mercredi 26 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112819 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | ACHELI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2021, Mme B, représentée par Me Acheli, demande au tribunal
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme totale de 7500 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence résultant de la carence fautive de l'Etat ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la carence de l'État à lui fournir un logement, malgré la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 10 janvier 2018 la reconnaissant prioritaire et devant être logée d'urgence et le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise en date du 3 janvier 2019, lui enjoignant, sous astreinte, de procéder à son relogement avant le 1er mars 2019, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;
- le logement qui lui a été proposé en novembre 2020 n'était pas adapté à sa situation, au regard notamment des graves problèmes de santé de son compagnon ;
- le préjudice résultant de cette situation est établi dès lors qu'à ce jour, elle réside dans un appartement situé au 4ème étage dans un immeuble dépourvu d'ascenseur et que son compagnon a été victime de deux AVC.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que cinq propositions de logement ont été faites à la requérante qui ont été rejetées soit pour cause de dossier incomplet, soit pour cause de refus de l'intéressée dont l'un a été jugé abusif.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise du 25 janvier 2021.
Vu :
- le jugement n°1808130 du 3 janvier 2019 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ayant enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de la requérante avant le 1er mars 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;
- la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 18 octobre 2022, tenue en présence de Mme Lefebvre, greffière d'audience, les parties n'étant ni présente, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été reportée au 21 octobre 2022.
Des pièces ont été transmises au tribunal, le 20 octobre 2022, par Me Acheli représentant Mme B, et n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
1. L'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dispose : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
3. Mme B a été reconnue comme prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine du 10 janvier 2018 au motif qu'elle n'avait reçu aucune proposition de logement social adapté à sa demande. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 10 janvier 2018, soit en l'espèce, à compter du 10 juillet 2018, et s'achève au jour du logement effectif du requérant. La requérante soutient d'une part, qu'elle n'a été destinataire d'aucune offre de relogement adaptée à ses besoins et, d'autre part, que le jugement du 3 janvier 2019 du tribunal enjoignant, sous astreinte, au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement avant le 1er novembre 2019, n'a pas été exécuté. La carence de l'Etat à assurer le relogement de Mme B à compter du 10 juillet 2018 est constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le préjudice :
4. La période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation de résultat de relogement court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation du 22 juin 2012, soit en l'espèce, à compter du 22 décembre 2012, et s'achève au jour du logement effectif du demandeur.
5. Toutefois, le préfet peut se trouver délié de l'obligation qui pèse sur lui en vertu d'une décision de la commission de médiation et d'un jugement lui enjoignant d'exécuter cette décision si, par son comportement, l'intéressé a fait obstacle à cette exécution. Il ressort des pièces produites par Mme B qu'une proposition de logement lui a été faite le 25 septembre 2020, pour un logement de type T4 situé dans un immeuble pourvu d'un ascenseur, sis 38 rue Fernand Fourcade au Plessis-Robinson, que cette dernière a refusée aux motifs de ses craintes quant aux conditions de sécurité dans le quartier, du mauvais état de l'immeuble et de la petite taille du salon, susceptible de la gêner dans l'exercice de sa profession d'assistante maternelle, de l'absence de cave et de parking et enfin de la circonstance que des travaux de rafraichissement seraient à sa charge. Cependant, elle ne produit aucun élément permettant d'apprécier la réalité et le bien-fondé de ses allégations quant à l'état du logement et de l'immeuble. Elle ne produit, en outre, aucun élément démontrant l'existence, dans le quartier où est situé l'immeuble comprenant le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait d'une vulnérabilité particulière ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, serait susceptible de créer des risques graves pour elle ou pour sa famille. Par ailleurs, s'agissant de l'obstacle que constituerait l'exiguïté du salon pour l'exercice de sa profession d'assistante maternelle, outre qu'elle ne précise pas la superficie dudit salon, il ressort des pièces produites que Mme B ne dispose d'un agrément que pour deux enfants, dont un autonome et un autre n'ayant pas acquis l'autonomie lui permettant de se déplacer seul. De sorte que la taille du salon ne semble pas constituer un obstacle rédhibitoire à l'exercice de l'activité de Mme B, sachant qu'il s'agit, en outre, d'un appartement comprenant 4 pièces. Dès lors, le motif ayant justifié le refus de Mme B ne peut être regardé comme présentant un caractère impérieux. En outre, il résulte de l'instruction, notamment des termes du courrier du préfet des Hauts-de-Seine du 25 septembre 2020, que Mme B a été informée des conséquences d'un refus, sans motif impérieux, de l'offre de logement correspondant à ses besoins et ses capacités qui ressortent en caractères gras dudit courrier. Enfin, la circonstance que d'autres propositions de logements ait été faite à la requérante postérieurement, comme il ressort des écritures du préfet des Hauts-de-Seine, propositions dont aucune n'a pu aboutir, est sans incidence sur la date à prendre en compte pour fixer la fin de la période de responsabilité de l'Etat. Dans ces conditions, le préfet doit être regardé comme délié de son obligation de relogement à compter du 25 septembre 2020.
6. Il résulte de ce qui précède que la période à prendre en compte pour évaluer le préjudice résultant de la carence de l'Etat à reloger Mme B court du 22 décembre 2012 au 25 septembre 2020. Ainsi, compte tenu de la durée de la carence de l'Etat, et au regard de la circonstance que, si Mme B allègue vivre en concubinage avec un compagnon, lequel bénéficie de de l'obligation d'emploi des personnes handicapées, elle ne justifie de leur communauté de vie par aucune pièce, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par l'intéressée dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 2325 euros (deux mille trois cent vingt-cinq euros) tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 22 décembre 2012 au 25 septembre 2020.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à 2325 euros (deux mille trois cent vingt-cinq euros) tous intérêts compris le montant de l'indemnité due à Mme B en réparation des préjudices résultant pour lui de la carence de l'État à le reloger.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut donc se prévaloir des dispositions de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1080 euros à verser à Me Acheli au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 2325 euros (deux mille trois cent vingt-cinq euros) tous intérêts compris.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 1080 euros à verser à Me Acheli, avocat de Mme B, en application des dispositions de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Acheli et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.
La magistrate désignée
signé
C. CharleryLa greffière
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2112819
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026