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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113168

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113168

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113168
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 octobre 2021 et 19 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Tabi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droit et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le service, qui n'a pas donné suite à la demande de saisine de l'interlocuteur départemental, formulée le 28 septembre 2017, pour la proposition de rectification du 9 décembre 2016, a méconnu les garanties offertes au contribuable vérifié ;

- la proposition de rectification du 9 décembre 2016 est insuffisamment motivée dès lors que, d'une part, un doute subsiste sur la nature des sommes rectifiées (revenus distribués ou revenus d'origine indéterminée), et d'autre part, l'administration, en ne citant que l'article 109-1-1° du code général des impôts, sans faire référence à l'article 47 de l'annexe II, n'a pas indiqué le motif de droit lui permettant de prendre en compte dans le calcul des revenus distribués les rectifications du bénéfice imposable opéré au niveau des sociétés Jonat et Sarava ;

- le refus par le service d'accorder la prorogation du délai de 30 jours pour formuler des observations sur la proposition de rectification du 11 mai 2017, réceptionnée le 16 mai suivant, alors que la demande a été formulée le 19 juin 2017, dernier jour du délai, entache la procédure d'irrégularité, notamment au regard des doctrines référencées BOI-CF-IOR-10-50 et BOI-CTX-ADM-30-20 ;

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut à l'irrecevabilité des conclusions de la requête au titre de l'année 2013 et au rejet du surplus.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Viain,

- et les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle (ESFP) portant sur les années 2013, 2014 et 2015, à l'issue duquel des rectifications lui ont été notifiées par deux propositions de rectification du 9 décembre 2016 pour l'année 2013 et du 11 mai 2017 pour les années 2014 et 2015. Le requérant a contesté ces rectifications par deux réclamations du 2 et 31 décembre 2019, qui ont été rejetées implicitement par l'administration. Par la requête susvisée, M. A réitère ses prétentions devant le tribunal.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts autres que les impôts directs locaux et les taxes annexes à ces impôts, doivent être présentées à l'administration au plus tard le 31 décembre de la deuxième année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement () ". L'article R. 196-3 du même livre dispose que : " Dans le cas où un contribuable fait l'objet d'une procédure de reprise ou de rectification de la part de l'administration des impôts, il dispose d'un délai égal à celui de l'administration pour présenter ses propres réclamations. ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre, également applicable aux prélèvements sociaux, qui sont assis et recouvrés selon les mêmes règles que l'impôt sur le revenu : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Enfin, l'article L. 286 du même livre prévoit notamment que toute personne tenue de respecter une date limite ou un délai pour présenter une demande, déposer une déclaration, exécuter un paiement ou produire un document auprès d'une autorité administrative peut satisfaire à cette obligation au plus tard à la date prescrite au moyen d'un envoi postal, le cachet de la poste faisant foi, ou d'un procédé télématique ou informatique homologué permettant de certifier la date d'envoi.

3. Il résulte de l'instruction que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2013 ont été notifiées par proposition de rectification du 9 décembre 2016 et mises en recouvrement le 31 octobre 2017. Par conséquence, en application tant du délai général prévu au a) de l'article R. 196-1 du livre des procédures fiscales que du délai spécial prévu à l'article R. 196-3 du même livre, le requérant disposait d'un délai courant jusqu'au 31 décembre 2019 pour former sa réclamation contentieuse. Si l'administration fait valoir que la réclamation n'a été envoyée que le 6 janvier 2020, il résulte toutefois des mentions portées sur le bordereau du pli recommandé numéroté 1E01320658315 contenant ladite réclamation, confirmées par celles consultables sur le site de La Poste, que cette date est celle de l'expédition effective du pli par les services postaux et que ce dernier a été déposé au bureau de poste dès le le 31 décembre 2019. Par suite, et compte tenu des dispositions de l'article L. 286 du livre des procédures fiscales, M. A établit avoir déposé sa réclamation dans le délai qui lui était imparti. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense par l'administration ne peut être accueillie.

Sur la régularité de la procédure concernant les rectifications notifiées par la proposition de rectification du 9 décembre 2016 :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Les dispositions contenues dans la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 47 sont opposables à l'administration ". Dans la partie relative aux conclusions du contrôle, la charte des droits et obligations du contribuable vérifié prévoit, dans sa version applicable à la procédure en litige que " si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal. Si, après ces contacts, des divergences importantes subsistent, vous pouvez faire appel à l'interlocuteur spécialement désigné par le directeur dont dépend le vérificateur ". Ces dispositions assurent au contribuable qui en fait la demande la garantie substantielle de pouvoir obtenir, avant la clôture de la procédure de redressement, un débat sur les redressements envisagés avec le supérieur hiérarchique du vérificateur puis avec l'interlocuteur départemental dans les conditions qu'elles précisent.

