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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111947

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111947

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111947
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantCABINET BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2021, la SCI New Cap West, représentée par Me Meier, demande au tribunal :

1°) la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019 à raison de locaux situés sur la commune de Clichy ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il résulte de la jurisprudence qu'en vertu de l'article 1520 du code général des impôts, le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères doit être fixé de telle manière qu'il ne procure pas des recettes manifestement disproportionnées par rapport au montant des dépenses exposées par la collectivité pour assurer le service ; par ailleurs, depuis 2016, en cas d'institution de la redevance spéciale, son produit doit uniquement permettre de financer l'élimination des déchets assimilés, sans que celle-ci puisse être financée par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, de sorte que le montant de la redevance doit être déduit du calcul destiné à déterminer le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ;

- au regard de ces principes, et alors que la redevance spéciale votée par la collectivité a vocation à financer au moins 20 % du coût de collecte, il ressort, au titre de l'année 2019 , une disproportion marquée à 36,75 % entre le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères résultant du taux voté par l'établissement public Boucle Nord de Seine et le coût réel net supporté par l'établissement pour la collecte et le traitement des déchets ; par suite, elle est fondée à exciper de l'illégalité de ce taux pour demander la décharge des impositions contestées.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative, et notamment ses articles R. 222-19 et R. 811-1.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur ;

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI New Cap West demande la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2019 à raison de locaux situés sur le territoire de la commune de Clichy.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. D'une part, aux termes des dispositions du I de l'article 1520 du code général des impôts dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal (). ". En vertu des articles 1521 et 1522 du même code, cette taxe a pour assiette celle de la taxe foncière sur les propriétés bâties. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, et non couvertes par des recettes non fiscales. Ces dépenses sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe. Il en résulte que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant de ces dépenses, tel qu'il peut être estimé à la date du vote de la délibération fixant ce taux.

3. Pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la TEOM, il appartient ainsi au juge de l'impôt, en se référant prioritairement aux extraits de budgets primitifs des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale délégataires de la mission de service public produits par les parties ou obtenus par mesure d'instruction, et, à défaut, aux éléments de budgets établis à l'issue de l'année en litige, d'évaluer dans un premier temps les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, en prenant en compte les dotations aux amortissements des immobilisations et en excluant les éventuelles dépenses imprévues, par nature hypothétiques, et les dépenses exceptionnelles. Dans un deuxième temps, il y a lieu d'en soustraire les recettes non fiscales de la section de fonctionnement définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales dont sont notamment exclus les produits exceptionnels, les atténuations de charges, les produits de cession d'immobilisation et le report de résultat de l'exercice de l'année précédente. Enfin, il lui appartient de comparer le montant obtenu avec celui du produit attendu de la TEOM afin de vérifier s'il existe un écart positif supérieur à 15 %, taux au-delà duquel une disproportion doit être regardée comme manifeste.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction issue de la loi du 19 décembre 2015 précitée : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. () Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

6. Pour demander la décharge des impositions litigieuses et des frais de gestion afférents, la société requérante soutient, par voie d'exception, que la délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2019 est illégale en raison d'une disproportion manifeste du taux de la taxe par rapport aux dépenses nécessaires à l'exploitation du service. Il résulte de l'instruction que la commune de Clichy a intégré antérieurement à l'année d'imposition en litige, l'établissement public territorial Boucle Nord de Seine auquel elle a confié le service de gestion des ordures ménagères et des déchets assimilés. Cet établissement public adhère lui-même, depuis le 8 décembre 2016, à un organisme de regroupement, le syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères, le SYCTOM. Il est constant que l'établissement public territorial Boucle Nord de Seine assure le service de collecte des ordures ménagères et assimilées quand le SYCTOM assure le traitement des ordures.

7. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'établissement public territorial Boucle Nord de Seine aurait, au titre de l'année en litige, institué la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des impôts. Par suite, est, en l'espèce, inopérant le moyen soulevé par la société requérante et tiré de ce que pouvaient être couvertes par la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, les dépenses de collecte et de traitement des déchets non ménagers, qu'elle estime à 20 % du coût du service soit 7 381 649 euros pour 2019, au motif que la redevance spéciale avait été instituée. En tout état de cause, un tel moyen manque en droit dès lors qu'il résulte, en particulier, des dispositions rappelées au point 5, que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

8. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment des états de répartition de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères annexés au budget primitif de l'année 2019 de l'établissement public Boucle Nord de Seine, que les montants des dépenses réelles de fonctionnement et d'investissement exposées au titre du service d'enlèvement et d'élimination des déchets ménagers ou assimilés s'élevaient à 36 908 246 euros en 2019. Les recettes non fiscales s'élevaient pour leur part à 309 000 euros. Dès lors, les montants de dépenses relatives aux déchets ménagers ou assimilés non couvertes par des recettes non fiscales s'établissaient à 36 599 246 euros. Par suite, le produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, d'un montant de 39 940 215 euros en 2019 excédait seulement de 9,16 % le montant des dépenses que cette taxe a vocation à couvrir. Il suit de là que les taux fixés par les délibérations dont la légalité est contestée ne peuvent pas être regardés comme manifestement disproportionnés. Il suit de là que le taux fixé par la délibération dont la légalité est contestée ne peut pas être regardé comme manifestement disproportionné.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en décharge présentées par la société requérante et, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI New Cap West est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI New Cap West et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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