mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2111902 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ZAMOUR ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, M. et Mme A B, représentés par Me Sebbah et Me Marchand, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales qui leur ont été assignées au titre de l'année 2016 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, outre les dépens, la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en application des dispositions combinées de l'article 1658 du code général des impôts et des articles L. 253 et L. 256 du livre des procédures fiscales, le service était tenu de leur adresser non un avis d'imposition mais un avis de mise en recouvrement ;
- le service a, de sa propre initiative, suggéré que les opérations de contrôle de la SCI Stéphanie se déroulent non dans les locaux de cette dernière, laquelle disposait pourtant de bureaux, mais dans les locaux de l'administration ; ce faisant, il a méconnu les dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales ;
- le débat oral et contradictoire s'est également trouvé vicié dès lors que le vérificateur s'est entretenu avec M. B de son bénéfice non commercial de l'année 2012, objet d'une autre procédure de vérification ; par ailleurs, le vérificateur a induit M. B en erreur en lui conseillant de déclarer de faibles loyers au titre de l'année 2018 ;
- l'administration a méconnu, outre le principe de loyauté, le principe des droits de la défense tel qu'exprimé par les articles L. 47 du livre des procédures fiscales et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'imposition supplémentaire n'aurait pas eu lieu d'être si la SCI Stéphanie avait procédé différemment de sorte que le dégrèvement des rehaussements est finalement neutre pour le Trésor public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Huon, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Stéphanie, qui exploite une activité de location immobilière, dont M. et Mme B détiennent la totalité de l'usufruit des parts et dont M. B est gérant statutaire, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de l'année 2016. A l'issue d'un contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 18 juin 2018, le service a rapporté au revenu imposable des intéressés de l'année en cause, dans la catégorie des revenus fonciers, les rectifications apportées aux résultats de cette société. Les suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales correspondants, mis en recouvrement le 31 janvier 2019, ont été contestés par voie de réclamation le 18 juillet 2019. A la suite du rejet de cette réclamation, M. et Mme B réitèrent leur demande en décharge devant le juge de l'impôt.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales, dans sa applicable à l'espèce : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables. / () ".
3. Si ces dispositions ont pour conséquence que toute vérification de comptabilité doit en principe se dérouler dans les locaux de l'entreprise vérifiée, la vérification n'est toutefois pas nécessairement entachée d'irrégularité du seul fait qu'elle ne s'est pas déroulée dans ces locaux. Il en va ainsi lorsque, notamment, l'entreprise ne dispose pas, au moment du contrôle, de siège social ou de locaux permettant au vérificateur de procéder à ses investigations dans des conditions adaptées et que, d'un commun accord entre le vérificateur et les représentants de l'entreprise, les opérations de vérification se déroulent dans le lieu choisi par le contribuable, dès lors que cette circonstance ne fait, par elle-même, pas obstacle à ce que la possibilité d'engager avec le vérificateur un débat oral et contradictoire demeure offerte aux représentants de l'entreprise vérifiée.
4. Il résulte de l'instruction que l'avis de vérification adressé le 27 mars 2018 au siège social de la SCI Stéphanie sis 48 rue Saint-Denis à Colombes a été retourné au service revêtu de la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Le 29 mars 2018, l'administration a envoyé une copie de cet avis, lequel prévoyait une première intervention audit siège social le 16 avril 2018 à 10h00, à l'adresse personnelle du gérant à Neuilly-sur-Seine. Elle l'a informé, à cette occasion, que l'adresse de Colombes étant la seule connue du service, il lui incombait de prendre contact avec le vérificateur notamment pour fixer le lieu du contrôle. Par un courriel du 12 avril 2018, le gérant a précisé au vérificateur " Suite à votre appel de ce jour, lors duquel vous m'avez proposé un rendez-vous à Neuilly-sur-Seine, nous avons convenu que je me déplacerai en vos locaux () lundi 16 avril 2018 à 10 h 00 ". Par un courriel du même jour, le gérant a confirmé l'intervention du 16 avril 2018 dans les locaux de l'administration. Il ressort de ces éléments que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, qui, par ailleurs, ne justifient pas que la SCI disposait de locaux à Colombes, que la délocalisation du contrôle a été décidée à l'initiative non de l'administration mais de la société elle-même qui a clairement et expressément exprimé ce choix à deux reprises. Par ailleurs, alors qu'il est constant que M. B, gérant de la SCI, était présent lors des trois rendez-vous qui ont eu lieu les 16 avril, 5 juin et 11 juin 2018, il n'est ni établi ni même allégué que le vérificateur se soit refusé à tout échange de vues avec l'intéressé sur les impositions en litige. Est sans incidence à cet égard, la circonstance, au demeurant non établie, qu'auraient également été évoquées des impositions non visées par l'avis de vérification. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que la SCI Stéphanie aurait été privée du débat oral et contradictoire auquel elle avait droit en application des dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales.
5. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales sont appuyés d'une argumentation sibylline qui ne permet pas d'en apprécier la portée exacte et, partant, le bien-fondé. A cet égard, si les requérants semblent indiquer avoir été trompés par le service en ce qui concerne l'application de la majoration pour manquement délibéré et l'imposition de leurs revenus de l'année 2018, il est constant qu'aucune pénalité pour manquement délibéré n'a été appliquée aux rappels en litige qui ne concernent que l'année 2016, de sorte que la double remarque en cause est inopérante.
6. En troisième lieu, M. et Mme B soutiennent qu'en application des dispositions de l'article 1658 du code général des impôts, les impositions supplémentaires qui leur ont été réclamées auraient dû leur être notifiées, non par un avis d'imposition, mais par un avis de mise en recouvrement conforme aux prescriptions prévues aux articles L. 256 et R. 256-1 du livre des procédures fiscales.
7. Aux termes de l'article 1658 du code général des impôts dans sa rédaction issue de l'article 55 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 applicable à partir du 1er janvier 2011 : " Les impôts directs et les taxes y assimilées sont recouvrés en vertu de rôles rendus exécutoires par arrêté du préfet ou d'avis de mise en recouvrement ".
8. Si l'article 55 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 a complété l'article 1658 du code général des impôts en y ajoutant le membre de phrase " ou d'avis de mise en recouvrement ", il ne résulte pas de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires, que le législateur aurait ainsi entendu imposer à l'administration, à peine d'irrégularité, d'émettre un avis de mise en recouvrement lorsqu'elle souhaite établir et recouvrer des impositions supplémentaires en matière d'impôt sur le revenu ou de contributions sociales. Par suite, les requérants ne sauraient utilement se plaindre de l'émission d'un avis d'imposition au motif qu'un tel document ne leur aurait pas offert des garanties analogues à celles d'un avis de mise en recouvrement, notamment en termes de motivation.
9. Enfin, dès lors que la procédure d'imposition ne peut être regardée comme ayant méconnu une des garanties prévues par le législateur, M. et Mme B ne peuvent pas utilement se prévaloir, à l'appui de leur demande en décharge, de ce que l'administration aurait méconnu à leur encontre un " principe de loyauté ".
Sur le bien-fondé des impositions :
10. En se bornant à soutenir, de surcroît en des termes confus, que, si la SCI Stéphanie avait comptabilisé ces opérations d'une autre manière, elle n'aurait pas supporté d'imposition supplémentaire sans que le Trésor Public n'en soit pour autant lésé, M. et Mme B ne contestent pas utilement le bien-fondé des impositions contestées.
Sur les frais du litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui, n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Par ailleurs, en l'absence de dépens, les conclusions présentés par les requérants à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Richard, première conseillère,
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
L'assesseure la plus ancienne
signé
A. RICHARD
Le président
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026