5. La possibilité pour le contribuable de s'adresser, dans les conditions précisées par les passages précédemment cités de la charte, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à l'interlocuteur départemental ou régional, constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure de rectification, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification ou la notification des bases d'imposition d'office pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle et, en second lieu, pour les contribuables faisant l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, après la réponse faite par l'administration fiscale à leurs observations sur la proposition de rectification en cas de persistance d'un désaccord sur le bien-fondé des rectifications envisagées.

6. A ce second moment, cette garantie consiste pour le contribuable à pouvoir, avant la mise en recouvrement, saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur et, le cas échéant, l'interlocuteur départemental de divergences subsistant au sujet du bien-fondé des rectifications envisagées, et non à poursuivre avec ces derniers un dialogue contradictoire de même nature que celui qui s'est achevé avec la notification de la réponse aux observations du contribuable.

7. Il résulte de l'instruction qu'après avoir été reçu le 13 juillet 2017 par l'inspecteur principal, qui a informé le requérant du bilan de cette réunion par un courrier du 8 septembre 2017, et en raison d'un désaccord persistant sur les rectifications en litige, le conseil de M. A, aux termes d'une lettre recommandée du 28 septembre 2017, a demandé la saisine de l'interlocuteur départemental, demande à laquelle aucune suite n'a été donnée. Si l'administration soutient que rien n'indique que le bordereau produit par M. A correspondrait à cette demande, dont elle affirme par ailleurs ne retrouver aucune trace, le requérant produit un bordereau de dépôt aux services postaux portant la mention " interlocuteur départemental ", avec un tampon de La Poste du 28 septembre 2017, une capture d'écran du site internet de La Poste mentionnant la distribution du pli le 29 septembre 2017 ainsi que la lettre de saisine datée du 28 septembre 2017. Par suite, le contribuable doit être regardé comme établissant avoir sollicité la saisine de l'interlocuteur départemental. Ainsi, M. A est fondé à soutenir que, faute d'avoir satisfait à cette demande avant la mise en recouvrement des impositions en litige, le service l'a irrégulièrement privé d'une garantie substantielle portant atteinte aux droits et garanties reconnus par la charte du contribuable vérifié et, par suite à solliciter, pour ce motif, la décharge des impositions correspondantes.

Sur la régularité de la procédure concernant les rectifications notifiées par la proposition de rectification du 11 mai 2017 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 16 du livre des procédures fiscales : " () l'administration peut demander au contribuable () des justifications lorsqu'elle a réuni des éléments permettant d'établir que le contribuable peut avoir des revenus plus importants que ceux qu'il a déclarés () ". Aux termes de l'article L. 16 A du même livre : " Les demandes d'éclaircissements et de justifications fixent au contribuable un délai de réponse qui ne peut être inférieur à deux mois () ". Aux termes de l'article L. 57 du même livre applicable à la seule procédure de rectification contradictoire : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () ". Selon l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'un contribuable dispose d'un délai de trente jours, qui est un délai franc, pour faire connaître ses observations sur la proposition de rectification qui lui a été adressée par l'administration, ce délai pouvant être prorogé pour une durée identique sur la demande du contribuable. Le point de départ d'un délai franc est fixé au lendemain du jour où est intervenue la notification litigieuse et il trouve son terme au lendemain du jour où il vient à expiration. Le délai prévu par les dispositions précitées est déterminé en jours calendaires et non, comme le soutient le requérant, de quantième à quantième.

10. En l'espèce, dès lors que la proposition de rectification du 11 mai 2017 a été régulièrement notifiée le 16 mai suivant, le premier jour du délai pour y répondre ou pour solliciter la prorogation du délai de réponse était le 17 mai 2017, et le 30ème jour le 15 juin 2013. Eu égard à ce caractère de délai franc, la demande de prorogation du délai de réponse de M. A aurait encore été recevable le 16 juin 2017, qui était un vendredi. En revanche, n'ayant été présentée que le lundi 19 juin 2017, elle était tardive et le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir qu'en ne répondant pas à ses observations ou en ne prorogeant pas le délai de réponse, l'administration fiscale l'aurait privé d'une garantie substantielle et aurait entaché d'irrégularité la procédure de rectification diligentée à son encontre.

11. Par ailleurs, M. A n'est pas fondé à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des doctrines administratives référencées BOI-CF-IOR-10-50 et BOI-CTX-ADM-30-20, qui ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2013.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre de l'année 2013.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2113168

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