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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112621

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112621

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112621
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantTOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2021, M. C B, représenté par Me Tomas, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 168000 euros, à parfaire, majorée des intérêts au taux légal courant à compter de la date de réception de sa réclamation préalable, en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la carence de l'État à lui fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 26 août 2016 le reconnaissant prioritaire et devant être logé d'urgence, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- le préjudice résultant de cette situation est établi dès lors qu'il dispose de faibles ressources et que l'un de ses enfants est atteint d'une pathologie respiratoire grave.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant a reçu une proposition de logement le 8 octobre 2018 pour laquelle il n'a pas fourni un dossier complet et a fait ainsi obstacle à son relogement ;

- une autre proposition lui a été faite le 8 janvier 2019 laquelle n'a pu aboutir faute de ressources suffisantes ;

- les préjudices invoqués ne sont ni caractérisés ni établis et doivent, en tout état de cause, être limités à une période d'un an et demi qui ne saurait excéder le 8 octobre 2018.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise du 14 juin 2021.

Vu :

- la décision de la commission de médiation du département Val-d'Oise du 26 août 2016 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière d'audience, les parties n'étant pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. M. C B a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 26 août 2016 aux motifs qu'il occupait un logement sur-occupé et non décent, avec personne handicapée à charge ou un enfant mineur à charge ou qu'il était lui-même handicapé, qu'il était logé dans un logement insalubre ou dangereux et qu'il était dépourvu de logement ou hébergé chez un particulier, dans des locaux impropres à l'habitation. Le préfet du Val-d'Oise devait proposer un logement social à M. C B dans le délai de 6 mois suivant la décision de la commission du 26 août 2016, soit en l'espèce, au 26 février 2017. L'absence de proposition de logement à compter de cette date, est constitutive d'une carence fautive, de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne le préjudice :

4. Le préfet peut se trouver délié de l'obligation qui pèse sur lui en vertu d'une décision de la commission de médiation et d'un jugement lui enjoignant d'exécuter cette décision si, par son comportement, l'intéressé a fait obstacle à cette exécution.

5. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 26 août 2016, soit en l'espèce, à compter du 26 février 2017, et s'achève au jour du logement effectif du requérant. Le requérant soutient qu'il n'a été destinataire, jusqu'au jour du présent jugement, d'aucune offre de relogement. Si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que l'offre faite à M. C B le 26 septembre 2018 le délierait de sa responsabilité, dès lors que sa candidature ayant été refusée par la commission d'attribution des logements pour un appartement à Cormeilles-en-Parisis, en raison d'un dossier incomplet, il a fait obstacle par son comportement à son relogement, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C B aurait été informé des éléments manquants à son dossier ou que ceux-ci auraient été indispensables à l'instruction de sa demande. Il n'est pas davantage précisé la nature des documents manquants au dossier de M. C B en vue de l'attribution de cet appartement, ni allégué qu'il aurait été informé que l'incomplétude de son dossier risquait de lui faire perdre bénéfice de la décision de commission de médiation. Dans ces conditions, l'Etat ne peut utilement invoquer cet échec pour s'exonérer de la responsabilité qu'il encourt. Il résulte également de l'instruction qu'une deuxième offre de logement a été examinée le 25 novembre 2018 par la commission, qui l'a écartée faute de revenus suffisants de l'intéressé, et qu'une troisième offre, soumise à la commission du 30 novembre 2018, a été attribuée à un autre demandeur. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise ne peut être regardé comme ayant été délié de son obligation de relogement à l'égard de M. C B, à la date du présent jugement.

6. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. À cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

7. Il résulte de l'instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation perdure à la date du présent jugement. Ainsi, compte tenu des conditions de logement de M. C B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, qui compte trois enfants mineurs à charge des époux C B, Yeussef, né le 10 octobre 2012, Adam, né le 11 février 2015 et Norane née le 6 juin 2016, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressé dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 7100 euros (sept mille cent euros) tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 26 février 2017 au jour du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 7100 euros (sept mille cent euros) tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à M. C B en réparation des préjudices résultant pour lui de la carence de l'État à le reloger.

Sur les frais de procédure :

9. M. C B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1080 euros à verser à Me Tomas en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. C B la somme de 7100 euros (sept mille cent euros) tous intérêts compris.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1080 euros à verser à Me Tomas en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Tomas et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

La magistrate désignée

signé

C. DLa greffière

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2212621

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