de la décision du 15 septembre 2021 du centre hospitalier sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

4. En second lieu, si le centre hospitalier René Dubos a entendu faire valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la légalité de la décision du 7 octobre 2021 dès lors qu'elle n'a pas reçu d'exécution pendant le congé de maladie de la requérante et que cette dernière a repris ses fonctions à l'issue de son congé en produisant le certificat vaccinal, ces circonstances n'ont pas eu pour effet de faire disparaître de l'ordonnancement juridique la décision du 7 octobre 2021. Par suite, le centre hospitalier ne saurait soutenir que les conclusions dirigées contre la décision du 7 octobre 2021 sont devenues sans objet. L'exception de non-lieu à statuer ainsi opposée en défense ne peut être accueillie.

5. Ainsi, l'exception de non-lieu à statuer sur la décision du 15 septembre 2021 peut être accueillie. En revanche, il y a lieu de statuer sur les conclusions de la requérante dirigées contre la nouvelle décision du 7 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".

7. Il ressort des dispositions précitées du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, informe celui-ci sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi, ainsi que des moyens de régulariser sa situation. Cette information, qui doit intervenir à compter du constat d'impossibilité d'exercer de l'agent, est nécessairement personnelle et préalable à l'édiction de la mesure de suspension.

8. En l'espèce, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le centre hospitalier a informé personnellement Mme B de l'interdiction d'exercer dont elle ferait l'objet à l'expiration de son congé de maladie, ainsi que des conséquences sur sa situation personnelle et des modalités de régulariser sa situation. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la requérante a cherché en vain à obtenir auprès du service des ressources humaines des informations sur cette suspension le 16 septembre 2021. Mme B est fondée à soutenir qu'elle n'a pas été suffisamment informée des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation.

9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 en tant qu'elle a prononcé sa suspension de fonctions.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Mme B, qui a été illégalement suspendue en raison du défaut de vaccination contre la Covid-19, demande l'indemnisation des préjudices physiques, moraux et matériels qu'elle estime avoir subis du fait de l'adoption des décisions du 15 septembre et 7 octobre 2021. L'engagement de la responsabilité pour faute d'une personne publique suppose l'existence d'une faute, l'existence d'un préjudice réel, actuel, direct et certain et l'existence d'un lien de causalité entre la faute commise et le préjudice. En prenant la décisions contestée, qui est entachée d'illégalité, le centre hospitalier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, Mme B n'apporte aucun élément permettant de justifier de la réalité des préjudices allégués. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. En l'espèce, il est constant qu'aucune mesure de suspension n'a été exécutée dès lors d'une part que l'exécution de l'arrêté du 15 septembre 2021 a été suspendue par l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 4 octobre 2021 et que l'arrêté du 7 octobre 2021 n'a pas été mis en oeuvre. Or, à la date du présent jugement, l'obligation vaccinale a été suspendue par le décret n°2023-368 du 13 mai 2023. Par conséquent, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions aux fins d'injonction sont sans objet et doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 15 septembre 2021.

Article 2 : La décision du 7 octobre 2021 est annulée en tant qu'elle prononce la suspension de fonctions de la requérante.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier René Dubos.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M.me Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2111839