Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112735

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112735
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 octobre 2021 et 5 février 2024, la SARL Taxita, représentée par Me Tabi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de TVA qui lui ont été assignés au titre de la période allant du 1er janvier 2013 au 31 octobre 2014, des rappels de taxe sur les véhicules des sociétés établis pour les années 2013 et 2014 et des suppléments d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre de ses exercice 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière, dès lors qu'en dépit de sa demande portant sur des difficultés rencontrées lors du contrôle, elle n'a pu s'entretenir avec le supérieur hiérarchique du vérificateur avant l'envoi de la proposition de rectification ;

- le rappel de TVA de 503 euros est injustifié, dès lors que le service a considéré à tortque deux factures identiques avaient été émises ;

- le supplément d'impôt sur le revenu en résultant est injustifié ;

- le rehaussement de 115 000 euros d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice 2013, se rapportant à la cession d'une licence de stationnement au profit de la société Taxi Flay Express, est injustifié, dès lors que cette somme a transité par un autre compte et qu'elle n'a jamais quitté l'exercice 2013 ;

- les rehaussements de 14 999 euros pour l'exercice 2013 et de 14 944 euros pour l'exercice 2014 sont injustifiés, dès lors qu'elle n'a pas compris ces redressements, ni ce qui lui était reproché ;

- les rehaussements de 13 833 euros pour l'exercice 2013 et de 3 401 pour l'exercice 2014 sont injustifiés, dès lors que le changement d'un moteur ne prolonge pas la vie d'un véhicule, la durée de vie d'un véhicule dépendant également d'autres facteurs ;

- le service ayant considéré à tort que deux factures identiques avaient été émises, le rehaussement d'impôt sur le revenu pour un montant de 2 873 euros est injustifié ;

- les rappels de taxe sur les véhicules de société sont injustifiés, dès lors que le véhicule AW-487-LZ n'est pas utilisé en France.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par la requérante sont inopérants.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Taxita, qui exploite une activité de transport par taxis et de location de taxis, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos 2013 et 2014, étendue au 31 octobre 2015 en matière de TVA. A l'issue de ce contrôle et aux termes d'une proposition de rectification du 30 juin 2016, l'administration lui a notifié des rappels de TVA pour la période allant du 1er janvier 2013 au 31 octobre 2014, des rappels de taxe sur les véhicules des sociétés au titre des années 2013 et 2014, ainsi que des rehaussements d'impôt sur le revenu au titre de ses exercices 2013 et 2014. Par une réclamation contentieuse du 9 avril 2019, rejetée le 4 août 2021, la SARL Taxita a contesté l'ensemble des rectifications opérées. Par la requête susvisée, elle réitère ses prétentions devant le tribunal.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " () Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". La charte des droits et obligations du contribuable vérifié dans sa version alors applicable précise, dans son paragraphe intitulé " les agents chargés de la vérification ", qu'" en cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. Leur rôle vous est précisé plus loin () Vous pouvez les contacter pendant la vérification. ". Dès lors, la possibilité de faire appel, en cas de désaccord persistant avec le vérificateur, au supérieur hiérarchique puis, le cas échéant, à l'interlocuteur départemental, constitue une garantie substantielle de procédure qui, dans tous les cas, bénéficie au contribuable relevant d'une procédure d'imposition contradictoire. Par ailleurs, il résulte de la charte que la possibilité pour un contribuable de s'adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur, puis à l'interlocuteur, est ouverte à l'intéressé à deux moments de la procédure, en premier lieu, dans le déroulement et lors de la conclusion de la vérification, la fin du contrôle étant matérialisée selon les termes de la même charte par l'envoi d'une proposition de rectification, en second lieu, après la réponse faite par l'administration fiscale aux observations du contribuable.

3. Il résulte de l'instruction que la SARL Taxita a adressé à l'administration, au moyen d'une lettre recommandée en date du 2 mai 2016, une demande d'entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur. La société requérante verse au dossier la copie de ce courrier, la preuve de dépôt de ce courrier à La Poste, le 2 mai 2016, et une copie d'une capture écran du site internet de La Poste qui indique que ce " courrier a été remis contre signature du destinataire ", le 4 mai 2016. Dès lors, la SARL Taxita doit être regardée comme apportant la preuve de la remise à l'administration de ce courrier en date du 4 mai 2016. Aux termes de ce courrier, la société a clairement motivé sa demande d'entretien en raison de difficultés rencontrées avec le vérificateur. Dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et notamment de la proposition de rectification du 30 juin 2016, qu'il aurait été fait droit à cette demande, la SARL Taxita est fondée à soutenir qu'elle a été privée de la possibilité de faire appel, à ce stade de la procédure, au supérieur hiérarchique du vérificateur, garantie substantielle prévue par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié, et que, dès lors, les impositions contestées ont été établies à l'issue d'une procédure irrégulière.

4. Il résulte de ce qui précède que la SARL Taxita est fondée à demander la décharge des rappels visés par la proposition de rectification du 30 juin 2016.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à la SARL Taxita d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La SARL Taxita est déchargée, en droits et pénalités, des rappels de TVA qui lui ont été assignés au titre de la période allant du 1er janvier 2013 au 31 octobre 2014, des rappels de taxe sur les véhicules des sociétés établis pour les années 2013 et 2014 et des suppléments d'impôt sur les sociétés qui lui ont été assignés au titre de ses exercices 2013 et 2014.

Article 2 : L'État versera à la SARL Taxita une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Taxita est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Taxita et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2112735