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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112864

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112864

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112864
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantPONCET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 octobre 2021 et le 19 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Poncet :

1°) forme opposition contre la contrainte émise le 29 septembre 2019 à son encontre par Pôle emploi pour un montant 1 119,29 euros correspondant à un indu d'allocation spécifique de solidarité au titre de la période du 1er décembre 2016 au 31 mai 2017 ;

2°) demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Poncer au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le trop-perçu était prescrit ;

- sa bonne foi a été retenue à deux reprise en raison des fautes de gestion du Pôle emploi ;

- elle n'a pas reçu de mise en demeure par lettre recommandée avec demande d'avis de réception comme l'exige l'article R. 5426-20 du code du travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2023, Pôle emploi conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail';

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer les conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Van Muylder, magistrate désignée ;

- et les observations'Me Pillet pour Pôle emploi.

Après avoir, à l'issue de l'audience, prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était bénéficiaire de l'allocation spécifique de solidarité. Pôle emploi lui a notifié un indu d'un montant de 2 425 ,78 euros au titre de la période du 1er décembre 2016 au 31 mai 2017 au motif qu'elle avait omis de déclarer certains emplois. Par une décision en date du 11 juin 2018, Pôle emploi lui a accordé un effacement partiel de cette dette pour un montant de 1 425,78 euros. Le 17 juillet 2018, Mme B a accepté de rembourser Pôle emploi par retenues sur ses allocations ou à défaut, en faisant parvenir la somme correspondante. Le 29 septembre 2019, Pôle emploi a fait signifier à Mme B une contrainte pour le recouvrement d'une somme de 1 119,29 euros. Mme B demande au tribunal d'annuler la contrainte émise à son encontre.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. ". Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu d'allocation n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions précitées.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 5426-20 du code du travail : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ".

4. Il résulte de ces dispositions que Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et restée sans effet après un mois, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement.

5. Mme B, à l'appui de l'opposition qu'elle forme à la contrainte litigieuse, soutient que Pôle emploi ne lui a pas adressé la mise en demeure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 5426-20 du code du travail. Pôle emploi ne justifie pas de la notification d'une mise en demeure. Le moyen tiré de l'absence de mise en demeure préalable à l'émission de la contrainte doit, dès lors, être accueilli. Mme B est dès lors fondée à soutenir, que la contrainte, émise à son encontre par Pôle emploi le 29 septembre 2019 2019, pour le recouvrement d'une somme de 1 119,29 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique, doit être annulée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la contrainte du 29 septembre 2019 qui lui a été signifiée par Pôle emploi.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Poncet, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de Pôle emploi Ile-de-France le versement à Me Poncet de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte délivrée le 22 septembre 2019 par Pôle emploi à Mme B est annulée.

Article 2 : Pôle emploi Ile-de-France versera à Me Poncet la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Pôle emploi Île-de-France et à Me Poncet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Van Muylder La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre du travail, de plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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