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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2111976

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2111976

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2111976
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCHEVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 23 septembre 2021, le 26 octobre 2021, le 23 février 2023 et le 28 mars 2023, M. A B, représenté par Me Chevrier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 8 276,69 euros, sur la période de mars 2018 à août 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure avant l'arrêt du versement du revenu de solidarité active en violation de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles ;

- la commission de recours amiable n'a pas été saisie, et aucun avis n'a été rendu avant la décision, et les mesures de contrainte à son encontre ;

- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation en confondant ressources et revenus, remboursement de frais et revenus, économie personnelle et revenus, prêt d'argent et revenus ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait en raison d'une confusion sur la nature des sommes relevées sur son compte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en violation de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Poyet, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique :

- le rapport de M. Poyet, magistrat désigné,

- et les observations de M. B, requérant.

Par une ordonnance du 29 mars 2023, la clôture de l'instruction a été différée au 5 avril 2023 à 12h00, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA). Une enquête réalisée par la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a révélé que les relevés bancaires produits par l'intéressé font apparaître des virements, des dépôts d'espèces et des remises de chèques qui ne sont pas mentionnés sur ses déclarations trimestrielles. La CAF des Hauts-de-Seine lui a alors notifié un indu de RSA d'un montant de 9 789,26 euros, sur la période allant de mars 2018 à août 2020. Sa demande tendant à la remise gracieuse de sa dette a été rejetée par une décision du président du département des Hauts-de-Seine du 23 juillet 2021. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant, d'une part, l'annulation de cette décision et, d'autre part, une remise gracieuse de l'indu de revenu de solidarité active qui lui est réclamé.

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-46 de ce code : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci (). / La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'État, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". L'article R. 262-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : () 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation () ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

3. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles précité qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active ou d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B n'a pas mentionné sur les déclarations de ressources trimestrielles, qu'il a remplies, les sommes d'argent régulièrement perçues sur son compte bancaire sous forme de remises de chèques, virements et versements en espèces ainsi que ses revenus d'activité professionnelle au cours de la période allant de 2017 à 2020. En ce qui concerne les prêts allégués par le requérant, les sommes concernées ne sauraient être ainsi qualifiées sauf à justifier de l'existence d'une convention formalisée prévoyant les modalités du remboursement entre les intéressés. Dès lors, au sens de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles, ces sommes sont regardées comme des aides ou des secours réguliers et auraient dû être déclarées et prises en compte dans l'établissement des droits de M. B au RSA, étant au nombre des ressources de toute nature prises en compte dans le calcul de cette allocation. S'agissant de la vente de biens personnels, d'un scooter en particulier, l'intéressé n'a aucunement informé la CAF de la perception de cette ressource alors qu'il y était tenu, au regard de l'obligation de déclaration incombant aux allocataires du RSA. En conséquence, le requérant fournit des explications qui ne sont pas suffisamment convaincantes quant aux inexactitudes voire erreurs déclaratives qui lui sont reprochées alors même que les formulaires de déclaration trimestrielle de ressources prescrivent expressément aux allocataires du RSA de déclarer toute forme de ressources. Dans ces conditions, eu égard à ce qui précède et au caractère réitéré des omissions reprochées à M. B, celui-ci ne peut être regardé comme étant de bonne foi, cette circonstance faisant obstacle à ce que lui soit accordé une remise gracieuse totale, ou même partielle, de l'indu mis à sa charge. En tout état de cause, à supposer même que M. B puisse être regardé comme étant de bonne foi, il ne produit pas de documents permettant d'apprécier l'intégralité de ses ressources et charges et, en conséquence, si sa situation économique actuelle ne lui permettrait de rembourser le montant de sa dette, notamment de manière échelonnée.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le magistrat désigné,

signé

M. PoyetLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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