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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112781

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112781

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112781
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET TACHNOFF TZAROWSKY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2021, M. A et Mme C B, représentés par Me Tachnoff-Tzarowsky, avocate, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2017 ainsi que des majorations et pénalités correspondantes ;

2°) de prononcer le sursis de paiement de ces cotisations.

M. et Mme B soutiennent que :

- l'administration fiscale a refusé, à tort, de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, en méconnaissance des articles L. 59 et L. 59 A du livre des procédures fiscales ;

- l'administration a qualifié à tort de revenu distribué la somme portée au crédit du compte courant d'associé de M. B, qui constitue le remboursement de l'avance effectuée par M. B pour l'acquisition d'un fonds de commerce ;

- la somme de 2 500 euros portée le 2 août 2017 au crédit de leur compte bancaire ne constitue pas un revenu d'origine indéterminée.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Louazel, conseillère ;

- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À l'issue de l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, M. et Mme B se sont vu notifier, par une proposition de rectification du 29 janvier 2020, selon la procédure de rectification contradictoire et la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2017, assorties de majorations et pénalités. Par une réclamation préalable en date du 25 février 2021, rejetée le 10 août 2021, M. et Mme B ont demandé le dégrèvement des cotisations supplémentaires mises à leur charge. M. et Mme B demandent au Tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts () les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A () ". Aux termes de l'article L. 59 du même code : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () ". Aux termes de l'article L. 59 A de ce code : " I. - La commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient lorsque le désaccord porte : / 1° Sur le montant du résultat industriel et commercial, non commercial, agricole ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition () ".

3. M. et Mme B soutiennent que l'administration a irrégulièrement refusé de saisir pour avis la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Il est toutefois constant que les rehaussements en litige ont été opérés, pour partie, dans les catégories des revenus fonciers et des revenus de capitaux mobiliers. Or ces matières n'entrent pas dans le champ de compétence de la commission tel qu'il est défini au I de l'article L. 59 A du livre des procédures fiscales. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. et Mme B se sont, le 2 juin 2021, désistés de la demande de saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires formulée le 5 novembre 2020, dont la compétence se limitait à un crédit bancaire de 2 500 euros dont l'origine, la nature et le caractère non imposable n'avaient pas pu être établis par l'administration fiscale. Dans ces conditions, l'administration a pu à bon droit estimer que M. et Mme B avaient tacitement donné leur accord à ce chef de rehaussement. Par suite, l'administration fiscale a pu légalement, sans entacher la procédure d'imposition d'irrégularité, ne pas donner suite à la demande de M. et Mme B de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

S'agissant des revenus distribués :

4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".

5. Les sommes inscrites au crédit d'un compte courant d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés sont, sauf preuve contraire, à la disposition de cet associé, alors même que l'inscription résulterait d'une erreur comptable involontaire, et ont donc, même dans une telle hypothèse, le caractère de revenus distribués, imposables entre les mains de cet associé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en vertu du 2º du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Pour que l'associé échappe à cette imposition, il lui incombe de démontrer, le cas échéant, qu'il n'a pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondent pas à la mise à disposition d'un revenu.

6. L'administration relève qu'une somme de 250 000 euros a été inscrite au crédit du compte courant d'associé de M. B dont le montant et l'origine n'ont pas été justifiés. Si les requérants soutiennent qu'il s'agit d'un remboursement d'avance consentie par M. B à la société Cezam Clamart en vue d'acquérir un fonds de commerce au cours de l'année 2016, l'attestation de l'expert-comptable de la société en date du 22 février 2020 versée au dossier ne permet pas d'en justifier. Dans ces conditions, les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, qu'ils n'auraient pas pu avoir la disposition de ces sommes ou que ces sommes ne correspondraient pas à la mise à disposition d'un revenu. Par suite, l'administration fiscale était fondée à réintégrer ces sommes aux revenus de M. et de Mme B au titre de l'année en litige.

S'agissant des revenus d'origine indéterminée :

7. Aux termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " () sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16. ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ".

8. Il est constant que le service vérificateur a eu recours à la procédure de taxation d'office, prévue par l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, pour réintégrer dans le revenu imposable de M. et Mme B au titre de l'année 2017 un certain nombre de sommes portées au crédit de leur compte bancaire, dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée. Par suite, les requérants, qui ne contestent pas le recours à cette procédure, supportent la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions réclamées à raison de ces rectifications, en application des dispositions précitées de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales.

9. Si les requérants soutiennent pouvoir justifier la nature et l'origine de la somme de 2 500 euros inscrite au crédit de leur compte bancaire, ils ne produisent aucun élément permettant d'établir le caractère non imposable de la somme en cause. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a imposé cette somme au titre de revenus d'origine indéterminée.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. et Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement :

11. Le présent jugement se prononçant sur le fond de l'affaire, les conclusions de la requête tendant au sursis de paiement de l'imposition contestée se trouvent ainsi privées d'objet et ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au sursis de paiement présentées par M. et Mme B.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteuse,

signé

M. LOUAZEL

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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